ARTS

LAC x POUSH : une exposition sur les vertus du retrait

Publié le

24 juillet 2026

Du 11 septembre au 10 octobre prochain, la Collection Jean-Michel Attal (LAC) invite POUSH pour une exposition collective qui interroge notre rapport contemporain à l'usure, à la précarité et au retrait.

©Marlon de Azambuja

Dans le XIIIe arrondissement parisien, au 80A rue Bobillot, LAC (Loukoums & Art Contemporain) s'apprête à ouvrir ses portes à sa première exposition invitant POUSH, le lieu dédié à la création artistique basé à Aubervilliers. Réunissant treize artistes internationaux, Fatigue propose une plongée dans les multiples visages de l'épuisement contemporain, non pas comme simple sujet de représentation, mais comme véritable condition de travail et état de conscience.

Une fatigue comme prisme, pas comme thème

Portée par la proposition curatoriale de Dayneris Brito, l'exposition ne cherche pas à illustrer la fatigue mais à en faire un outil de lecture du monde. Peinture, sculpture, installation, vidéo et performance se croisent pour interroger les rythmes de travail, les circuits de diffusion et les injonctions à la productivité qui traversent aujourd'hui les pratiques artistiques. La question posée par les organisateurs résonne comme un manifeste : et si la fatigue constituait aujourd'hui l'un des derniers lieux possibles de l'expérience ? Face à l'économie contemporaine de l'attention, Fatigue déplace le regard vers ce qui échappe habituellement à la visibilité : les zones de friction, de retrait, les temporalités fragiles qui précèdent ou accompagnent l'œuvre achevée. L'exposition s'ouvre d'ailleurs sur une citation de l'écrivain Peter Handke, extraite de son Essai sur la fatigue, qui invite à repenser le repos et l'immobilité comme des états à part entière plutôt que de simples interruptions.

Ground control  50.60 cm watercolor on canvas ©Tornike Robakidze

Treize artistes, autant de langages

Le parcours réunit des pratiques très diverses. Anna de Castro Barbosa travaille le verre, les cheveux et le silicone pour explorer ce qu'elle nomme l'hapticalité : cette tension entre attraction et retenue. Julia Gault met les matériaux sous tension dans des structures précaires en cuivre, interrogeant l'équilibre et la possibilité de l'effondrement. Taisiia Cherkasova compose des scènes domestiques floutées, entre souvenir et rêve, tandis que Xolo Cuintle façonne dans le béton des paysages spéculatifs mêlant mythologies anciennes et réalités contemporaines. Aux côtés de ces artistes basés à Paris figurent Sofia Salazar Rosales, dont le travail sur la migration et la mémoire lui a valu un Art Basel Emerging Artist Award, ainsi que Marlon de Azambuja, dont les installations ont été montrées à la Fondation Serralves ou à la Biennale de La Havane. Isadora Soares Belletti explore le cinéma comme médium sculptural, Julien Heintz peint à partir d'archives documentaires du XXe siècle, et Tornike Robakidze, formé à l'architecture, présente une peinture nourrie de cette double culture visuelle. Deux figures singulières complètent l'ensemble : Loïs Szymczak, ancien plongeur olympique aux Jeux de Paris 2024, qui transforme le geste sportif en réflexion sur la chute et le mouvement, et Federico González (Suricata), musicien et artiste sonore mexicain qui tisse des paysages sonores entre traditions autochtones et musique électronique.

Deux performances pour prolonger l'exploration

L'exposition sera rythmée par deux performances live. Le 11 septembre prochain, Cassandre Muñoz, artiste franco-colombienne résidente de longue durée aux Ateliers Poush Manifesto, présentera un travail issu de son Prosopon Project, consacré au visage et au masque. Le 25 septembre, Julie Coulon proposera une performance puisant dans son répertoire de symboles cinématographiques, drive-in, baisers, boxeurs, à la croisée du documentaire et de la fiction.

Julia Gault- Vague de chaleur _ C'est la manière dont ces vagues pénètrent dans l'immeuble ©Julio Artist run space

Deux lieux, une même ambition

Cette exposition scelle le dialogue entre deux institutions parisiennes de l'art contemporain. Ouvert au public depuis novembre 2024, LAC prolonge plus de quarante années d'engagement de son fondateur Jean-Michel Attal, à travers la conservation et la valorisation de sa collection mais aussi le soutien à des artistes peu représentés par les galeries françaises. POUSH, fondé en 2020 et dirigé par Yvannoé Kruger, accueille de son côté 270 artistes de plus de trente nationalités à Aubervilliers, avec un programme d'accompagnement professionnel tourné vers la production et la diffusion.

"Fatigue", du 11 septembre au 10 octobre prochain, au LAC, 80A rue Bobillot (Paris XIIIe).

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