INTERVIEW

Jean-Michel Wilmotte & Jean-Jacques Dutko : "Grâce à son talent et à ce que j’aime, on a réussi à créer une très belle exposition."

Publié le

24 mars 2026

Entre architecture et art, dialogue de matières et d’amitié, Jean-Michel Wilmotte et Jean-Jacques Dutko croisent leurs regards à l’occasion de l’exposition "ROCKSTONE by Wilmotte", dévoilée à la Galerie Dutko (Paris VIIe).  L’un façonne l’espace à grande échelle, l’autre révèle la singularité des objets. Ensemble, ils explorent une création où la pierre brute, le métal et le verre donnent naissance à des pièces uniques, à la frontière du design et de la sculpture.

Jean-Michel Wilmotte et Jean-Jacques Dutko ©Édouard Brane

On vous sait proches depuis longtemps. Quel a été le déclencheur de l’exposition "ROCKSTONE by Wilmotte" à la Galerie Dutko ?

Jean-Jacques Dutko : On se connaît depuis le début des années 1980. On s’est toujours suivis l’un l’autre. Jean-Michel m’a fait découvrir des lieux fabuleux dans le monde entier. Ça fait des années que je propose à mon ami de collaborer.

Jean-Michel Wilmotte : En effet, ça fait 30 ans que Jean-Jacques me demande de lui faire des meubles spécifiques. Là, j’ai trouvé une opportunité qui m’intéressait, à savoir le fait de présenter des projets de meubles uniques.

Qu’avez-vous voulu exprimer à travers cette exposition ?

J-M Wilmotte : L’idée, c’était de faire des meubles différents. Des pièces uniques, qui ne peuvent pas être reproduites. Dans ces meubles, il y a l’aspect brut de la pierre et l’aspect très raffiné de la serrurerie qui vient rencontrer la pierre. Le tout est fini comme une vitrine, avec le dessus en verre pur. Je suis à la recherche des défauts naturels de la pierre. Ce sont ces traces qui me plaisent, car elles traduisent une vie. Vous ne pourrez jamais retrouver la même. C’est ce côté unique qui m’amusait. Je ne voulais pas faire une collection de meubles de plus. Cette exposition, c’est aussi un clin d’œil amical.

Jean-Michel Wilmotte : "Revenir à l’œuvre-objet, c’est une façon de s’échapper."

Jean-Michel Wilmotte, vous sortez d'une période intense avec la livraison de projets majeurs. Comment passe-t-on de la gestion d’un chantier de plusieurs milliers de mètres carrés au dessin d’une œuvre objet ?

J-M Wilmotte : Les gros chantiers sont très prenants. Ils demandent une organisation particulière et des équipes énormes. Revenir à l’œuvre-objet, c’est une façon de s’échapper. Pour moi, cette collection a été une sorte de hobby, une passion-plaisir qui permet de réaliser quelque chose qui vous prend aux tripes. Ce type de création est un intermède. C’était ma façon de sortir de mon travail traditionnel, qui est très pesant, très présent et qui m’occupe énormément. C’est important de pouvoir se ressourcer avec la pierre et des gens avec qui on aime collaborer.

ROCKSTONE ©Édouard Brane

Jean-Jacques Dutko, qu'est-ce qui, dans le mobilier Wilmotte, a immédiatement arrêté votre regard de galeriste ?

J-J Dutko : Ce qui m’a attiré, c’est le côté intemporel des meubles. C’est ce que j’ai toujours recherché. J’ai toujours aimé le mobilier d’artiste. J’ai d’abord exposé du mobilier des années 1930 par les plus grands créateurs, que ce soit Chareau, Prince, Woodman, ou Eileen Gray, et petit à petit, je me suis intéressé au mobilier d’artistes, pas seulement au mobilier design. Un mobilier en pièce unique. Dans ma galerie d’art, on expose des artistes peintres, des sculpteurs… J’ai toujours aimé faire des associations entre meubles et sculptures ou meubles et peintures. C’est ce que nous avons décidé de faire pour "ROCKSTONE" avec les œuvres de Jean-Pierre Pincemin. Nous avons choisi de créer un dialogue entre les toiles de Pincemin et le mobilier Wilmotte.

