LA BEAUTÉ DE 

Kat Burki : “Chaque nouveauté doit répondre à un besoin réel et apporter une innovation tangible.”

Publié le

11 janvier 2026

Pionnière d’une clean beauty rigoureuse, pensée à l’aune de la biochimie, Kat Burki n’avait pourtant jamais envisagé de fonder sa propre marque. Scientifique américaine, elle s’est d’abord consacrée à ce qui l’a toujours animée : la santé et le bien-être. Pendant plus de trente ans, elle affine son regard à travers la biochimie nutritionnelle, l’épidémiologie, le droit de la santé et la gestion des maladies chroniques. Un parcours exigeant, nourri par la recherche et l’observation du vivant, qui façonne aujourd’hui une vision singulière de la beauté, holistique, précise, profondément scientifique. Elle partage avec S-quive cette approche où la peau se lit comme un organe à part entière, et où la beauté se pense à la frontière du soin et de la science.

Kat Burki ©Valentine Martin-Duchêne pour S-quive

Racontez-nous vos débuts. Qu’est-ce qui vous a menée à devenir spécialiste de la santé intestinale, et pourquoi ce chemin s’est-il imposé à vous ?
Ma première formation était en biochimie nutritionnelle. Je voulais comprendre le fonctionnement du corps à l’échelle biologique : comment les nutriments sont absorbés, puis distribués aux organes. J’ai ensuite étudié le droit de la santé, mais à la sortie de l’école, j’ai compris que ce n’était pas ma voie. J’ai alors repris des études en épidémiologie, avant de construire ma carrière dans la gestion des maladies chroniques. À l’époque, tout était très axé sur les politiques de santé publique. Nous mettions en place des programmes destinés à maintenir les populations en bonne santé, autour de cinq grandes familles de pathologies : l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, les pathologies cardiaques, le cancer, le diabète. Ce qui m’a frappée, c’est qu’elles partageaient toutes des facteurs communs. Peu à peu, une évidence s’est imposée : le corps fonctionne comme un système global, interconnecté, et la peau en fait pleinement partie. On oublie souvent que la peau est un organe à part entière. Vivant, respirant. Elle nous protège, elle se régénère, elle reflète ce qui se passe à l’intérieur. Appliquer à la peau les mêmes principes que ceux utilisés pour préserver la santé interne m’a semblé être une progression naturelle. C’est ainsi que la santé intestinale est devenue le cœur de mon travail, car elle gouverne tout. On pense volontiers que le cerveau est le centre de commande, mais c’est en réalité l’intestin. L’intestin et le cerveau dialoguent en permanence : le stress noue l’estomac, l’émotion affleure à la surface de la peau, rougeurs, inflammations, réactions. Cet axe intestin–cerveau–peau est devenu le socle de ma réflexion, et ma trajectoire professionnelle s’est construite autour de lui.

"L’association de la vitamine C et du champignon reishi est volontairement synergique puisqu’ils renforcent mutuellement leur efficacité."


Comment est née l’idée de lancer votre propre marque de beauté ?
Je ne venais absolument pas de l’univers de la beauté, ce n’était pas mon monde. Mais j’ai toujours eu une peau extrêmement sensible, et je me suis demandée comment transposer à la peau ce que je savais de la guérison interne. Les nutriments sont bien plus efficaces lorsqu’ils sont formulés intelligemment et correctement délivrés. Chaque ingrédient a besoin d’un système de transport pour atteindre sa cible. J’ai commencé à réfléchir à la manière d’appliquer ce modèle, celui de l’absorption et de l’utilisation des nutriments par le corps, aux soins topiques. À l’époque, je ne savais pas si c’était réalisable. Je me souviens très clairement de cette pensée : "Peut-être que cela pourrait devenir quelque chose." C’était un saut dans l’inconnu. Puis j’ai rencontré des personnes qui connaissaient parfaitement l’industrie de la beauté. En septembre 2013, nous avons lancé ce qui est encore aujourd’hui notre produit iconique : la Crème Intensive à la Vitamine C.

