INTERVIEW

Katharine Pooley : "Contribuer à créer un environnement où un enfant se sent en sécurité et a la possibilité de s’épanouir est un immense privilège."

Publié le

22 octobre 2026

Architecte d’intérieur britannique, Katharine Pooley a bâti sa réputation sur une conviction : il n’existe pas de style signature, seulement un sens du jugement. Forte de seize années passées en Asie et de visites dans plus de 150 pays, elle signe aussi bien des châteaux historiques, des domaines de campagne que des yachts et des jets privés, en refusant les effets de mode au profit d’intérieurs singuliers, pensés pour durer. Récemment distinguée par le Butterfly Mark pour son engagement en faveur de la durabilité, elle multiplie les collaborations cette année, de Johnstons of Elgin à Pinetti, en passant par la Collection Marcel pour THG Paris, d’inspiration Bauhaus. Entre son amour de Paris, sa boutique de South Kensington et son engagement auprès de The Childhood Trust, elle revient sur une approche où la beauté ne vaut que si elle sert la vie quotidienne.

Katharine Pooley ©DR

Vous avez vécu et travaillé en Asie pendant 16 ans et visité plus de 150 pays. Comment ces expériences ont-elles façonné votre langage de design aujourd’hui ?

L’aventure a toujours été au cœur de ce que je suis. Voyager dans des lieux reculés, gravir des montagnes et découvrir des paysages extraordinaires m’ont appris à rester curieuse et à regarder au-delà du familier. Mes années à l’étranger ont été une véritable école pour comprendre combien les gens habitent différemment un espace. À Bahreïn, je me suis passionnée pour la relation entre l’architecture, la lumière et les jardins ; à Hong Kong, j’ai appris à créer de la richesse et de l’individualité malgré les contraintes de la vie urbaine. À travers toute l’Asie, j’ai développé une profonde admiration pour le savoir-faire des artisans et pour les traditions décoratives transmises de génération en génération. Voyager m’a appris que la beauté prend de multiples formes. J’aime réunir des influences issues de cultures différentes, toujours avec une compréhension sincère et un respect de leurs origines.

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"Pour moi, un bon design est une question de jugement : comprendre ce dont un lieu a besoin, ce qu’il peut accueillir et ce qui lui donnera un caractère distinctif."

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Votre portfolio comprend des domaines de campagne, des châteaux, des jets privés et des yachts. Qu’est-ce qui reste constant dans votre approche, quelle que soit l’échelle ou le cadre ?

Je n’ai jamais cru à un style signature défini par une couleur ou un meuble en particulier. Pour moi, un bon design est une question de jugement : comprendre ce dont un lieu a besoin, ce qu’il peut accueillir et ce qui lui donnera un caractère distinctif. Un château historique, une résidence contemporaine et un yacht exigent chacun une approche entièrement différente. L’architecture, le cadre et le mode de vie doivent toujours guider le projet. Sur un yacht, par exemple, l’expérience est plus intime, et chaque détail doit fonctionner dans un espace constamment en mouvement. Ce qui demeure constant, c’est mon désir de créer des intérieurs qui paraissent singuliers plutôt que génériques, dotés d’une qualité et d’un caractère qui perdurent au-delà des modes passagères. Bien sûr, c’est toujours un plaisir quand des clients viennent à nous, attirer par un aspect particulier de notre travail.

Yacht ©R

Forter Castle en Écosse et le château près de Cannes sont tous deux des bâtiments historiques. Comment conciliez-vous respect du patrimoine et vie contemporaine ?

L’essentiel est de respecter l’histoire et l’architecture d’un bâtiment tout en veillant à ce qu’il soit parfaitement confortable pour la vie moderne. Je souhaite que les intérieurs soient en lien avec leur environnement, qu’il s’agisse de s’inspirer du paysage, de l’architecture d’origine ou du caractère des jardins. J’aime particulièrement créer un dialogue entre l’ancien et le nouveau : associer un bureau ancien, un miroir joliment patiné ou une table d’appoint traditionnelle à des revêtements muraux, des luminaires ou des tapis contemporains. Le but n’est jamais de recréer le passé, mais de laisser l’histoire du bâtiment cohabiter naturellement avec notre manière de vivre aujourd’hui.

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"Paris possède un instinct extraordinaire pour allier élégance et décontraction, et j’adore parcourir ses marchés, ses galeries et ses antiquaires à la recherche de pièces de caractère."

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Vous avez conçu un appartement à Paris. Qu’apporte l’art de vivre à la française à votre travail, et qu’est-ce qui rend la conception à Paris unique ?

Pour moi, l’art de vivre à la française consiste à s’entourer d’objets beaux et singuliers et à en jouir chaque jour. Paris possède un instinct extraordinaire pour allier élégance et décontraction, et j’adore parcourir ses marchés, ses galeries et ses antiquaires à la recherche de pièces de caractère. Il y a dans cette ville un certain je ne sais quoi, difficile à définir, de son architecture à ses restaurants, en passant par ses expositions et son théâtre. Concevoir un projet à Paris est toujours un plaisir, car la ville elle-même offre une source d’inspiration d’une grande richesse. J’aime aussi que Paris soit si proche de Londres ; je voyage toujours en train, ce qui rend le retour dans la ville merveilleusement facile.

Vous êtes reconnue pour votre précision magistrale et votre souci méticuleux du détail. Pouvez-vous partager un détail, invisible pour la plupart, sur lequel vous ne transigeriez jamais ?