Jean-Jacques Dutko : "Ce que j’aime chez Jean-Michel, c’est qu’il ne voit pas un immeuble de l’extérieur, il le voit de l’intérieur."

Qu’est-ce que vous appréciez dans son œuvre en générale ?

J-J Dutko : Son côté architectural. J’ai toujours apprécié son travail. Ce que j’aime chez Jean-Michel, c’est qu’il ne voit pas un immeuble de l’extérieur, il le voit de l’intérieur. Je pense que c’est un des rares à faire cela. J’apprécie son côté rigoureux, qui correspond aussi à l’œuvre de Pincemin et au travail qu’il a exécuté pour l’exposition.

ROCKSTONE ©Édouard Brane

Jean-Michel Wilmotte, est-ce que le regard de galeriste de Jean-Jacques Dutko a modifié votre manière de finaliser certains détails de "ROCKSTONE" ?

J-M Wilmotte : Bien sûr. Il était présent à chaque fois que nous allions choisir les pierres dans les carrières. Il donnait son avis.

J-J Dutko : C’était des moments magiques. Je me souviens qu’il grimpait sur les blocs de marbre alors qu’il faisait 38 degrés, l’été dernier ! Ce n’était pas du travail, c’était un plaisir. On a réussi, grâce à son talent et à ce que j’aime, à créer, je pense, une très belle exposition.

Cette exposition évoque quelque chose de très brut et de minéral. Comment avez-vous travaillé ces matériaux pour qu’ils perdent leur dureté et deviennent des objets de confort ?

J-M Wilmotte : Je choisis des pierres qui ont une vie, un passé et un aspect brut pour pouvoir les faire cohabiter avec la pureté du verre et les lignes très droites du métal. C’est une trilogie entre le verre, l’acier et la pierre. Pour cela, il faut que la pierre soit la plus brute possible.

Jean-Michel Wilmotte : "Je pense que ce sont les obstacles qui amènent la qualité des éléments. Ce qui est intéressant, c’est justement de se confronter à tout."

À une époque où le design est parfois jetable, “Rockstone” semble construit pour durer. Est-ce là votre définition du luxe aujourd'hui ?

J-M Wilmotte : C’en est une.

J-J Dutko : Pourquoi pas. C’est une belle définition. Ce qui est reproduit à des milliers d’exemplaires, pour moi, ce n’est pas du luxe. L’aspect intemporel correspond à une forme de luxe.

Jean-Michel Wilmotte ©Édouard Brane

Quel est, selon vous, l'élément "signature" qui rend cette collection immédiatement identifiable comme étant du Wilmotte ?

J-J Dutko : Il traite le métal d’une telle manière. C’est presque de la bijouterie. Ici, toutes les pierres ont été taillées, sculptées, percées pour y introduire les pièces en métal qui leur correspondent parfaitement.

J-M Wilmotte : Et puis je repère des blocs de pierre et j’en extrais un morceau. Donc il n’y a pas de faux. Tout est vrai. Les cassures sont vraies.

Jean-Jacques Dutko : "Je pense qu’on doit s’entourer davantage de beauté. La beauté est définie différemment selon les personnes. C’est ça que j’aime."

Qu’esquivez-vous dans l’art en général ?

J-M Wilmotte : On n’esquive rien. On s’est même créé des difficultés avec ces blocs de plus de 80 kilos. Il faut un peu de folie pour faire cela. Je pense au contraire que ce sont les obstacles qui amènent la qualité des éléments. Ce qui est intéressant, c’est justement de se confronter à tout. La réalisation de ces pièces, ça a aussi été beaucoup d’imprévus, en fonction de la pluie, du soleil qui mettait ou non en valeur les blocs de marbre.

J-J Dutko : Moi, ce que j’esquive, c’est la laideur. Je ne saurais pas la décrire exactement, mais pour moi, l’art doit sublimer une forme de beauté. Aujourd’hui, on est confronté à des pièces qui, personnellement, me dérangent beaucoup, que ce soit dans la peinture ou dans la sculpture. Je pense qu’on doit s’entourer davantage de beauté. La beauté est définie différemment selon les personnes. C’est ça que j’aime.

ROCKSTONE ©Édouard Brane

"ROCKSTONE by Wilmotte", Galerie Dutko (Paris VIIe), jusqu’au 31 mai prochain.

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