ARTS

Marie-Jo Lafontaine : l'innocence à l'épreuve du regard

Publié le

2 avril 2026

Le musée départemental de Flandre, situé à environ 1h de Lille, met à l’honneur la célèbre artiste polymorphe Marie-Jo Lafontaine à travers l’exposition "Tout Ange est terrible", inspirée du poète Rainer Maria Rilke. Un titre, synonyme d’innocence et de pureté, que l’on retrouve dans les sujets qu’elle photographie, majoritairement des enfants ou adolescents. C’est ainsi qu’elle s’intéresse, avec un œil critique, à la société et ses dérives. Artiste reconnue à l’international, elle s’est notamment illustrée à travers son installation vidéo novatrice Les larmes d’Acier. Une œuvre controversée, mais qui marque un tournant dans sa carrière, mettant en scène un homme entre souffrance et jouissance. Marie-Jo Lafontaine a également remporté en 1977 le prestigieux Prix de la Jeune Peinture Belge pour ses monochromes textiles en cordes de coton noir. L’exposition est à découvrir jusqu’au 27 septembre prochain.

Marie-Jo Lafontaine (née à Anvers en 1950)  « L’Art lave notre âme de la poussière du quotidien »  2023 Photographies (Diasec, cadre en chêne poli) et monochromes (huile sur MDF poli) 150 x 361 cm  Collection particulière

En débutant l’exposition par la salle de la châtellenie, le visiteur est subjugué par l’architecture du bâtiment et par la manière dont celle-ci dialogue avec les œuvres de Marie-Jo Lafontaine. "Dark Pool" est une découverte à la fois visuelle et sensorielle qui nous plonge dans l’univers aquatique et intimiste de deux nageuses synchronisées. Les deux vidéos animent deux cadres qui s’ouvrent par leurs volets en bois : un bleu marin sombre semble nous asphyxier. Une métaphore qui est confirmée par les deux nageuses, qui expriment à la fois inquiétude et effroi. Les mouvements sont accompagnés par le son mystérieux de l’eau, qui nous ensorcelle. Ce que recherche Marie-Jo Lafontaine, indique la commissaire et directrice du musée départemental de Flandre, Cécile Laffon : "Ce n’est pas forcément que les visiteurs comprennent toutes ces œuvres, c’est avant tout qu’ils ressentent des émotions."

Le visiteur pénètre ensuite dans un second espace et donc dans un autre univers. "L’art lave notre âme de la poussière du quotidien" est une série, encore jamais montrée au public, composée de quatre éléments juxtaposés : deux photographies, une composition florale en couleur et un visage de femme en noir et blanc, encadrées par deux monochromes éclatants. Un titre poétique dont l’artiste explique lors d’une interview donnée en 1923, que "l’art a une fonction purificatrice et thérapeutique. C’est grâce à l’art qu’on améliore la monotonie de notre quotidien". Une citation également inspirée du peintre Picasso, précise Cécile Laffon. La disposition des œuvres permet au visiteur de se sentir entouré de ces femmes, voire observé. Lorsqu’on se place au centre, il semble que les femmes nous suivent du regard, à la manière de la Joconde de Léonard de Vinci. Pour accompagner cette expérience, le musée départemental de Flandre, a fait appel à Carole Calvet afin de créer une odeur sur mesure en lien avec les œuvres : une véritable expérience olfactive.

Marie-Jo Lafontaine (née à Anvers en 1950) « L’Art lave notre âme de la poussière du quotidien »  2023 Photographies (Diasec, cadre en chêne poli) et monochromes (huile sur MDF poli) 150 x 350 cm  Collection particulière

Le parcours se poursuit avec les séries "Kinder der Ruhr" et "Babylon Babies". Une salle qui, au premier abord, peut susciter un certain malaise, mais qui doit être appréhendée dans son contexte. Ces œuvres font partie des nombreuses séries que l’artiste consacre à l’enfance et à l’adolescence, un âge qui évoque à la fois l’insouciance, la liberté et l’incertitude. Les photographies figent l’innocence et montrent combien ces instants sont à la fois transitoires et porteurs d’une forme d’éternité. Le visiteur y découvre une grande diversité culturelle à travers des enfants issus de différentes origines. Différentes couleurs accompagnent les portraits qui, comme l’explique Cécile Laffon "ont été choisies en fonction de l’émotion qu’elle a su prendre en photographie."

Le visiteur découvre ensuite deux salles plus petites qui exposent "Join the Circus" et "Dance The world". Cette fois, Marie-Jo Lafontaine s’intéresse au monde du cirque pour explorer la question de l’identité : un univers instable et dont se transformer en un personnage devient essentiel. Pour l’artiste, le cirque est l’un de ces lieux où subsistent les rêves de l’enfance. Une série qui fait parfaitement écho dans cette salle consacrée au Carnaval de Cassel. Cet habit de l’apparence se retrouve dans « Dance The World ». Sur un grand écran, le visiteur découvre quatre danses, dont deux étaient, à l’origine, réservées aux hommes. Le choix de deux femmes, précise Cécile Laffon, s’explique "tout simplement parce qu’elle considère que le corps de la femme est beaucoup plus sensuel, séduisant. Dans l’art de Marie-Jo Lafontaine (…) tout est étudié, chaque geste, chaque mouvement…".

Marie-Jo Lafontaine (née à Anvers en 1950)  « L’Art lave notre âme de la poussière du quotidien » 
2023 Photographies (Diasec, cadre en chêne poli) et monochromes (huile sur MDF poli) 150 x 347 cm  Collection particulière

La visite s’achève sur une dernière série qui met à nouveau l’enfance à l’honneur : "Le Jardin d’Enfants". Celle-ci se distingue par l’intense expression et la spontanéité des attitudes. A travers ces photographies, on observe une diversité d’émotions, incarnées par des visages qui évoquent la jeunesse tout en effaçant les marqueurs sociaux. Cet espace ouvre également une réflexion sur l’extinction de notre la planète et sur le rôle des générations futurs.

“Marie-Jo Lafontaine - Tout ange est terrible”, au musée départemental de Flandre, jusqu’au 27 septembre prochain.

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