INTERVIEW

Jean Michel Karam : "Ce livre a été comme une psychanalyse pour moi."

Publié le

9 février 2026

"Le Ronaldo des affaires" se livre sans filtre. Entrepreneur franco-libanais à la trajectoire fulgurante, Jean Michel Karam publie La réussite est en vous, aux Éditions Michel Lafon, un ovni littéraire où se mêlent conseils business affûtés, routine beauté assumée et anecdotes savoureuses. Dédié à sa mère disparue trop tôt, ce livre-confession retrace un parcours jalonné d'épreuves – des bombes de l'enfance libanaise aux éclipses du chapitre 12 – surmontées par une résilience à toute épreuve. Féministe décomplexé et adepte du gainage, même à 2h du matin, ce "combattant du bien" qui a transformé sa vie en un jeu permanent révèle sa formule gagnante : trois R pour Résilience, Réseau et Rupture. Entre sa hauteur réjouissante vis-à-vis des coachs LinkedIn, sa confiance inébranlable et sa vision du premium appliquée à tout (y compris à ses produits de soin), "JMK7" incarne une liberté entrepreneuriale contagieuse. Rencontre avec un homme libre qui transforme l'énergie paralysante en force positive et ne doute jamais – surtout quand on a une étoile qui brille quelque part.

Jean Michel Karam ©Stéphane de Bourgies

Si vous deviez vous présenter en quelques mots…

Je suis un entrepreneur franco-libanais, un homme libre, et comme la presse le dit : "un combattant du bien".

Il me semble que vous vous définissez aussi comme "stratège" dans votre livre mais vous êtes surtout scorpion… !

[Rires] C’est vrai, je suis scorpion ! En tout cas, dans mon attitude, j’ai toujours été un miroir de l’autre. C’est-à-dire gentil avec les gentils, dur avec les durs. J’ai toujours dit aux gens : "Ce que vous voyez, c’est vous".

Lors de l’émission "Qui veut être mon associé ?", diffusée sur M6, vous avez dit que vous étiez "un homme premium". Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Tout ce que je fais dans le monde des affaires s’adresse au luxe et au premium. Je ne suis pas fait pour le mass market. J’ai lancé la tendance de la personnalisation dans le monde de la beauté. A l’époque, en 2002, personne n’en parlait… Je considère que la plus grande des punitions a été de donner des numéros aux gens… Pour moi, chaque être est singulier et je m’adresse à chacun de façon personnalisée, aussi bien dans ma vie privée que professionnelle. Et ça me réussit !

"Aujourd'hui, les entrepreneurs sont devenus les DJs d'il y a 5 ans, 6 ans… !"

Vous venez de sortir votre livre La réussite est en vous. Est-ce que vous sous-entendez que "quand on veut, on peut" à tous les coups, comme dirait l’adage ?

Quand on veut, on peut, et j’en suis la preuve. Pensez à un gamin d’une famille moyenne, qui vit au Liban, qui joue dans son jardin, après avoir été exclu de sa première maison par la force des choses, entouré de bombes qui tombent de partout… Est-ce que vous misez sur lui ? Non, aucune chance. Il y a des moments où je pense à ça, je me dis que si une fée était passée pour me dire ce que serait ma vie, tout le monde aurait rigolé, et moi le premier. Ce qui me caractérise, c’est une volonté de faire, et une confiance en moi qui n’a pas de limites. Quand je faisais mes études, tout le monde stressait pour les examens, et je rentrais dans la salle en rigolant. Je me disais que c’était le seul moment où on allait différencier les gens et que j’allais y trouver ma valeur. Je disais toujours qu’on ne peut pas nous donner un examen qu’on ne peut pas régler… Mais une fois, je me souviens, je bloque sur le premier problème, pareil pour le deuxième, troisième, quatrième… Je n’avais rien fait en une demi-heure ! Donc, j’ai retourné la feuille et j’ai dormi. Je me suis réveillé et je me suis dit : "Il y a des solutions, je vais les trouver avec l’heure qu’il me reste". Et ça a marché.

La réussite est en vous !

Vous l’expliquez comment ?