La beauté fonctionnelle est un point sur lequel je ne transigerai jamais. Un intérieur doit être beau, mais il doit aussi fonctionner parfaitement pour ceux qui y vivent. Cela dépend souvent de détails qui passent inaperçus : l’emplacement d’une lumière, les proportions d’un meuble, la façon dont s’ouvre une porte ou la sensation d’une poignée dans la main. Ces décisions peuvent sembler minimes, mais ensemble, elles déterminent la sensation et le fonctionnement d’un espace au quotidien. Je crois que le luxe réside autant dans cette attention que dans les matériaux ou le mobilier eux-mêmes. Rien ne doit être là uniquement pour l’apparence, chaque élément doit mériter sa place.

Drawing Room in Paris ©DR

Vous avez récemment reçu le Butterfly Mark. Que signifie cette reconnaissance pour vous, et comment la durabilité se traduit-elle concrètement dans vos projets ?

Recevoir le Butterfly Mark a été un moment très spécial, et je le vois comme le début d’un engagement continu plutôt que comme une réussite finale. Positive Luxury évalue en permanence les standards que les entreprises respectent, nous incitant à examiner nos pratiques et à trouver des moyens de nous améliorer. Au sein de nos projets, cela signifie examiner attentivement nos chaînes d’approvisionnement, choisir avec soin nos fournisseurs et artisans, et privilégier autant que possible les approvisionnements locaux. Nous aimons aussi intégrer des antiquités lorsqu’elles conviennent à un projet, en donnant une nouvelle vie à des pièces existantes. Lorsque des éléments sont retirés lors d’une rénovation, nous cherchons à les recycler ou à les donner plutôt que de simplement les jeter.

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"Je crois aussi qu’il est important d’utiliser l’expérience, le temps et l’influence dont nous disposons pour soutenir des causes qui changent concrètement la vie des gens."

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Vous êtes ambassadrice de The Childhood Trust et administratrice du King’s Medical College, de Campaign for Wool et de la British Forces Foundation. Pourquoi ces causes vous tiennent-elles tant à cœur ?

Chacune de ces organisations soutient quelque chose qui me tient profondément à cœur. The Childhood Trust m’est particulièrement chère en tant qu’architecte d’intérieur. Les espaces dans lesquels grandissent les enfants peuvent avoir un effet profond sur leur sentiment de sécurité, leur confiance et leur bien-être. Contribuer à créer un environnement où un enfant se sent en sécurité et a la possibilité de s’épanouir est un immense privilège. Je crois aussi qu’il est important d’utiliser l’expérience, le temps et l’influence dont nous disposons pour soutenir des causes qui changent concrètement la vie des gens.

Boutique - The British Isles Collection/ Pinetti ©DR

Votre boutique de décoration à South Kensington présente des accessoires et des œuvres d’art rassemblés aux quatre coins du monde. Comment choisissez-vous les pièces, et comment la boutique nourrit-elle votre travail de décoration d’intérieur ?

J’ai ouvert ma boutique de Walston Street il y a 22 ans, d’abord comme une collection d’art, de sculptures, d’objets et de belles pièces découvertes au fil de mes voyages. J’ai toujours été attirée par les objets d’une qualité particulière, que ce soit leur savoir-faire, leur histoire ou simplement l’émotion qu’ils me procurent. Je sélectionne des pièces qui m’intéressent personnellement et dont j’imagine qu’elles apporteront quelque chose de spécial à un intérieur. La boutique a été le point de départ de mes premiers projets de décoration, et aujourd’hui notre équipe de home dressing y est installée.

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"J’esquive les tendances. Je n’ai jamais eu envie de concevoir un intérieur simplement parce que quelque chose est à la mode du moment."

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Cette année, vous avez lancé des collections avec Johnstons of Elgin, Pinetti et THG Paris. Que recherchez-vous chez une marque partenaire, et comment adaptez-vous votre signature à leur savoir-faire ?

Beaucoup de nos collaborations naissent de relations de longue date avec des marques dont nous prescrivons régulièrement les produits dans nos projets. Quand on a travaillé étroitement avec un artisan et qu’on comprend la qualité de ses matériaux et de son savoir-faire, développer quelque chose ensemble apparaît comme une évolution naturelle. Je recherche des partenaires qui partagent un engagement envers la qualité, qui ont une solide connaissance de leurs matériaux et qui apportent une véritable expertise à ce qu’ils font. À partir de là, il s’agit d’identifier ce que nous pouvons créer ensemble de frais et de distinctif. Mon rôle est d’apporter un regard de designer tout en respectant les compétences et les traditions de l’artisan, afin d’aboutir à des pièces pensées, utiles et durables.

Chateau, South of France ©DR

Avec THG Paris, vous avez réinterprété l’héritage du Bauhaus à travers la Collection Marcel, et THG a introduit le bois dans ses créations pour la première fois. Comment cette collaboration est-elle née, et quel était le défi créatif ?

Je travaille avec THG Paris depuis de nombreuses années, cette collaboration est donc née d’une longue connaissance de la marque et de son savoir-faire exceptionnel. Je voulais créer une collection véritablement différente de tout ce que THG avait produit auparavant, tout en restant fidèle à son expertise. La Collection Marcel s’inspire du principe du Bauhaus qui réunit forme et fonction, avec des lignes épurées et des proportions soigneusement étudiées. Introduire le bois, ainsi que des matériaux comme la pierre, représentait un défi stimulant, en particulier dans une collection traditionnellement associée à des matériaux de salle de bains plus conventionnels. Ce contraste crée de la chaleur et une qualité tactile différente.

Que cherchez-vous à esquiver dans votre travail : les tendances, les raccourcis, les compromis, ou autre chose ?

Les tendances. Je n’ai jamais eu envie de concevoir un intérieur simplement parce que quelque chose est à la mode du moment. Mon approche a toujours été de créer des espaces qui paraîtront aussi beaux et pertinents dans de nombreuses années qu’ils le sont aujourd’hui.

Chateau in the South of France, Drawing room ©DR
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