PHOTOGRAPHIE
Publié le
14 juillet 2026
La 57e édition des Rencontres d'Arles a désigné ses lauréates du Prix Découverte de la Fondation Louis Roederer. Le jury a choisi de couronner Magali Paulin, présentée par la galerie Doubledummy, tandis que le public du festival a plébiscité Mallory Lowe Mpoka, présentée par Occurrence. Deux démarches artistiques, un même fil conducteur : interroger la mémoire pour mieux éclairer notre présent.

Issues des sept projets finalistes de cette édition, les œuvres primées partagent une même obsession : comprendre comment les lieux, les archives et les récits traversent le temps. Chacune à sa façon, Paulin et Lowe Mpoka photographient ce qui résiste à l'oubli, ce qui se transforme, et ce qui menace de disparaître pour toujours, donnant à la photographie ce pouvoir rare de faire ressurgir des histoires longtemps restées invisibles.

Le jury a distingué Magali Paulin d'une bourse de 15 000 euros, assortie de l'entrée d'une de ses œuvres dans la collection permanente des Rencontres d'Arles. Née en 1986 et formée à l'ENSP Arles, cette photographe d'origine martiniquaise construit depuis plusieurs années un travail sur les territoires caribéens, qu'elle envisage comme un chemin personnel vers la réparation et l'identité. Trace, colonialité, résilience : ces thèmes irriguent toute son œuvre. Sa série Matière, fantômes en est l'illustration la plus récente. L'artiste y saisit les vestiges d'un ancien jardin colonial du Bois de Vincennes, aujourd'hui envahi par la végétation, des images où la nature semble digérer lentement l'histoire, sans jamais totalement l'effacer.

Le Prix du Public revient à Mallory Lowe Mpoka, accompagné d'une bourse de 5 000 euros également transformée en acquisition pour la collection du festival. Née en 1996 et installée à Montréal, cette artiste belgo-camerounaise mêle plusieurs disciplines pour interroger les liens entre identité, mémoire et territoire. Dans son exposition Cosmologies des héritières, elle fait dialoguer photographies, textiles et archives familiales. Broderie et perles viennent littéralement transformer ses images, faisant émerger des fragments d'histoire camerounaise restés jusque-là dans l'ombre. Cette reconnaissance s'accompagne d'une autre distinction : le Prix de la Photo Madame Figaro, dédié aux photographes émergentes.

Les deux lauréates exposent aux côtés des cinq autres finalistes : Charlotte Yonga, Souleymane Bachir Diaw, Phan Quang, Amira Lamti et Jordan Beal, à l'Espace Monoprix d'Arles, jusqu'au 4 octobre 2026. L'ensemble a été pensé comme un parcours unique par la commissaire Nadine Hounkpatin, qui voit dans ces sept démarches autant de facettes d'une même quête de vérité, patiemment construite à travers des récits singuliers et une attention portée au silence. La sélection a été opérée par un jury composé du photographe et cinéaste congolais Sammy Baloji, de la commissaire et historienne de l'art Yasmine Chemali, directrice du Centre de la Photographie de Mougins, d'Amandine Nana, commissaire au Palais de Tokyo, et de Fiona Rogers, spécialiste britannique engagée pour la visibilité des femmes photographes.

Présidée par Frédéric Rouzaud, la Fondation Louis Roederer accompagne depuis quinze ans la création contemporaine et la transmission des savoirs, aux côtés d'institutions comme la Bibliothèque nationale de France, le Jeu de Paume, la Philharmonie de Paris ou encore la Villa Médicis à Rome. Le Prix Découverte, qu'elle soutient depuis près d'une décennie à Arles, constitue l'un des piliers de son engagement en faveur des talents émergents, aux côtés du Prix Révélation de la Semaine de la Critique à Cannes. En 2026, la Fondation célèbre son quinzième anniversaire et poursuit cette dynamique en lançant de nouvelles initiatives ouvertes au public.
