DESIGN
Publié le
22 octobre 2022
Installé à Lisbonne depuis 2017, Noé Duchaufour-Lawrance y a trouvé un territoire, des artisans et des matières qui ont donné naissance à "Made in Situ". Le Mobilier national en déploie toutes les facettes dans les espaces de la galerie des Gobelins, à Paris XIIIe.

Le designer français, né en 1974 dans le sud de la France, est connu pour sa sensibilité aux matériaux et la sophistication de ses formes organiques. Formé à l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art, puis aux Arts décoratifs, il a signé des intérieurs (le Sketch à Londres, les lounges Air France, le chalet de La Transhumance). Il a aussi dessiné des meubles et objets pour des maisons comme Ceccotti Collezioni, Bernhardt Design, Ligne Roset, Hermès, Saint-Louis, Revol ou Dior. Avec "Made in Situ", il pratique ce qu’il appelle "un design situ" ou "de situation". Celui-ci repose sur trois éléments : un territoire, un artisanat et un matériau. Aucun ne suffit seul, et lorsque l’un d’eux se présente isolément, le designer doit l’associer aux deux autres. Son rôle devient alors de "réunir ce qui se tient séparé", de réactiver des liens distendus, de désenclaver l’enclave. Pour lui, une situation combine un lieu, ses habitants et une actualité, et le designer "in situ" travaille au plus près du réel, en reliant des êtres, des savoir-faire et des matières.

L’exposition s’organise autour de sept collections, toutes présentées en intégralité. Barro Negro est né de la soenga, art ancestral qui consiste à cuire la céramique à même le sol. Xisto explore les contrastes de la pierre de schiste, celle des paysages millénaires de la vallée de Côa, dans le nord du Portugal. Avec Caretos, dix tabourets de bois sculpté donnent corps à une tradition tumultueuse et vivante qui anime toute la péninsule Ibérique. D’autres collections puisent leur inspiration dans les matières et les épreuves du territoire. Burnt Cork rend hommage à la résilience du liège face aux incendies qui frappent régulièrement le Portugal, tandis que Bronze and Beeswax marie la préciosité de l’alliage à celle de la cire d’abeille. Chêne et liège se déploie autour des qualités brutes du chêne du Massif des Maures. Enfin, Azulejos réinterprète la technique des carreaux peints pour saluer l’océan qui borde le Portugal. Remarquée, la collection Barro Negro a récemment été acquise par le Centre Pompidou.

L’exposition est elle-même "située". Hugues Jacquet, historien des savoir-faire et commissaire scientifique, a sélectionné dans les réserves du Mobilier national des pièces remarquables qu’il met en relation avec chaque collection, pour créer échos, contrastes et résonances. Ces objets ont tous un lien avec la nature : ils s’en inspirent, la représentent ou la transforment. Les collections historiques mettent en scène une nature représentée, parfois domestiquée ou "artificialisée", tandis que Made in Situ propose un regard vivant et contemporain, ancré dans la matière et les territoires. Pour Hugues Jacquet, les objets qui nous entourent disent, "sans bruit ni mots", l’évolution de nos visions du monde et la façon dont ils modèlent en retour notre regard sur la nature.

La scénographie a été conçue à quatre mains par Noé Duchaufour-Lawrance et Clémence Farrell, spécialiste des parcours immersifs et complice de longue date. Elle fait appel à tous les sens : la densité de la terre et de la pierre, l’odeur du feu, de la cire d’abeille ou du jonc séché, que la lumière, le son et la variété des espaces mettent en scène. Les objets et structures de l’exposition sont tous dessinés par le designer. Le visiteur traverse une succession d’installations artistiques, accompagné d’un paysage sonore original signé Luis Clara Gomes (alias Moullinex) et Vany Fox.
"Made in Situ", Noé Duchaufour-Lawrance, jusqu'au 29 novembre prochain, Mobilier national, galerie des Gobelins, 1 rue Berbier du Mets, Paris XIIIe