INTERVIEW
Publié le
25 janvier 2026
Fin 2025, Théo Augier Bonaventure apparaît dans le film Jay Kelly aux côtés de George Clooney et Adam Sandler. L’année 2026 ne s’annonce pas moins ambitieuse et intense pour l’acteur de 27 ans : un rôle dans LOL 2.0 de Lisa Azuelos à l’affiche le 11 février prochain, puis Nino dans la nuit, long-métrage signé Laurent Micheli en salle le mois suivant. La passion pour les films, il la développe tôt à l’autre bout de la Méditerranée, dans sa Grèce natale. À 13 ans, il tombe amoureux du cinéma grâce à Ludivine Sagnier et un film qui le fait encore sourire parce que personne ne le connaît lorsqu’il en parle : Pieds nus sur les limaces. Tomber amoureux du 7e art ce n’est pas rien, alors plein d'espérance et d’envie il raconte à S-quive combien il avait rêvé d’en faire son métier, de pouvoir servir les réalisateurs et réalisatrices et raconter des histoires. Parce qu'il est jeune et qu'on lui prédit une belle carrière, on lui a posé des questions simples, les questions qu’on aimerait poser à celles et ceux qui feront peut-être les grands films de demain : quel sens donne-t-il à son métier ? Comment il y évolue ? Et comment travaille-t-il ses rôles ? Rencontre.

Trois films, trois rôles bien différents. Une période intense dont vous êtes sorti à présent ?
Ce qui est très intense, c'est les tournages et c’est positif, je suis content parce que je repars en tournage en février. En ce moment, c’est la promo, c’est aussi très joyeux de parler des films.
Vous sentez déjà des différences entre vous, sur votre tout premier tournage, sachant que vous réalisez également, et vous, sur le dernier ? Vous arriveriez à pointer ce qui a évolué ?
Oui il y a deux choses ! La première, c’est la manière de travailler et l'assurance que j'ai prise au fil des années. J'ai toujours bossé en amont, mais depuis un ou deux ans, je m'investis beaucoup plus dans les rôles. Et j'ai découvert ce désir de devenir le personnage au maximum en tournant Nino Dans la Nuit. J’ai envie de vivre comme les personnages que je joue, de tout faire comme eux. C’est ça qui a changé.
“J’étais ravi de rencontrer Clooney et Noah Baumbach, en plus, ils étaient tous les deux super bienveillants !”
Sur ces trois rôles, lequel vous a demandé le plus de préparation ?
Le plus intense, dans le sens hyper positif toujours, parce que c'est génial de le faire, c’est Nino Dans la Nuit. Le personnage m'intimidait beaucoup et il était très différent de moi dans son mode de vie, son niveau social, sa sexualité, le fait qu'il prenait des drogues, qu'il sortait beaucoup et qu'il voyait le monde un peu comme un enfant ultra naïf et très amoureux de tout. Le plus gratifiant jusqu’ici a été la préparation de ce rôle. Je me suis mis à sortir tous les soirs… Même en ce qui concerne les changements physiques. Je me suis teint les cheveux, j'ai perdu un peu de poids, je me suis percé la langue, je m'habillais différemment. Le regard des autres a changé sur moi. C’est souvent ce qui se passe quand tu changes de look et c’est intéressant d’observer ça.
Avec ces trois rôles différents, vous cherchez à montrer l’étendue de ce que vous savez faire ? Est-ce en ce sens que vous les choisissez ?
Pas vraiment pour montrer quoi que ce soit, mais… Personnellement, j’essaye de penser mon nouveau projet comme hyper différent du précédent. Que ce soit dans le personnage ou dans la manière de travailler. Par exemple, Nino dans la nuit, c’était très chaotique. Le tournage, c'était un peu comme une grosse rave. Le film Jay Kelly, c’était très précis. Et LOL, c’était de l’impro, on déconnait, et on avait le temps. Que ce soit les tournages ou les personnages, j’essaie vraiment de faire l’opposé de mon dernier projet.
Comment avez-vous décroché le rôle dans Jay Kelly ?
Je suis passé par le casting. Mon agent a entendu que Noah Baumbach (le réalisateur) cherchait un Français. Et il faisait partie d’une liste que j’ai transmise à mon agent qui répertorie les gens avec qui je veux travailler. Donc mon agent a sauté au plafond, et moi aussi. J’ai envoyé une vidéo, et ensuite la directrice du casting m’a demandé un Skype. Je me suis over-préparé. Je me suis dit qu’elle allait vouloir qu’on joue pendant le Skype. Je regarde toute la filmographie du réalisateur, j’apprends le texte et tout. Et en fait, elle répond au Skype, et elle dit : "We want you to do it, do you want to do it ?" Et je dis "Yes !".
C’était comment, le tournage avec eux ? Le plateau était-il vraiment différent d’un plateau français ?
Oui c’est sûr qu’il y a des différences de budget, de temps qu’on a pour faire les choses, et de hiérarchie aussi. Mais au final, dans l’exercice du jeu, c’est la même chose. On raconte des histoires, on joue. Personnellement, j’étais ravi de rencontrer George Clooney et Noah Baumbach, en plus, ils étaient tous les deux super bienveillants !
“La question pour LOL 2.0 était vraiment : ‘Comment est-ce qu’on peut insuffler plus de légèreté et de subtilité à notre génération ?’"
Vous serez dans LOL 2, vous diriez que c’est quoi, la difficulté principale quand on tourne la suite d’un classique comme celui-ci ?
C’est quelque chose qu’il faudrait demander à Lisa (Azuelos) ! Mais pour moi LOL 1 appartient vraiment à sa génération, il y a 15 ans. L’envie et le challenge de Lisa, qui est devenu un peu le nôtre, était d’insuffler notre génération dans celui-ci. Beaucoup de choses ont changé, que ce soit juste les réseaux sociaux, notre manière de communiquer, de s’informer. Et la question pour LOL 2.0 était vraiment : "Comment est-ce qu’on peut insuffler plus de légèreté et de subtilité à notre génération ?”
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir acteur ?
J’ai grandi en Grèce et quand j’ai eu 13 ans, j’ai découvert un film à la télé qui s’appelait Pieds nus sur les limaces. Tu connais ?

