ARTS
Il y a quelque chose d'émouvant dans le fait que Paris soit à la fois le point de départ et le point d'arrivée de cette exposition. C'est ici, à la fin des années 1970, que Park Seo-Bo a eu l'idée presque accidentelle de peindre sur des feuilles de journal. Des décennies plus tard, c'est encore ici que ces œuvres, parmi ses toutes dernières, sont présentées au public pour la première fois.
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Né en 1931 dans le sud-est de la Corée du Sud, Park Seo-Bo appartient à une génération façonnée par le traumatisme de la guerre de Corée. Cette expérience du chaos et de la destruction n'est sans doute pas étrangère à la quête d'apaisement et de dépouillement qui traversera toute son œuvre. Diplômé de l'université Hong-Ik à Séoul en 1954, où il deviendra plus tard doyen,, il s'impose progressivement comme l'une des figures centrales de la scène artistique coréenne.
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Lors d'un séjour parisien hivernal, alors qu'il patientait le temps que ses toiles sèchent, Park Seo-Bo se saisit de vieux exemplaires du Monde qui traînaient dans son atelier. Il commence à y appliquer pigments et crayon, sans intention précise. Ce moment d'improvisation donnera naissance à l'une des séries les plus singulières de sa carrière : les Newspaper Ecritures. Ce qui frappe dans ces œuvres, c'est leur rapport au temps. Les manchettes des journaux affleurent sous la peinture, les dates s'y lisent en transparence, parfois choisies pour leur résonance personnelle, anniversaires ou moments familiaux. Le quotidien devient support, mais aussi mémoire.
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La série Écriture, entamée à la fin des années 1960 et poursuivie jusqu'à ses derniers jours, repose sur un principe en apparence simple : répéter un même geste, encore et encore, jusqu'à ce que le mental s'efface et que seul le corps reste. Profondément marqué par les pensées taoïste et bouddhiste, Park Seo-Bo voyait dans cette pratique une forme de méditation active, un chemin vers le vide. Avec l'âge, le geste s'est ralenti. Les œuvres tardives, aux tonalités pastel douces et lumineuses, portent la marque d'un corps moins agile, mais d'un esprit pleinement serein. Loin d'être une dégradation, ce ralentissement semble avoir été vécu par l'artiste comme une nouvelle forme de liberté.

White Cube Paris a choisi de mettre en regard ces deux moments de la carrière de Park Seo-Bo : les premières expériences sur papier journal réalisées dans la capitale, et les ultimes œuvres achevées peu avant sa mort à 91 ans. Le dialogue entre ces pièces, séparées par près d'un demi-siècle, dit beaucoup sur la cohérence et la rigueur d'une vie entière consacrée à un même questionnement. Présent dans les collections de grands musées à travers le monde — du Centre Pompidou à New York en passant par Londres —, Park Seo-Bo aura également droit à son propre musée à Séoul, qui ouvrira cet automne. Un héritage à la mesure d'une œuvre aussi discrète que profonde.

White Cube Paris, 10 avenue Matignon, Paris VIIIe, jusqu'au 30 mai prochain.