ARTS
Publié le
28 septembre 2026
Du 21 octobre au 15 novembre prochain, à l'occasion d'Art Basel Paris, la Maison Guerlain accueille une exposition thématique réunissant une trentaine d'artistes internationaux autour de ce moment suspendu entre le jour et la nuit.
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Il existe une heure qui n'appartient plus tout à fait au jour, sans être encore la nuit. Ce bleu profond, où le monde semble retenir son souffle, est un mythe fondateur de la Maison Guerlain : celui de L'Heure Bleue, qui a inspiré Victor Hugo, Claude Monet et Jacques Guerlain. En 2026, un nouveau parfum du même nom voit le jour chez Guerlain, et l'exposition L'Heure des Possibles en est l'écho artistique. Pour Ann Caroline Prazan, directrice de la création Art et directrice Culture & Patrimoine, il s'agit d'écrire "une nouvelle page d'un livre d'heures artistique". Le propos est de faire de cet instant fragile un passage plutôt qu'une fin : quand les certitudes se dissolvent, tout redevient envisageable.

Le parcours se déploie en trois temps.
On entre par la lumière. James Turrell, qui en fait sa matière depuis plus d'un demi-siècle, y côtoie Ann Veronica Janssens, dont le verre Ostende change d'aspect au gré des déplacements du regard. Les halos de Kaï-Chun Chang, le ciel textile de Maria Appleton (Opening Sky) et le triptyque Arcades de Vincent Beaurin prolongent cette idée de seuil. Le regard gagne ensuite l'horizon avec les paysages marins de Jack Pierson, les icebergs de Juliette Agnel, la forêt sous la lune de Marie Bovo et les toiles à l'encre et au graphite de Caroline Corbasson. Ugo Rondinone y ramène la couleur à une forme solaire, presque élémentaire.

Vient ensuite l'épreuve plus intime du dedans. Rineke Dijkstra photographie l'adolescence à la lisière de la mer. Laure Prouvost, avec Metal Yoga Man – Bridge, remplace le visage de sa figure par un miroir où le spectateur se voit. L'introspection s'incarne aussi dans le Philosophe de Robert Couturier, dans le Pêcheur assis de Paul Valéry, dans l'aquarelle de Mamma Andersson et dans la flamme de Valentin Fougeray. Zao Wou-Ki et Xie Lei déplacent cette intériorité vers le paysage. Le thème de la mémoire et du cycle du vivant convoque Alexandra Mocanu & Retinaa (des glaciers brodés à l'encre de sécurité), Rinko Kawauchi, Melonie Foster Hennessy et Christian Boltanski, dont Après pose la question de ce qui vient ensuite.

Le dernier temps rompt la suspension. Les Children's Clocks de Maarten Baas font défiler 720 dessins d'enfants, un par minute d'un cadran de douze heures. Yoann Bourgeois explore la chute et l'équilibre dans ses Tentatives d'approches d'un point de suspension. Friedrich Kunath ouvre l'horizon avec Our Chance, et Barthélémy Toguo peuple sa nature foisonnante de figures hybrides. Adeline Care saisit la tension qui précède l'orage, Todd Hido un halo lumineux dans la brume. Annette Messager donne enfin un mot à cet horizon : Utopia, enserré dans un filet noir mais toujours possible. La liste complète compte aussi Pooya Abbasian, lauréat en 2025 du Prix Art et environnement Lee Ufan x Guerlain, Marguerite Bornhauser & Léa Dumayet, et SMITH. Ce dernier, avec sa caméra thermique, signe l'image de l'affiche : deux corps irradiants fondus dans le paysage.

Le parcours s'enrichit d'un volet olfactif conçu en écho à la scénographie. Delphine Jelk, parfumeure de la Maison Guerlain, y propose des compositions qui dialoguent avec plusieurs œuvres, pour une lecture sensorielle de cet instant suspendu. Cette exposition s'inscrit dans une longue histoire. Depuis 2006, la Maison a organisé dix-neuf expositions d'art contemporain, d'abord avec la FIAC, puis avec Art Basel Paris. Elle a aussi créé en 2023, avec Lee Ufan Arles, le Prix Art & Environnement, qui récompense chaque année un projet nourri des liens entre création artistique et environnement.

"L'Heure des Possibles", du 21 octobre au 15 novembre prochain, à La Maison Guerlain, 68 avenue des Champs-Élysées, Paris VIIIe