INTERVIEW

Lisa Azuelos : “C’est un film qui parle beaucoup du non-jugement.”

Publié le

9 février 2026

Près de vingt ans après le succès de LOL, Lisa Azuelos signe sa suite avec LOL 2.0, en salle le 11 février. En 2026, l’époque a changé : c’est celle des réseaux sociaux, des algorithmes qui influent sur les émotions et les façons de penser. Comment faire une suite sans inclure ce monde-là ? Impossible. Alors l’équipe a travaillé pour parler d’aujourd’hui à chacun, en passant par un lien intemporel : celui qui unit une mère et sa fille. Thaïs Alessandrin et Sophie Marceau reprennent leurs rôles dans ce nouvel opus qui explore ce qui résiste au temps - la mécanique du cœur, les réseaux émotionnels. Rencontre avec une cinéaste qui fait des relations humaines le cœur battant de son cinéma.

LOL 2.0 ne cherche pas à ressembler au premier film, mais plutôt à se reconnecter au monde tel qu’il est aujourd’hui, à travers une relation mère-fille en 2026. Est-ce que c’était un point de départ clair dès l’écriture ?

Oui, à mesure où ce n’était pas la vraie suite avec les vrais mêmes acteurs, j’étais obligée de trouver quelque chose de beaucoup plus contemporain finalement.

Et à quel moment vous avez senti que LOL pouvait avoir une suite ?
Je ne l’avais jamais senti, mais on m’a proposé de faire la série LOL, et j’ai dit : “Franchement, je ne sais pas quoi faire avec la série.” En revanche, je saurais éventuellement quoi faire avec une suite.

C’était il y a longtemps ?
Il y a trois ans.

Est-ce qu’il y a quelque chose en particulier de LOL que vous cherchiez à tout prix à conserver ?

Ce que j’ai cherché à conserver en premier lieu, c’est le lien mère-fille, qui a évolué, évidemment. Je voulais montrer ce même lien qui était à l’écran en 2009, en me concentrant sur la façon dont il a évolué avec une mère un peu plus âgée et une fille un peu plus âgée aussi.

“Je pense que l’être humain est challengé au fur et à mesure qu’il va vers le progrès. Quand on est submergé de distractions comme on l’est à notre époque, il y a un fort intérêt à savoir qui on est pour ne pas se laisser embarquer par l’extérieur.”

Le film montre une relation mère-fille dans un monde contemporain, traversé par le numérique, et en parallèle avec ses fardeaux intemporels, la solitude, le départ du foyer ou le retour. Est-ce votre manière de dire que les conflits générationnels ne disparaissent pas, mais qu’ils se déplacent et mutent ? Qu’il n’existe pas de : "C’était mieux avant" ?
Il y a beaucoup de choses qui étaient mieux avant, et beaucoup de choses qui étaient moins bien. Donc je ne sais pas qui gagne et qui perd. Je pense que l’être humain est challengé au fur et à mesure qu’il va vers le progrès. Il est challengé parce qu’il est de plus en plus au cœur de qui il est vraiment. Quand on est submergé de distractions comme on l’est à notre époque, il y a un fort intérêt à savoir qui on est pour ne pas se laisser embarquer par l’extérieur. C’est comme si la vie était une petite rivière toute stagnante, puis qu’elle devient un énorme fleuve avec plein de courant. Ça ne veut pas dire qu’on va en mourir, mais ça veut dire qu’il faut être fort.

Comment trouve-t-on la bonne distance quand on est à la fois mère et réalisatrice sur un plateau ?

Sur le plateau, je ne suis que réalisatrice. À part quand je me permets de lui faire peut-être des câlins comme ça, en douce… Ou non, mais même pas en douce ! D’ailleurs, je fais des câlins à tout le monde, de toute façon, sur le tournage ! Mais je suis majoritairement réalisatrice.

Lisa Azuelos ©DR

Votre fille, Thaïs Alessandrin, disait, par exemple, qu’elle vous appelle par votre prénom et non “maman” sur le plateau.
Oui, ça, je me fâchais !

Elle m’a aussi dit que vous vous fâchiez !