Vitamin C Intensive Face Cream ©Courtesy of Kat Burki

Pourquoi la vitamine C ?
Parce qu’elle est essentielle à la santé de la peau. Le corps humain ne produit pas de vitamine C, alors même que la peau en a besoin pour se protéger, se réparer et stimuler la production de collagène. Il est donc indispensable de lui en apporter. La formulation de notre vitamine C résume toute la philosophie de la marque. Aucun ingrédient occlusif, pas de silicones, pas de diméthicone, rien qui puisse entraver sa pénétration. Nous y avons également intégré de l’argent colloïdal, qui contribue à soutenir un microbiome cutané sain. Lorsque le microbiome est équilibré, la délivrance des actifs est bien plus efficace. À l’inverse, une peau enflammée, comme un organisme fragilisé, assimile beaucoup moins bien les nutriments. L’association de la vitamine C et du champignon reishi est volontairement synergique puisqu’ils renforcent mutuellement leur efficacité. Il s’agit d’appliquer à la cosmétique les principes de la guérison interne, en pensant les formules comme des écosystèmes cohérents, plutôt que comme une juxtaposition d’actifs.

Vitamin C Intensive Face Cream ©Courtesy of Kat Burki


Il est frappant que votre premier produit soit encore votre best-seller. Quels sont vos autres produits phares ?
La Crème à la Vitamine C reste notre pilier : elle représente à elle seule près de 28 % de notre activité. Elle pénètre rapidement et constitue une excellente base de maquillage. Lors de notre lancement à New York en 2014, nombre de nos premiers clients étaient des maquilleurs professionnels, qui l’utilisaient sur les mannequins. Les soins capillaires sont également devenus une catégorie clé. Lancés récemment, ils figurent déjà parmi nos cinq meilleures ventes et représentent environ 15 % du chiffre d’affaires. Là encore, l’approche est centrée sur le microbiome et la santé du cuir chevelu. Les formules favorisent la repousse et la vitalité, sans silicones, sans alcool, sans diméthicone avec un véritable souci de qualité biologique. Autre produit emblématique : le Form Control Marine Collagen Gel. Il n’existe rien de comparable sur le marché. Nous ne lançons jamais un produit simplement pour compléter une gamme. Chaque nouveauté doit répondre à un besoin réel, apporter une innovation tangible. S’il n’y a pas de sens, nous ne lançons pas.

"La peau change constamment, selon la saison, les hormones, l’alimentation, le stress, le sommeil. Il faut l’écouter et répondre à ses besoins du moment."


Quels produits rencontrent le plus de succès en France ?
La tendance est assez similaire à celle observée ailleurs. En France, la Super Peptide Firming Cream est notre meilleure vente en boutique. Nous avons également lancé récemment le Masque Amino Protéiné, axé sur la fermeté, qui s’est rapidement imposé comme un best-seller. Les deux se complètent parfaitement. Les textures jouent aussi un rôle essentiel. Les Français apprécient des formules de densité moyenne, sophistiquées, riches sans être lourdes. Ces soins concentrent de nombreux peptides et reposent sur une approche scientifique solide, ce qui trouve un écho très fort ici.

