INTERVIEW
Publié le
6 mars 2026
Révélée à seulement 16 ans dans "The Voice", Maëlle a grandi sous les projecteurs. Après deux albums et plusieurs années de recherche personnelle, la chanteuse revient avec un projet profondément intime. Ce vendredi, elle dévoile “Lili”, premier extrait d’un nouvel album attendu pour septembre 2026. Un disque introspectif dans lequel elle explore son histoire, son rapport à l’image et la part d’elle qu’elle avait longtemps cachée.
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Pourquoi avoir choisi de faire un album qui vous raconte ?
J’ai commencé la musique très jeune, avec "The Voice". J’avais 16 ans et, à cet âge-là, c’est compliqué de raconter son histoire. J’avais l’impression de ne pas avoir grand-chose à dire. Tout est allé très vite : deux albums, des expériences incroyables… Mais à un moment, je me suis dit qu’il fallait que je raconte mon histoire sous un autre angle. “Lili”, c’est un peu la "moi" d’avant. C’est la petite fille et l’adolescente que j’ai été et que j’ai parfois cachée en commençant la musique. Faire cet album m’a permis de me libérer de certains poids. J’avais envie que les gens voient vraiment ce que j’ai au fond du cœur et de la tête. Pendant longtemps, j’ai porté beaucoup de masques. Aujourd’hui, j’ai envie d’être nature, sincère, authentique.
Pourquoi avoir choisi de co-écrire un morceau aussi personnel avec Ehla ?
Parce qu’on s’est comprises immédiatement. On a vécu des choses assez similaires dans la musique et on s’est connectées très vite. Je lui ai parlé de cette Lili que j’ai longtemps cachée et dont j’ai parfois eu honte. Avec le recul, je me dis que j’étais très dure avec moi-même. Elle m’a dit que ce sont des choses dont je pouvais être fière. Ça m’a fait énormément de bien. Sur cet album, on a presque tout co-écrit. J’avais envie de partager ça avec une femme qui comprend ce que je raconte, qui connaît ces questionnements et ces recherches de soi.
"Quand j’ai commencé, j’étais la Lili de mes parents. Et puis je suis devenue Maëlle. Ce disque parle de cette découverte de soi. J’espère que les gens pourront s’y retrouver."
Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans la réalisation de cet album ?
Je me suis mis énormément de pression. Je voulais faire exactement ce que j’avais en tête. Parfois, je suis tellement dans le contrôle que j’en oublie presque le plaisir de créer. Le plus délicat, ça a été de trouver la bonne direction et les bonnes personnes autour de moi. Je voulais travailler avec des gens qui me laissent le temps d’explorer, de chercher des sonorités, de trouver un univers visuel et musical différent de ce que j’avais fait avant.
Dans quelle mesure pensez-vous qu’une histoire aussi intime peut toucher votre public ?
Même si c’est une histoire intime, je crois qu’elle est assez universelle. On traverse tous des moments où on se cherche, où on doute, où on essaye des choses. C’est un album qui parle d’émancipation et de libération. Quand j’ai commencé, j’étais la Lili de mes parents. Et puis je suis devenue Maëlle. Ce disque parle de cette découverte de soi. J’espère que les gens pourront s’y retrouver.
Pourquoi votre surnom “Lili” compte-t-il autant pour vous ?
Parce que c’est un surnom que mes parents nous donnent. Mes sœurs et moi, on est toutes des Lili dans la famille. C’est très lié à l’enfance et à la maison. Pour moi, c’est quelque chose de rassurant, de très tendre. Quand on m’appelle Lili, je ressens mille fois plus de choses que quand on m’appelle Maëlle. C’est un retour à la maison.
"J’ai longtemps eu honte de Lili, et maintenant j’ai envie de la présenter au monde."
Qui est cette Lili ?
Ce n’est pas une personne facile. Elle est pleine de névroses et elle a longtemps essayé de les cacher. C’est aussi pour ça que j’ai eu honte de la montrer. Dans ce métier, on cherche aussi souvent de l’amour. On se demande si les gens vont nous aimer. Mais avec le temps, j’ai rencontré des gens qui m’ont aidée à accepter cette part de moi. Lili a essayé de se construire, elle a testé beaucoup de choses et parfois elle s’est perdue. Aujourd’hui j’ai envie que Lili apparaisse davantage dans mes chansons. En fait, j’ai longtemps eu honte de Lili, et maintenant j’ai envie de la présenter au monde.