Ça vient d’une très grande confiance en moi. Je pense que c’est très important. Quand on a une épreuve, il faut arriver en étant préparé. Pour ça, j’ai une discipline incroyable. C’est comme dans la vie et ma façon de considérer la vieillesse. Même si je rentre à 2h du matin, je vais faire mon gainage, mon Tai Chi, ça prend 8 minutes. Parfois, on est fatigué mais qu’il pleuve, qu’il vante, qu’il neige, je les fais. C’est une discipline et je l’ai. Je suis un grand travailleur. Je pense que les entrepreneurs pensent que seul le travail compte mais on n’est pas dans le sport… J’ai fait du basket de haut niveau, et le geste devient mécanique à force d’entrainement. Dans le travail, des gens peuvent travailler dur mais ne pas y arriver. Donc, la discipline et le travail sont importants mais la confiance en soi doit être présente. Sur les réseaux, on m’appelle JMK7 ou le Ronaldo des affaires ! [Rires] J’ai dit une fois à un journaliste : "Je suis comme Ronaldo dans le business, quand la balle est devant moi, elle rentre au fond, peu importe le gardien". Je ne doute pas une seconde. Ça donne une énergie et je le fais avec joie. Même dans les pires moments, quand j’ai frôlé le dépôt en 2003 avec MEMSCAP, je me retournais pour regarder cette belle usine et je me disais : "Elle n’est pas encore tombée !" Pour moi, la vie est un jeu. Je ne sais pas s’il faut vivre une guerre pour comprendre ça. On est peu de chose. Je dis souvent à mes équipes : "Travaillez sérieusement sans vous prendre au sérieux". Certains, quand on leur donne un titre de directeur, marchent comme un pingouin le lendemain. C’est juste ridicule ! Dans les affaires, ce qu’il faut, c’est transformer en énergie positive celle qui pourrait vous paralyser.

Vous êtes un entrepreneur reconnu, notamment pour MEMSCAP et IEVA Group. Aujourd’hui, l’entreprenariat est devenu très sexy sur les réseaux sociaux, par exemple. Pourquoi selon vous ?

Aujourd'hui, les entrepreneurs sont devenus les DJs d'il y a 5 ans, 6 ans… ! Tout le monde est entrepreneur, ce qui est génial.

"Ce qui me rend dingue, ce sont les coachs. Comment quelqu'un qui n'a rien fait peut conseiller quelqu'un qui a fait ?"

Sur LinkedIn, tout le monde est CEO… !

Tout le monde est président de quelque chose. "Qui veut être mon associé ?" et toutes ses émissions ont vraiment favorisé l'entrepreneuriat et ont stimulé les choses. Et c'est malheureux que la France soit comme elle est politiquement parce qu'il y a énormément de talents. Il y a beaucoup de gens qui veulent se lancer et dès qu'il se lance, on leur met 300 kilos sur le dos. Que tout le monde soit entrepreneur, moi, ça me fait plaisir. Ce qui me rend dingue, ce sont les coachs. Alors, ils m’envoient une demande de connexion… Je descends sur leurs parcours professionnels car il faut des acquis… Ils ont fait une formation de coach, ils ont 12 ans, et ils veulent coacher un CEO ! On va se calmer ! Comment quelqu'un qui n'a rien fait peut conseiller quelqu'un qui a fait ?

Il y a cette expression qui dit : "Il y a toujours des mouches qui veulent apprendre aux abeilles à faire du miel" …
C'est exactement ça, j'adore ! Je vais la reprendre la fois prochaine que je critique les coachs !

La réussite est en vous !

Votre livre est un véritable manuel pour comprendre et appréhender les grands axes de l’entreprenariat. Mais vous y mêlez une large place à votre parcours et à votre histoire : la guerre au Liban, votre arrivée en France, la vie après la mort de votre mère (vous lui dédiez ce livre), vos victoires et vos échecs professionnels, votre phase dépressive... Est-ce qu’il a été difficile de vous livrer dans l’écriture ?

