LA BEAUTÉ DE
Publié le
27 avril 2026
Issue d’une lignée d’hôteliers autrichiens, Susanne Kaufmann n’avait pas vocation à fonder une marque de beauté. C’est dans le cadre très concret de l'Hôtel Post Bezau, établissement familial niché dans un village du Vorarlberg, que naît pourtant, au début des années 2000, une première ligne de soins. Pensée pour accompagner les protocoles du spa, elle repose sur un principe simple : mobiliser les ressources locales (plantes alpines, savoirs herboristes) pour formuler des produits à la fois naturels et efficaces. L’initiative, d’abord confidentielle, dépasse rapidement les murs de l’hôtel. À la demande de son entourage, qui l’encourage à signer ses formules de son nom, la gamme se structure, circule, et finit par intéresser des points de vente à Vienne, Berlin, puis New York. Plus de vingt ans après, de passage à Paris, Susanne Kaufmann revient sur cette trajectoire construite sans plan préétabli, entre hospitalité et cosmétique, et sur une certaine idée de l’équilibre entre vie professionnelle, familiale et attention portée au corps.

Vous venez d’une famille d’hôteliers en Autriche. Auriez-vous pu imaginer lancer votre propre marque de beauté un jour ?
Pas du tout. J’ai grandi dans notre hôtel familial à Bezau, un petit village en Autriche, et j’ai toujours pensé que j’allais le reprendre, car l’hôtellerie a toujours été une passion pour moi. J’ai fait mes études, puis j’ai commencé à gérer l’établissement il y a 30 ans. À un moment, je me suis demandée : "Que puis-je faire dans ce petit village pour attirer les gens ?" L’hôtel était déjà un spa médical depuis les années 1970, alors j’ai décidé d’aller plus loin dans le développement du bien-être. Cela a très bien fonctionné, c’était le début des hôtels wellness dans les années 1990, une vraie tendance. En 2003, j’ai entièrement rénové le spa, et je me suis dit qu’il me fallait des produits naturels, mais efficaces. À l’époque, ce n’était pas facile à trouver. J’ai donc décidé de créer ma propre ligne pour le spa. Nous avons développé tous les protocoles de soins visage et corps, et très vite, des distributeurs ont voulu vendre nos produits. Nous avons commencé à Vienne, Berlin, puis New York, tout est allé très vite à l’international.
Quels produits utilisiez-vous avant de lancer votre marque ? Étiez-vous passionnée de beauté ?
Toujours. Je me faufilais dans la salle de bain de ma mère pour utiliser ses produits, elle utilisait beaucoup Estée Lauder. J’ai commencé à utiliser des soins très jeune, avant même mes 20 ans. Ma grand-mère était aussi passionnée : elle fabriquait ses propres teintures, ses crèmes, et même ses masques pour les cheveux.
"Chaque produit est développé de zéro, nous n’utilisons pas de formules toutes faites. C’est ainsi que j’ai découvert l’ectoïne, l’un de mes ingrédients préférés."
Quel est votre premier souvenir beauté ?
Quand j’étais petite, j’avais les cheveux très longs. Chaque semaine, ma grand-mère avait tout un rituel : lavage, soin, puis elle rinçait toujours mes cheveux avec différentes teintures.

Vos produits sont majoritairement formulés à partir d’ingrédients locaux. Lesquels ?
Mon idée était d’utiliser les connaissances européennes : les bienfaits de la camomille, de la sauge, du calendula, du millepertuis, de l’arnica, de l’edelweiss ou encore de la rose alpine, toutes ces plantes des prairies alpines pour créer des formules. Mais de manière efficace. Il ne suffit pas d’ajouter un peu de camomille dans un produit : tout est une question d’utilisation et de concentration. Pour moi, il était essentiel d’être à la fois naturelle et performante. Je voulais des produits qui agissent réellement sur la peau, ce qui était assez rare à l’époque.
Comment choisissez-vous vos ingrédients et développez-vous vos produits ?
Depuis le début, nous travaillons avec un dermatologue qui connaît parfaitement les ingrédients et leurs synergies. Je travaille toujours avec la même équipe encore aujourd’hui. Chaque produit est développé de zéro, nous n’utilisons pas de formules toutes faites. C’est ainsi que j’ai découvert l’ectoïne, l’un de mes ingrédients préférés. C’est un acide aminé découvert dans les années 1980 en Égypte, dans un lac salé, chez des micro-organismes capables de survivre dans des conditions extrêmes. Utilisé d’abord en médecine, notamment pour les brûlures, nous l’intégrons aujourd’hui dans nos formules pour réparer et protéger la barrière cutanée. Le développement d’un produit prend du temps : entre 18 mois et deux ans. Il faut trouver les bons ingrédients, tester, ajuster, jusqu’à obtenir la formule idéale, puis lancer toute la phase de tests.
"La protection solaire a longtemps été un défi pour moi. Elle est essentielle, même pour 20 minutes d’exposition, surtout avec une peau mature comme la mienne."
Votre dernier lancement est une crème hydratante SPF 50. Pouvez-vous en dire plus ?
La protection solaire a longtemps été un défi pour moi. Elle est essentielle, même pour 20 minutes d’exposition, surtout avec une peau mature comme la mienne. Nous avons commencé avec des filtres minéraux, puis exploré d’autres technologies. Aujourd’hui, nous avons choisi des filtres chimiques “clean” pour atteindre un SPF 50. Nous avons ajouté de l’ectoïne pour renforcer la barrière cutanée et protéger de la lumière bleue, ainsi que de la rose alpine pour ses propriétés antioxydantes. Il était important de créer une texture légère, car les filtres solaires peuvent être lourds, afin d’en faire une base quotidienne agréable.