[Rires] Parfois, je faisais exprès de ne pas répondre ! Il faut qu’elle m’appelle maman.

Est-ce que certaines scènes ont été plus difficiles à jouer, justement parce qu’elles touchaient à quelque chose de très intime ?
Ce qui a été très difficile, c’est de savoir quand la protéger, elle, et dans le même temps, aller vers le personnage. C’est-à-dire que toutes les scènes où elle pleure énormément, y compris la scène où elle casse le mur, c'était compliqué parce qu'elle était réellement malade. Elle avait une grosse grippe. Le médecin lui avait dit : “Surtout, ne parle pas pendant dix jours, tes cordes vocales sont attaquées”. Et moi, je lui ai dit : “Écoute, pousse un grand cri”. Je n’ai pas vraiment écouté le médecin…

“Il n’y a rien de tel que de regarder les gens dans les yeux.”

On a pu constater un tournant numérique majeur, notamment avec les réseaux sociaux, entre les deux générations, qui a rebattu certaines cartes de nos modes relationnels, avec du positif comme du négatif. Selon vous, quel est le changement le plus profond dans notre rapport à l’autre ?
Je trouve qu’on mène deux rapports. On a un rapport physique, dans la vraie vie, quand on se voit. Mais il peut être diminué quand on s’envoie un texto, parce qu’on peut considérer que ça “suffit”. Je pense que ça, ça a changé. Avant, si on ne se voyait pas, on n'avait pas de nouvelles. Aujourd’hui, on fait un FaceTime et on se dit : “C’est bon”. Par exemple, j’ai vécu à l’étranger pendant cinq ans, j’ai trouvé ça génial de pouvoir rester connectée par FaceTime à mes enfants. C’était vraiment un plus. En revanche, à Paris, je préfère qu’on se voie. C’est toute l’ambivalence.

Ça met un peu de distance avec la relation physique en tant que telle.
Oui, et je trouve qu’il n’y a rien de tel que de regarder les gens dans les yeux. Et même si on les regarde dans les yeux en FaceTime, c’est deux écrans qui se regardent. Il y a une énergie de la réalité qui ne peut pas se diffuser à travers un écran. Pourtant, on va voir la même chose.

Et dans votre métier, vous aimez mettre les relations familiales à l’honneur, des coutures tristes au grand bonheur. D’où est-ce que vous vient cette passion pour les relations humaines ?

J’estime que tout part du foyer. N’importe quel dictateur, génie, n’importe quel psychopathe, poète, au départ, était dans un foyer avec la relation qui va avec : est-ce que ses parents étaient là ? Est-ce qu’ils l’aimaient ? Est-ce qu’ils ne l’aimaient pas ? Le foyer, c’est de là que partent beaucoup de choses. Dans une cheminée, c’est là où est conservé le feu, et métaphoriquement, le feu de la vie, c’est le foyer. Ensuite, qu’est-ce qu’on va faire avec ça ? Est-ce qu’on va brûler tout autour de soi ? Est-ce qu’on va éclairer tout le monde ? Est-ce qu’on va chauffer tout le monde ? Est-ce qu’on va se brûler soi-même ? Ça m'intéresse.

"Est-ce qu’on ne pourrait pas transformer le 'C’était mieux avant' ? en : 'Ce sera mieux après' ?"

Qu’est-ce que vous auriez envie que la jeunesse se dise en voyant le film, et à l’inverse, les parents, sur ce nouveau film ?

Vraiment, c’est un film qui parle beaucoup du non-jugement, des deux côtés. Pour tout le monde : de ne pas se juger, de ne pas juger les autres, de ne pas se comparer. Et vraiment, de privilégier le réel, de privilégier aussi la communication dans la réalité.

Est-ce que, finalement, au cinéma, et comme dans la vie, la phrase à esquiver absolument, ce ne serait pas : "C’était mieux avant" ?
En fait, on pourrait la transformer en : "Ce sera mieux après" ?

C’est une jolie réponse, on reste là-dessus ?
Allez, génial !

"LOL 2.0" en salle le 11 février.

No items found.
No items found.
No items found.

Plus d'articles