INTERVIEW
Publié le
9 juin 2026
Un timbre marqué par les années et pourtant. À 24 ans TeddyBear chante les états d’âme humains, sur des textes qui transpercent le cœur. Après "Tout va bien", le jeune belge propose son nouveau clip "Chaussures Roses". Un pas de plus dans la cour des grands. Troublant, mélancolique, mais TeddyBear, c’est surtout cette note d’espoir, cette lumière au milieu d’un sombre tableau. Le chanteur couche son mal-être sur papier et l’exorcise de sa voix éraillée. Une thérapie musicale qu’il ne lâchera pas de sitôt, au contraire. Clara Luciani, Feu! Chatterton et bien d’autres ont déjà sollicité le jeune belge pour leur 1ère partie. Chansons à la Jacques Brel, note jazzy à la Yussef Dayes, textes percutants qui rappellent Damso, TeddyBear réinvente le passé et conjugue le présent.

Votre single "Chaussures Roses" cartonne. Le clip vient de sortir et l’acteur François Damiens fait partie des figurants. C’est une première pour vous, comme pour lui.
J'étais très surpris qu'il accepte ! On a lancé l’invitation sans vraiment y croire. Mais il a dit : "Oui". Franchement, c’est un moment dont je me rappellerai toute ma vie et c’était fou. J’en rêve encore ! Je voulais vraiment honorer cette attitude “belge” avec laquelle j’ai grandi, que j'aime beaucoup et qui est très présente chez François Damiens. La spontanéité, la bienveillance : c'est exactement ça. Un truc très simple, mais avec une bonne touche d'autodérision. Bravo à la réalisatrice, Emma Kraemer, qui a fait un travail incroyable.
"Chaussures Roses", pourquoi ce titre ?
Parce que j'ai une grand-mère qui n'a pas peur de dire les choses. Elle est venue à mon premier concert et m’a dit : “Tes chansons sont bien, mais toi, sur scène, ce n'est pas très beau.” Merci mamie... Elle m’a donné une veste rouge que j’ai mise au concert, mais il lui manquait encore un truc. “Je vais t'acheter des chaussures rouges, ça va être bien.” Elle est revenue avec une boîte de chaussures… roses. La paire lui a coûté cher et c’est une femme tenace donc, je les mets et j'en ai fait une chanson. [Rires]
"J'en avais marre de ne pas être content de me voir dans le miroir."
Votre chanson clame : “Faut qu'je m'aime, c'est la base d'une vie saine”. Est-ce que vous vous aimez ?
Qui s’aime ? Non, plus sérieusement, quand j'écris une chanson, c’est pour coucher un sentiment que j'éprouve sur le moment. Je me pose sur ma terrasse et je note ce qui me fait vraiment mal à l’instant T. Et cette phrase est sortie : "Faut que je m'aime". J'en avais marre de ne pas être content de me voir dans le miroir. Même en passant un bon moment, entouré de plein de gens, je me surprends à me scruter pour être sûr que je suis “bien mis” parce que je sais que je ne me sens pas bien. Je ne suis pas au max de ce que j'aurais aimé être. Au niveau du poids, c’est dur à vivre. Donc, cette phrase est sortie du cœur.
Dans "Tout va bien", vous êtes “le chasseur de coups de blues”. On ressent cette mélancolie dans vos textes. La musique, c’est votre thérapie ?
Totalement. D’ailleurs, "Tout va bien", c'était une leçon de vie de mon père. L’été dernier, j'ai eu une espèce de ras-le-bol : je n'arrivais plus à rien. Mon père est arrivé, m'a emmené dans sa maison natale et m’a rappelé que mon grand-père se levait tous les matins pour se tuer à la mine et gagner de quoi nourrir ses enfants. Et, à ce moment-là, j’ai compris que mon ras-le-bol était moindre. C’est ce que j’explique dans mon morceau, cette légitimité à se plaindre.
Publier régulièrement des compositions sur les réseaux, ça modifie le rapport à l’écriture ?
Bien sûr. Quand j’ai démarré, plus je produisais, plus ça marchait et plus je montais dans les statistiques, plus je rencontrais des gens qui me permettaient d’évoluer. Je suis devenu dingue : trois chansons différentes par semaine, c’était insensé ! Et à ce moment-là, j'ai eu ce rapport à l’écriture où “Tout ce qui vient, je le sors et tant pis si c'est nul. Je le dis quand même parce que je le pense.”
"Aujourd’hui, il y a l'album, les radios, les concerts donc quand je fais une chanson, il faut qu’elle en vaille la peine."
Comme un cahier de brouillon avant l'officiel finalement.
Voilà, exactement. Aujourd’hui, il y a l'album, les radios, les concerts donc quand je fais une chanson, il faut qu’elle en vaille la peine. Franchement, dans celles que j'écrivais avant, il n’y en a qu’une ou deux que j'ai gardées. Elles n’étaient pas réfléchies. Après, ça m’a fait du bien à cette période-là. J’ai grandi depuis.

Quelle chanson auriez-vous aimé écrire ?
"La Chanson des vieux amants", c'est certain. J'adore "Impardonnable" de Damso, aussi. Et puis, "Je n'ai rien oublié" de Charles Aznavour. Quand j'écoute ces chansons, je regarde la vidéo : cette gestuelle qu’ils possèdent est folle. Ils vivent leurs paroles. P*tain, c'est une folie. J'aurais aimé écrire ça. Plus tu progresses, plus les gens te disent que tu es le meilleur. Quand tu commences à un moment à y croire, c'est là que c'est dangereux. En réécoutant ces classiques, je me dis : “Non, tu as encore une étape à franchir mon pote, donc c'est parfait. Continue à regarder.”
"J'ai un vrai souci avec les compliments. C’est impossible et j’ai surtout peur d'un jour y croire. Parce qu’à ce moment-là, je cesserai d’être intéressant. C'est ça le truc qui me fait flipper et que j'esquive."
Où vous voyez-vous dans 5 ans ?
Je ne projette rien. Je veux juste qu’un grand sourire étire mes pommettes ! Je continue comme je l’ai toujours fait et on verra où je serai.
Qu’est-ce que vous esquivez dans la musique ?
Je vais me répéter, mais les compliments. J'ai un vrai souci avec les compliments. Je n’arrive pas à écouter quelqu'un qui me dit que je suis trop fort. C’est impossible et j’ai surtout peur d'un jour y croire. Parce qu’à ce moment-là, je cesserai d’être intéressant. C'est ça le truc qui me fait flipper et que j'esquive. Ça sert à quoi de continuer à travailler comme un taré si tu es déjà trop fort ? On n'évolue plus jamais. C'est quand même dommage.