Comment votre routine évolue-t-elle selon les saisons ?
En hiver, en Autriche, il fait très froid, donc j’utilise des textures plus riches, matin et soir, ainsi que davantage de masques, une huile et un baume ultra-hydratant et nourrissant pour le corps. En été, je privilégie des textures plus légères, aussi bien pour le visage que pour le corps. En revanche, le nettoyage reste le même toute l’année, tout comme les sérums.
Que recommandez-vous au printemps ?
J’ajoute une protection SPF et j’utilise toujours le sérum réparateur à l’ectoïne. Je passe d’une huile nettoyante en hiver à un gel nettoyant. J’utilise aussi deux fois par semaine notre exfoliant enzymatique. Avec les changements de saison, la peau transpire davantage et on utilise plus de protection solaire, donc c’est important de la purifier en douceur. Il contient une touche de menthol très agréable, et exfolie de manière douce et délicate.
"La beauté ne repose pas sur un produit miracle, mais sur le mode de vie : le sommeil, l’alimentation, l’activité physique. Si vous dormez mal, cela se voit sur votre peau. Si vous mangez mal, vous avez des imperfections. Le stress se reflète aussi. Tout est lié. L’essentiel, c’est de trouver un équilibre."
Qu’est-ce qui est dans votre trousse de beauté lorsque vous venez à Paris ?
J’essaie de voyager léger, mais je me retrouve toujours avec au moins 15 produits [Rires]. En format miniature, bien sûr : nettoyant, exfoliant, tonique, sérum, crème de jour, crème de nuit, contour des yeux, protection solaire, gel douche, shampooing, huile pour les ongles, crème pour le corps… J’emporte vraiment beaucoup de choses !

Avez-vous un secret beauté ?
Ce n’est pas un secret, mais plutôt une philosophie : une approche holistique. La beauté ne repose pas sur un produit miracle, mais sur le mode de vie : le sommeil, l’alimentation, l’activité physique. Si vous dormez mal, cela se voit sur votre peau. Si vous mangez mal, vous avez des imperfections. Le stress se reflète aussi. Tout est lié. L’essentiel, c’est de trouver un équilibre.
Quel est votre secret de réussite ?
Les personnes qui m’entourent. Je dirige deux entreprises, ma marque et mon hôtel, et j’ai deux enfants, on ne peut pas tout faire seule. Il est essentiel d’avoir une famille et des amis solides autour de soi. Ce n’est pas un “one-woman show”. Et dès que je vois que quelqu’un fait mieux que moi, je lui confie la tâche. On ne peut pas tout contrôler, ni être la meilleure en tout.
"J’aimerais esquiver les écrans. J’ai vécu longtemps sans smartphone, et je pourrais y revenir. Aujourd’hui, c’est peut-être un peu trop. Dire ‘plus d’écrans’ est radical, mais passer moins de temps devant serait déjà un bon début."
Que signifie la beauté pour vous ?
Une peau saine, et se sentir bien dans sa peau. C’est essentiel, car les problèmes de peau affectent profondément le bien-être. Ce que j’aime dans notre marque, c’est que nos clients fidèles utilisent toute la gamme, visage et corps. Ils nous font confiance, grâce à nos ingrédients et à notre philosophie.

Notre média s’appelle S-quive. De quoi aimeriez-vous vous échapper ?
Les écrans. J’ai vécu longtemps sans smartphone, et je pourrais y revenir. Aujourd’hui, c’est peut-être un peu trop. Dire “plus d’écrans” est radical, mais passer moins de temps devant serait déjà un bon début.
Tous les produits Susanne Kaufmann à retrouver ici.