J'ai mis beaucoup de temps à vouloir faire le livre. J'ai eu des opportunités mais je repoussais. Je disais : "Je ne suis pas encore mort !" Je me suis rendu compte que j'avais peur d'écrire. En réalité, je ne voulais pas faire un livre super technique pour les entrepreneurs. Je voulais un livre que n'importe qui peut le lire, mais que les entrepreneurs y trouvent aussi leur beurre. Et c'est, ce que je pense, est le livre aujourd'hui. Il est fluide, il a plein de bons retours. Les entrepreneurs ont stabiloté quelques parties, c'est ce que je voulais ! J'ai vécu des choses très dures. Pour avancer, j'ai mis des sparadraps dessus. J’ai des trous noirs pendant longtemps sur mon enfance. Par contre, avant 11 ans, il y a eu un massacre dans mon village. Là, je me rappelle de la couleur et du dessin sur le drap… Je me rappelle où j'ai dormi, les bruits, les odeurs, à quelle heure on s'est réveillés, quand est-ce qu'ils sont venus taper sur les fenêtres, etc… Mais je pense que mon cerveau a mis une petite couche de peinture dessus pour avancer. Quand je fais des podcasts, on peut me poser des questions, mais ce n'est pas grave, parce que je reste dans l'enveloppe… Là, ce n'est pas pareil. Pour qu’un livre soit bon, il faut donner tellement de détails aux lecteurs. Donc, il faut aller fouiller… Il y a des chapitres où je n'ai pas dormi le lendemain, parce que tout s’est réveillé et ça a été très dur. Ce qui est bien, quand j'ai écrit ce livre, c'est que je me suis rappelé de quelque chose d’heureux que j'ai vécu quand j'avais cinq ans : j'étais avec mes parents dans le marché de Marjayoun, là où je suis né. J'ai tout vu dedans, alors que c'était impossible avant. Ce livre a été comme une psychanalyse pour moi.

"Aujourd'hui, tout le monde voit que j'ai super bien réussi. La réalité, c'est que j'ai tellement de boîtes qu'il n'y a pas une seule journée sur 365 jours, où je n'ai pas de mauvaises nouvelles. Il faut être résilient."

Vous utilisez souvent le terme de "résilience", un terme porté par Boris Cyrulnik, auteur et médecin neuropsychiatre de formation, qui raconte comment se remettre des chocs de l’enfance notamment…

Je dis aux entrepreneurs que pour réussir, il faut trois R : Résilience, Réseau et Rupture. Vous ne pouvez pas faire des choses comme les autres. Il faut innover. L'innovation n'est pas seulement un produit. Il faut aussi un business model rupturiste. Il faut des réseaux, connaître des gens. Et je dis, si vous n'avez pas de réseau, associez-vous à des gens qui en ont, mais des vrais gens, pas des coachs ! [Rires] Et la troisième chose, la première même, c'est la résilience. Sans quoi c'est impossible. Mon job, avec MEMSCAP notamment, c’était de régler les problèmes. Aujourd'hui, tout le monde voit que j'ai super bien réussi. La réalité, c'est que j'ai tellement de boîtes qu'il n'y a pas une seule journée sur 365 jours, où je n'ai pas de mauvaises nouvelles. Il faut être résilient. Quand on joue la Champions League, il n'y a pas de petits matchs. Tout est difficile. Et il y a des fois où c'est tellement compliqué que je suis dans mon bureau, je recule comme ça, je souris, puis je regarde comme ça vers le haut, et je dis : "Tu ne me surestimes pas un peu trop là ?" [Rires]

Malgré les phases de chaos, vous tenez tout au long du livre à reconnaître votre part de Chance ("le fameux véhicule que Dieu emprunte pour passer incognito") : avoir grandi dans une famille aimante et puis avoir eu des opportunités et les avoir saisis. Vous pensez vraiment que la chance s’entretient ?