Pas du tout…
Personne ne connaît ce film. [Rires] En tout cas, Ludivine Sagnier joue dedans, je ne la connaissais pas et je suis tombé fou amoureux d’elle, donc j'ai regardé tous ses films. Grâce à ça j'ai découvert François Ozon, Claude Miller, Honoré, plein de réalisateurs et d’acteurs différents. Mon envie part de là !
En tant que spectateur, c’est quoi le cinéma que vous aimez ?
Très bonne question ! Honnêtement, je regarde tout. Du coup, que ce soit cinéma d’auteur, ou comédie populaire, horreur, ou séries, j’essaie de regarder le plus de choses possibles. Et ma dernière claque, c’était L’Accident de piano de Quentin Dupieux. J'aime bien les bons films. C’est la règle. [Rires]
Nino dans la nuit parle d’une jeunesse qui cherche sa place, qui se questionne sur la société, qui fait la fête comme elle fait de la politique. Ce genre de rôle, ça vous parle particulièrement ?
Ce qui m’intéresse, c’est que le réalisateur ou la réalisatrice ait quelque chose à dire. Que je sois en accord avec ou pas, d'ailleurs. Ce qui m’intéresse, c’est vraiment la vision du réalisateur. La beauté dans ce film, c’est que c’est des jeunes comme beaucoup d’autres, qui font tout pour être le plus libre possible, mais ils n’ont aucune arme pour. Ils ne connaissent personne, ils n’ont pas d’argent, et c’est ça qui m’a touché et c’est pour ça que je voulais le faire.
“Ma génération a une chance énorme de démarrer ce métier post Me Too.”
Vous débarquez dans un cinéma post Me Too, encore en mutation. Vous reconnaissez-vous dans cette génération d’acteurs justement en train d’ouvrir de nouvelles voies, de s’éloigner des rôles virilistes, des clichés ?
C'est intéressant ! Déjà, je trouve que ma génération a une chance énorme de démarrer ce métier post Me Too. Il ne faut pas prendre cette chance acquise.
Il y a les coordinateurs d'intimité aujourd'hui, par exemple, c’est une évolution...
Avec les coordinateurs, avec le fait que notre avis est vraiment pris en compte et notre santé mentale aussi. Je trouve qu’il y a une nouvelle génération d’acteurs plus sensible qu’avant. Que ce soit Anthony Bajon, qui est un acteur incroyable, Paul Mescal… Et c’est vrai que j’ai envie d’être à leur niveau.

Quel sens donnez-vous personnellement à votre métier d’acteur ? Vous pourriez voir votre métier comme politique, surtout dans une période comme aujourd'hui ? Ou c’est le véritable plaisir de jouer, raconter des histoires, interpréter des rôles ?
Aujourd'hui, c’est principalement l’envie d’avoir des bons rôles et de servir le regard d’un réal’ qui m’intéresse. Mais si je tombe sur un scénario ou un personnage qui me parle en ce sens-là, d’engagement, là, ça le deviendra. Je ne le vois pas personnellement comme quelque chose de politique, pour l’instant, mais ça peut évoluer !
Qu’est-ce que vous pensez qu’il faut esquiver quand on est un jeune acteur ?
Théo Augier : Les cons ! [Rires]
Théo Augier sera à l’affiche de "LOL 2.0" de Lisa Azuelos le 11 février prochain et dans "Nino dans la nuit", long-métrage signé Laurent Micheli en salle le mois suivant.