LIFESTYLE

"Bonbon", ou l’art de croquer l’image

Publié le

27 octobre 2026

On croyait tout savoir du bonbon. Il traîne au fond des poches, colle aux doigts, finit en grappe sur le comptoir de la boulangerie. Mathieu Trautmann et Hélène Manche l’ont sorti de là pour le regarder en face, et le résultat est un livre aussi gourmand qu’un peu vertigineux.

©Mathieu Trautmann

Deux regards, un même appétit

Lui est photographe. Passé par la direction artistique, il a bâti en dix ans une œuvre fondée sur l’épure, où rien ne dépasse et où la nature morte devient un lieu de contemplation. Ses images ont paru dans Vogue France et Numéro, et des maisons comme Chanel, Dior, Tom Ford ou Margiela lui font confiance. Elle est set designer. Diplômée de Duperré, ancienne sculptrice, elle compose avec les matières, les couleurs et les textures pour Hermès, Guerlain ou Diptyque. Avec Bonbon, publié en novembre aux éditions 37.2, ils signent leur premier livre à quatre mains. Le duo est évident, et on se demande presque pourquoi il a fallu attendre.

©Mathieu Trautmann

Un butin de souvenirs

Les confiseries ont été rapportées des quatre coins du monde, puis photographiées à Paris. Dépouillées de tout décor, elles posent comme des sujets de musée. Dents, fruits, bouteilles, coquillages, oursons ou formes franchement abstraites : tout y passe, mis en scène avec les codes de la nature morte classique, les changements d’échelle et l’art de l’accumulation. Le sucre y révèle une richesse plastique insoupçonnée, et parfois une vraie étrangeté. Certains bonbons, ainsi grossis et isolés, font un peu peur. D’autres sont d’une beauté insolente.

©Mathieu Trautmann

Cette fascination n’a rien de froid. Chacun porte en lui une madeleine de Proust, et la leur a la couleur d’un nounours gélifié. Les images touchent à ce réconfort immédiat de l’enfance, à ce désir simple, à cette parenthèse où le présent s’arrête le temps d’une bouchée.

©Mathieu Trautmann

Un livre qui se tient (et se manipule)

Les auteurs ont prolongé l’idée jusque dans la fabrication. Bonbon compte 128 pages et quatre volets dépliants qui font passer le livre de 48 à 94 centimètres de large. Les cahiers sont assemblés sans être rognés : leurs bords restent "en barbe", bruts, presque sauvages. Un élastique rose bonbon de 10 mm maintient le tout, et on devine le plaisir de le faire claquer avant d’ouvrir. Imprimé sur du Symbol Freelife Gloss 170 g, au format généreux de 24 × 32 cm, l’ouvrage se mérite autant qu’il se feuillette.

©Mathieu Trautmann

Un objet à part

À la croisée de la photographie, du design et de l’édition, Bonbon échappe à la case du beau livre de plus. Il fait ce que font les bons projets : poser un regard neuf sur un objet qu’on croyait connaître, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus croquer un Haribo sans y voir une sculpture.

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"Bonbon", Mathieu Trautmann & Hélène Manche, éditions 37.2

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