Je considère qu'il y a deux types de chance. La chance innée où on dit : "Celui-là, il a une étoile". Et il y a les chances que l’on produit. C’est cumulatif. Par exemple, j'aurais pu dire : "Je suis né au Liban, sous les bombes". Ça démarre très mal… Mais je suis né dans un super foyer qui m'a protégé, et qui m'a donné énormément d'amour. Il m'a permis de me construire et d’avoir cette confiance. Les parents sont très responsables de la confiance que l’on peut avoir en soi.  Plus on est aimé, plus on a confiance en soi, plus on peut délivrer… J'ai eu cette chance et ça, c'est inné, malgré le fait d’être né dans le chaos. J'ai eu d'autres moments de chance, j'aurais pu mourir mille fois dans la guerre. Il y a des choses que je n'ai pas dit dans le livre. Quand je quitte le Liban encore… Il fallait de la chance pour quitter l'aéroport de Beyrouth. J'arrive en France avec un visa de tourisme juste valable trois mois. Qui est au pouvoir à l’époque ? Jacques Chirac. Mais il y a Charles Pasqua, Ministre de l'Intérieur… Dans le RPR, c'est le mec le plus dur. Et il fait une loi qui permet aux Libanais de convertir leur visa s'ils trouvent un job ou une école. Donc, c'est encore une étoile qui brille quelque part… C'est une chance quand même. Après, je ne me suis jamais endormi dans ma maison. Dans le monde des affaires, il faut savoir provoquer sa chance, comme dans le sport, il ne suffit pas d’attendre la balle. Je crois aussi que la chance peut être cumulative mais ça, c'est quelque chose lié un peu à la foi. Pour moi, plus vous faîtes du bien, plus il y a une vague d'amour autour de vous, plus vous êtes protégé et plus votre chance quadruple. Et c'est quelque chose que j'ai vraiment senti. Je pense que l'amour est l'expression de Dieu. Je n’en ai pas parlé dans le livre mais jusqu'à mes 40 ans, j'avais un carnet noir. Si vous me faisiez du mal, je mettais votre nom. Tant que je ne m’étais pas vengé, je n'effaçais pas le nom. Il y a même une histoire qui symbolise ça. J'étais étudiant en cinquième année d’Ingénieur et j'avais un peu d’argent, au Crédit Lyonnais. A l’époque, je gagnais 11 600 francs, je me rappelle du chiffre ! C'était vraiment beaucoup mais moi, j'étais toujours dépensier pour les vêtements, entre autres. Une fois, je passe pour déposer du liquide parce que je donnais des cours particuliers en plus, et la personne de la caisse me dit : "Il faut voir votre conseillère". Je passe la voir et elle me dit : "Monsieur Karam, vous étiez en négatif, on va redébloquer le compte, ça va coûter 1000 francs." Et moi, j'étais fou, c'était en décembre, j'avais plein de cadeaux pour Noël à offrir, elle m’enlève 1000 francs… J'ai dit : "Mais non, vous ne pouvez pas faire ça. J'ai été négatif de 200 francs… Mais pourquoi vous faites ça ? Je suis un élève ingénieur, en cinquième année, donc je suis presque diplômé. Pourquoi vous me traitez comme ça ? Demain, je vais avoir un bon salaire, je vais continuer avec vous. Je trouve ça même idiot." … Elle n’a rien voulu entendre. J’ai écrit son nom.

La réussite est en vous !

Sur le carnet noir ?!

Oui, on était en 1992. En 2001, je rentre en bourse, j'ai 116 millions d'euros de patrimoine. Toutes les banques me courent derrière. J'avais choisi mes banques et j'ai dit à mon assistante : "Tu ne prends plus aucune banque, sauf si c'est le crédit lyonnais.". Comme toutes les banques, ils ont appelé. Je dis au boss de la private banking : "Je vous donne rendez-vous, mais à condition qu’une personne que j'ai connue quand j'étais étudiant, qui gérait mon compte, soit dans le meeting, voilà son nom". J'étais à Grenoble, il vient dans mon immense bureau, je l'écoute et quand il a terminé, je lui dis : "Je vais vous raconter une histoire…" Je me tourne vers elle et je lui ai dit : "Je vous avais demandé pourquoi vous me traitiez comme ça ? Un jour, vous le regretterez. Le jour est venu." Son boss m'a regardé et m'a dit : "Je vous comprends". Et ils sont partis. Donc, j'étais vraiment dur… À 40 ans, je suis parti courir et je me suis arrêté dans une magnifique chapelle très calme, très spéciale. Je me suis dit : "Tu n’es pas comme ça, les humains t’ont changé". J'ai pris ce livre et je l'ai jeté dans la cheminée. J’en ai créé un autre avec les noms des gens qui m'ont marqué, qui sont super… Un jour, je les recruterai ou je ferai du business avec eux ou autre. Depuis, je suis beaucoup mieux. Ce qui est dur dans l'entrepreneuriat aussi, c'est d'être trahi tout le temps. Même par les plus proches collaborateurs. Chaque trahison est un coup de couteau dans le dos. Mais depuis mes 40 ans, je ne riposte pas. Je considère que le simple fait que je sorte de la vie de ces gens est une réponse.

