ARTS
Publié le
25 mai 2026
Du 10 juin au 26 juillet prochain, le Grand Palais accueille Nous, frissons d'étoiles, une installation multimédia monumentale de Laure Prouvost, artiste franco-belge parmi les plus singulières de sa génération. Lauréate du Turner Prize en 2013, première artiste française à recevoir cette distinction, elle y déploie un univers où la physique quantique devient matière à ressentir plutôt qu'à comprendre.

Dès l'entrée, un tunnel absorbe la lumière et dépayse le visiteur : c'est l'un des motifs récurrents de l'artiste, une voie de passage entre deux états de perception. Il débouche sur un environnement fluide dominé par The Beginning, sculpture cinétique monumentale aux six membres de tissu translucide, animée par le son et la lumière. Imposante et fragile à la fois, elle évoque autant un organisme vivant qu'un ordinateur quantique avec ses fils supraconducteurs enchevêtrés. Au cœur de cette créature, une vidéo en 4K : We Felt A Star Dying est projetée sur un écran de neuf mètres de diamètre suspendu dans les airs. Les visiteurs sont invités à s'allonger dessous, comme dans un planétarium, pour se laisser traverser par des images capturées à toutes les échelles du réel : drone, caméra pour microscope, imagerie thermique. Les frontières entre le vivant et l'inerte, le naturel et le mécanique, l'infiniment petit et l'infiniment grand s'y dissolvent.
L'exposition est le fruit de deux ans de recherches menées par Laure Prouvost avec le philosophe Tobias Rees et le scientifique Hartmut Neven, spécialiste de l'informatique quantique chez Google. Ayant eu accès à un ordinateur quantique, l'artiste a enregistré du bruit quantique, ces fluctuations aléatoires inhérentes aux systèmes quantiques, pour l'intégrer dans un modèle de diffusion d'intelligence artificielle sur mesure. Les images de la vidéo s'y dissolvent progressivement dans l'abstraction avant d'être reconstituées, sans jamais retrouver leur état initial : une instabilité fondamentale, constitutive de la matière à l'échelle particulaire. Autour de la sculpture centrale, des Cute Bits, jeu de mots sur les qubits, unités de base de l'informatique quantique, dansent en duo suspendus à la verrière, illustrant le phénomène d'intrication quantique : deux particules liées, dont l'état de l'une modifie instantanément celui de l'autre, quelle que soit la distance qui les sépare. Certains prennent la forme de casques dans lesquels on peut entendre des voix et sentir une odeur métallique et minérale.

L'installation sollicite l'ensemble du corps : les filaments de The Beginning frôlent les visiteurs au passage, les projecteurs éblouissent, les sons se spatialisent dans tout l'espace. La compositrice KUKII a conçu un paysage sonore à partir d'enregistrements de chants religieux traditionnels du monde entier, auxquels elle a incorporé la texture du bruit quantique, une bande-son qui oscille entre dissonance et harmonie chorale. L'installation est une adaptation lumineuse, au sens propre, de We Felt A Star Dying, créée en 2025 au Kraftwerk de Berlin dans le cadre d'une commande de la LAS Art Foundation. Là où Berlin était plongé dans l'obscurité industrielle, Paris baigne dans la clarté de la verrière haussmannienne : une image en positif, une renaissance diurne.
Laure Prouvost, "Nous, frissons d'étoiles", au Grand Palais – Nef Nord, Avenue Winston Churchill, Paris VIIIe, du 10 juin au 26 juillet prochain.
Image en couverture : Laure Prouvost, Nous frissons d’étoiles, 2026. ©Laure Prouvost, Nous, frissons d’étoiles, 2026. Image produite en collaboration avec Diogo Passarinho Studio. ©ADAGP, Paris, 2026 Photographie de la Nef : ©Simon Lerat pour GrandPalaisRmn, Paris, 2025