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En quoi est-elle différente de Maëlle ?
Maëlle, c’est celle qui aime que tout soit parfait : la voix impeccable, les chansons bien cadrées. Lili, au contraire, accepte les failles. Dans cet album, j’ai volontairement laissé des imperfections : des voix qui déraillent, des petits accidents. Je voulais qu’on entende aussi ces failles à travers la musique.
Vous vous sentez plus proche de Lili ou de Maëlle aujourd’hui ?
Des deux. Sur scène, on devient forcément quelqu’un d’autre. J’aime le côté de Maëlle qui veut être une pop star. Et j’aime aussi Lili parce qu’elle est là pour “casser des bouches”. Si je n’avais pas vécu tout ça, je n’aurais jamais fait cet album.
"Je me suis parfois sentie dépossédée de mon intellect et de mon corps. C’est aussi pour ça que j’ai voulu protéger Lili et grandir très vite."
Dans votre single, vous évoquez les “chiens” qui vous ont piégée. Qui sont-ils ?
Quand on commence dans la musique, on est entouré de gens qu’on ne choisit pas forcément. Quand j’ai gagné "The Voice", j’avais 16 ans et je ne savais pas du tout ce que je voulais faire. Le mot “chiens”, c’est une image. Par moments, j’avais l’impression d’être un bout de viande, d’être réduite à mon corps. J’étais entourée d’hommes beaucoup plus âgés que moi et j’étais en pleine construction. Je me suis parfois sentie dépossédée de mon intellect et de mon corps. C’est aussi pour ça que j’ai voulu protéger Lili et grandir très vite.
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Pourquoi avez-vous longtemps voulu montrer une version de vous très lisse et parfaite ?
Parce qu’on me demandait d’être comme ça. À l’époque, on attendait encore beaucoup des femmes qu’elles soient parfaites et qu’elles parlent peu. Et puis je pensais aussi que c’était la solution. Si j’étais parfaite, les gens allaient m’aimer alors que non en réalité.
Votre jeune âge a-t-il joué ?
Oui, évidemment. J’avais 16 ans. Je me suis inscrite à "The Voice" pour rigoler, je ne pensais pas gagner. Et tout à coup, je me retrouve filmée sous tous les angles. À cet âge-là, on a des boutons, on ne se sent pas toujours bien dans sa peau. On se dit que tout le monde va voir nos défauts.
"Voir des femmes assumer leurs fêlures et leurs bizarreries m’a énormément libérée. Je pense notamment à Mylène Farmer, ou à des artistes comme Iliona, Théodora..."
Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ?
Mes amis m’ont beaucoup aidé. Et surtout les artistes féminines qui prennent la parole aujourd’hui. Voir des femmes assumer leurs fêlures et leurs bizarreries m’a énormément libérée. Je pense notamment à Mylène Farmer, ou à des artistes comme Iliona, Théodora... Elles montrent qu’on peut être profondément soi-même dans la musique.
Vous dites avoir grandi trop vite. Qu’avez-vous l’impression d’avoir raté ?
J’ai l’impression d’avoir raté une grande partie de mon adolescence. Entre 16 et 19 ans, j’étais déjà médiatisée. Les relations amoureuses, la découverte de soi… tout était un peu étrange. Quand on commence jeune, les gens ont du mal à accepter qu’on grandisse. Ils veulent garder l’image qu’ils ont connue.
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Si tout était à refaire, feriez-vous les choses différemment ?
Je pense que je referais la même chose. Même les moments difficiles m’ont menée jusqu’ici. Sans eux, je ne serais peut-être pas en train de sortir cet album aujourd’hui. Peut-être que j’essaierais simplement de lâcher prise un peu plus pour profiter davantage.
Qu’est-ce que vous esquivez aujourd’hui dans la musique ?
Parfois, j’esquive les gens qui m’aiment trop. C’est étrange à dire, mais j’ai encore du mal à accepter l’amour qu’on me porte. Parfois je me dis : “Mais arrête de mentir”.
"Lili", Maëlle, disponible partout.