Vous dévoilez votre routine beauté dans le livre, ce qui est assez drôle car c’est rarement ce que raconte un homme entrepreneur et chef d’entreprise…

Mais ça, c'est moi, en fait. J'ai grandi, entouré de femmes de partout. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je suis tellement féministe que je ne comprends même pas qu'on puisse parler de ça. Je l'ai dit dans l'émission, à chaque fois qu'une femme chef d'entreprise est douée, elle vaut dix mecs ! Ce sont vraiment des machines de guerre. En plus, quand on fouille : elle a quatre enfants, elle est seule, et le week-end, elle fait du bricolage. C'est la folie ! J'ai une très grande sensibilité féminine, dans le sens peut-être où j'ai toujours fait hyper attention à moi. Je ne comprends même pas les mecs qui ne font pas attention. La société est complètement décalée. Aujourd'hui, tout le monde travaille.  Il y a toujours cette idée que la femme doit être belle. Et quand on regarde le mec, on veut lui dire : "Et toi, tu fais quoi de ton patrimoine, là ?" Le matin, je vais faire ma routine de sport. Je vais me doucher, je vais mettre mes produits. Et le soir, c'est l'inverse. Même pendant la guerre, les bombes tombaient sur nos tronches… Je montais là où elles tombaient pour prendre ma douche. J'aurais pu mourir dix mille fois par propreté !

"Je considère que les meilleurs résultats s'effectuent en créant un lien et une humanité."

Vous en parlez ouvertement et ce n’est pas commun.

Aujourd'hui, mes clients, c'est 95% de femmes. La question de ma routine beauté est souvent présente. Tout ce que j'ai fait dans la beauté, c'est pour moi. Et après, je le vends. J'utilise tous mes produits. C'est hyper marrant parce que dans les réunions de R&D, il y a les marketeurs qui disent : "Mais ça coûte trop cher ce produit-là !" Je veux que les produits soient bons. Ioma, c'est une marque qui est géniale parce qu'elle est concentrée à 25%. Pour les autres marques, c’est plutôt 5%...

Vous avez toujours tenu à avoir une parité au sein de vos équipes. Début janvier, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a publié des chiffres qui démontrent que les start-ups dirigées par des équipes 100% féminines ne représentent que 1% des levées de fonds en France… Qu’en pensez-vous ?

C’est un monde de fous, on se demande comment c’est encore possible ! On a poussé pour avoir des femmes dans le Conseil d’administration. Avant, il n’y en avait pas. D’ailleurs, quand la loi est sortie, Vera Strubi (ndlr, anciennement, à la présidence des parfums Thierry Mugler), m’a dit : "Maintenant, quand une femme sera dans le conseil d'administration, on va la regarder en disant ‘C'est parce qu'elle est femme…’". Je lui ai dit : "Je comprends mais dans deux décennies, ce ne sera pas le cas." Pendant la guerre du Liban, on avait une brigade féminine, nous, les forces libanaises. Tu n'avais pas envie d'être face à elles. Elles n’avaient peur de rien. En France, quand on dit : "On a des femmes à l'armée", regardez où est-ce qu'elles sont. Souvent à des postes administratifs. Et quand il y a une femme pilote, on fait un portrait dans Le Figaro. Je continue à dire :  comment c'est possible qu'en 2026, on parle de ce sujet ? Mais en fait, le truc le plus ridicule, c'est quand je fais des réunions avec des investisseurs pour lever de l'argent, etc… et qu’ils me demandent : "Et la mixité ?". Je regarde autour de la table, il n'y a pas une femme… En réalité, honnêtement, pour moi, ce n’était même pas une mixité forcée. Il y avait des femmes compétentes, donc elles ont trouvé leur job. C'est tout. Mais l'acte féministe que j'ai fait, par exemple, dans mes boîtes, c'est la manière dont je traite les femmes enceintes. Si vous êtes chez moi, à un poste de même degré avec un mec et que vous êtes en congé maternité, quand vous revenez ; si lui, a eu une promo, vous l'avez tout de suite. Pendant ce temps, il a bossé et ça peut être perçu comme de la discrimination positive, mais si on ne fait pas cela, plus personne n’a d’enfant… Sur "Qui veut être mon associé ?", j'ai investi dans la société d’une fille qui s’appelle Saskia, pour sa marque Pomad.Paris. C'est une leçon, une puissance, cette femme. Ça m'a émerveillé. Elle a dit deux mots, j'ai dit : "Je suis dedans !" Elle balaye 50 mecs ! Il y a tellement d'exemples autour de moi.