Amino Acid and Brush ©Courtesy of Kat Burki


Vous avez lancé une ligne capillaire cette année. Pourquoi, selon vous, la “skincare pour les cheveux” est-il le prochain grand mouvement de la beauté ?
Nous abordons tout sous l’angle de la santé globale, car tout appartient au même corps. Le cuir chevelu est simplement le dernier territoire à avoir été investi. Pourtant, il est exposé en permanence : produits chimiques, chaleur des appareils coiffants, pollution, soleil. Et pourtant, on le néglige. Par ailleurs, la chute de cheveux s’est nettement accentuée ces dernières années, pour des raisons multiples : hormonales, médicales, liées au stress ou à certaines maladies. Les consommateurs veulent désormais comprendre ce qu’ils appliquent sur leur cuir chevelu, avec la même exigence que pour leur peau. Je voulais lancer cette ligne il y a près de dix ans, mais le moment n’était pas encore venu. J’avais aussi besoin d’approfondir ma compréhension du cycle de renouvellement capillaire. Notre gamme Renewal, fondée sur les vitamines B et les peptides, agit sur les protéines. Or la peau est protéique, les cheveux aussi. Tout est protéine. Cette évidence m’a confirmé la puissance de cette approche. Tout s’est construit progressivement, au bon rythme.

Bio Ferment Hair Products ©Courtesy of Kat Burki

Comment protéger sa peau en hiver et préserver son éclat naturel ?
Un bon hydratant est fondamental. En hiver, je me tourne toujours vers des textures plus riches, ma peau les absorbe immédiatement. Récemment, une amie new-yorkaise qui court tous les matins à l’extérieur me demandait un soin protecteur. Je lui ai recommandé le Vitabiome Active Skin Optimiser. Initialement conçu pour renforcer la barrière cutanée face aux agressions microbiennes (mon fils l’utilise pour l’acné), il est aussi idéal comme protection hivernale. Les polysaccharides et les saccharides sont essentiels pour nourrir le microbiome et renforcer la barrière cutanée, afin de retenir l’hydratation. Et bien sûr, hydrater, encore et toujours. J’utilise actuellement la Renewal Cream, très riche, formulée à partir de vitamines B actives et de peptides de cuivre pour stimuler le renouvellement cellulaire. Elle est particulièrement adaptée aux peaux marquées, après traitements ou en cas de mélasma. Il est important d’avoir plusieurs crèmes dans sa salle de bain. La peau change constamment, selon la saison, les hormones, l’alimentation, le stress, le sommeil. Il faut l’écouter et répondre à ses besoins du moment.

Bio Ferment Hair Products ©Courtesy of Kat Burki

"Je travaille sur un projet majeur prévu pour juillet prochain, qui me passionne profondément. Il s’appuie sur de nombreuses recherches, des publications scientifiques et des études cliniques, et sera centré sur la réparation cutanée post-traitement."

Sur quels projets travaillez-vous actuellement, et que peut-on attendre de vous en 2026 ?
Je travaille sur un projet majeur prévu pour juillet, qui me passionne profondément. Il s’appuie sur de nombreuses recherches, des publications scientifiques et des études cliniques, et sera centré sur la réparation cutanée post-traitement. Parallèlement, nous ouvrons de nouveaux points de vente et développons des partenariats avec des spas, un territoire encore inédit pour nous. Nous élaborons actuellement des protocoles de soins, et construisons tout un écosystème autour de cette approche.

Body Oil ©Courtesy of Kat Burki

Comment définissez-vous la beauté, personnellement ?
Cela peut sembler convenu, mais la beauté vient réellement de l’intérieur. Lorsqu’on est en bonne santé, apaisé, attentif à soi-même, cela se voit. Prendre le temps de se reposer, de guérir, de récupérer est d’une puissance immense et pourtant largement sous-estimée. Que ce soit à travers un soin en institut ou simplement en étant chez soi, en coupant le bruit du monde, en écoutant de la musique, en se retrouvant avec soi-même, c’est là que la guérison opère. Physiquement, mais aussi émotionnellement. C’est une forme de maturité. Pour moi, la beauté réside là. Le luxe ultime, c’est celui de la guérison.

Notre média s’appelle S-quive. De quoi aimeriez-vous vous échapper ?
De la négativité. Elle n’est ni utile ni féconde. Elle freine la croissance, et la croissance est essentielle. Tout ce qui l’entrave est quelque chose que je choisis d’éviter.

Toutes les informations ici.

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