La réussite est en vous !

Dans votre livre, vous parlez de sommes énormes pour le commun des mortels. Et finalement, vous en revenez, notamment avec les mots de votre père. Et vous vous accrochez plutôt au terme de "missions qui ont un sens". Est-ce que vous pouvez développer ce tournant peut-être ?
Il y a eu deux tournants dans ma vie. Le livre a un côté initiatique. Si vous le lisez une deuxième fois, vous le voyez. Il y a la naissance, la guerre, la victoire, la chute et la résurrection.  Le premier changement pour moi, ça a été lors de la première dépression que j'ai eue, juste après l'introduction en bourse. Tout le monde voyait que j'avais gagné, or moi, je savais que j'avais perdu. C’est ça qui m'a déprimé. On me regardait comme Dieu sur terre à l'époque :  31 ans, une boîte, 2 ans et 8 mois et elle est en bourse, elle vaut un demi-milliard d'euros. Les articles dans tous les sens qui font mon éloge. J'avais cette phase, au fond de moi, je savais que ma bataille avait été perdue. Je faisais tout ça pour avoir de l'argent, pour récompenser ma mère et lui faire vivre des choses superbes. Jusqu'à maintenant, j'ai ce regret qui me ronge. Mais je ne peux pas me reprocher quoi que ce soit. J'ai été tellement rapide dans tout. J'ai fait mon diplôme d'ingénieur. En parallèle, j'ai fait mon Master pour ne pas perdre du temps, un doctorat en 2 ans et 3 mois. Je crée une boîte, en même pas 3 ans, elle est en bourse avec 1,5 milliard d'euros. Enfin, qu'est-ce qu'on peut faire plus rapidement ? Et pourtant, j'ai perdu. C'est dur parce qu'il fallait apparaître glorieux et avoir les lauriers. Et puis, en même temps, au fond de moi, j'étais triste. Je me suis dit : "C'est de l'argent, c'est une chimère." Même si elle m'avait dit : "Ne court pas derrière l'argent, il court plus vite que toi". Ma liberté a été multipliée par mille, c'était un changement majeur. Déjà, j'étais libre, et là, je suis devenu très libre. Maintenant, je ne fais que des choses qui ont un sens pour moi. Le second tournant, c'est il y a 2-3 ans, et là, la plus grosse déprime… C'est le chapitre 12. Plus aucune envie de rien. Rien que d’y penser, ça me fait peur. Pour tout le monde, j'étais sur le podium, numéro 1. Ils étaient plus heureux que moi. Au fond de moi, j'avais envie, de rien. C'est lié à beaucoup de choses. Je suis avide d'apprendre. Et je me suis rendu compte que je n’avais plus rien à apprendre. Tout ce que je faisais, je le connaissais. Je suis allé dans tous les coins du monde, les meilleurs palaces, les meilleurs étoilés. Je suis un fou de gastronomie ! J’ai eu une lassitude de tout. J'ai été très dur, j'ai dit à mes enfants, à table : "S'il m'arrive quelque chose, je voudrais que vous sachiez que j'ai eu la plus belle vie au monde et qu'il ne faut pas pleurer. On va tous mourir et si je n'ai pas vécu longtemps, ce n'est pas grave parce que ce que j'ai vécu, personne ne l’a vécu. Et si on me demande de refaire ma vie, je la referai de la même manière. Je ne changerai rien dans ma vie. Soyez heureux, ne soyez pas triste." J'étais inquiet pour ça. C'est peut-être ce qui m'a retenu le plus. Et à l'époque, j'ai presque pris la décision. Ça s'est joué à rien du tout. Ma famille a été très présente. Ils m'appelaient tous… C'est dans cette même chapelle que les choses se sont produites. J'écoute mon frère Georges qui parlait à maman. Moi, je ne parlais pas à maman directement mais je priais pour elle. Je priais Dieu pour qu'il veille sur elle. Un jour, j’ai dit : "Écoute maman, je ne sais pas si t'es là ou non. En tout cas, si t'es là, c'est le moment parce que je suis à la limite." Et j'ai pleuré dans l'église, et puis, c'est comme un truc qui se lâche derrière, ça tombe de partout. L'émission vient, on m'embarque dans un truc très vite. Je retrouve la joie, l'excitation, et je renais. Je reprends envie de vivre.

"J'ai toujours dit : ‘Je ne mens pas, j’esquive !’" [Rires]

Vous parlez de l’art de la négociation dans votre livre. D’ailleurs, vous donnez le conseil de bien connaître la personne en face de vous mais aussi de l’appeler par son prénom de façon spontanée ou naturelle. Est-ce que négocier signifie finalement manipuler ?

Ça peut l'être mais ce n'est pas ma technique. Je considère que les meilleurs résultats s'effectuent en créant un lien et une humanité. En réalité, si vous avez un produit dont je n'ai pas besoin et qu'il est nul, je ne vais pas l'acheter même si vous m'appelez "Jean" du matin au soir ! Maintenant, si je suis en concurrence avec quelqu'un d'autre, à égalité, et que j'arrive à établir avec vous un lien, je vais être favori. Pourquoi ? Parce qu'on est des humains et c'est normal. Quand j'ai écrit ce chapitre, c'est marrant parce que je me suis demandé comment je faisais dans mes deals et j'ai mis des mots dessus. Moi, je m'intéresse aux gens. Dans le marketing et dans l'art de la négociation, on ne pas demander à quelqu'un quelque chose qu'il ne peut pas donner. Ce que je conseille aux entrepreneurs, ce sont des deals gagnant-gagnant, même si vous devez laisser quelque chose sur la table, et que vous le pouvez, parce que sur le long terme, vous gagnerez.

Vous aimez la mode ! Vous qualifiez les vêtements que l’on porte d’ "armure". Qu’est-ce qui vous plait dans le style ?
À la base, j'adore m'habiller. Et de plus en plus, je suis difficile côté style. Ce que je critique dans le livre, c'est cette volonté de devenir tous des clones de Steve Jobs. Je dis aux entrepreneurs : "Est-ce que tu es Steve Jobs ? Non". Il ne faut pas vouloir toujours ressembler aux autres. C'est encore une fois la notion de premium. Tu dois être singulier, Tu dois être différent. Tu dois exister. Bien sûr que le physique peut aider, ce serait hypocrite de dire l’inverse mais la beauté émane de plein de choses : avoir une lumière, par exemple. La beauté n’est une succession de critères, c’est finalement avoir envie de vous regarder parce que vous attirez l'attention. Et ça, dans le business, c’est hyper important. Il faut se distinguer des autres. Les 90 premières secondes définissent si vous avez envie de passer du temps avec une personne ou pas. Ça a été pour moi hyper fort dans mon business.

Qu’est-ce que vous esquivez dans l’entreprenariat ?

Pas dans l'entrepreneuriat, mais dans la vie d'ordre général, j'ai toujours dit : "Je ne mens pas, j’esquive !" [Rires] Vous pouvez demander à toutes les personnes qui me connaissent, elles vous diront : "Jean ne ment jamais, il esquive !" Je suis très doué pour ça ! C’est pour ça que j’ai trouvé le nom du média génial ! [Rires]

Que peut-on vous souhaiter ?

De ne pas revivre ce que j'ai vécu dans le chapitre 12. C'est un peu dur ce que je vais dire mais j'aimerais que ce que j'essaye de faire pour la vieillesse avec la Beautiful Longevity fonctionne et que ma courbe ait cet effet avalanche juste à la fin.
Quand vous dites "avalanche", c’est-à-dire d’un coup… ?

Oui, je n’ai pas trop envie de me dégrader…  J'aimerais bien que ce ça se passe d’un coup et que ça arrive avant que je perde ma dignité, finalement.

"La réussite est en vous", Jean Michel Karam, Éditions Michel Lafon.

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