MUSIQUE
Publié le
27 janvier 2026
L'Hyper Weekend Festival, porté par Didier Varrod, à Radio France vient de refermer ses portes, et il faut bien l'avouer : on en redemande. Ce week-end, trois créations ont marqué les esprits, chacune à sa manière. Retour sur ces concerts qui ont transformé les studios de Radio France en véritables laboratoires d'émotions.

Le Studio 104 a accueilli Charlotte Cardin dans une configuration inhabituelle pour l'artiste québécoise : un écrin acoustique où cordes et piano ont dialogué avec sa voix reconnaissable entre mille. Loin des productions électro qui ont fait son succès, cette création a dévoilé une Charlotte Cardin à nu, vulnérable et pourtant plus forte que jamais. L'interprétation de "Feel Good" a offert des moments sublimes au piano, mais c'est son dernier titre, "Tant pis pour elle" (sorti en septembre 2025), qui a cristallisé toute l'audace de cette artiste.

Ce morceau incarne le fantasme d'une vengeance parfaite, cette patience qui rencontre la colère avec grâce avant de la transformer en quelque chose de plus grand. Dans l'intimité feutrée du Studio 104, chaque note, chaque silence a pris une dimension nouvelle. Un rendez-vous rare avec une artiste qui prouve qu'on peut être pop et profond à la fois.

Marguerite ne fait rien à moitié. Pour sa création "Les Fées, les Meufs", elle a convoqué une pléiade d'artistes : Voyou, Camille Yembé, Lujipeka, Moon, The Doug, Alex Montambault, entre autres. Le plateau était éclectique, le propos l'était tout autant. Avec ce spectacle, Marguerite a tenu sa promesse : quelque chose à son image, tendre et politique, léger et profond, un grain de sable joyeux dans la mécanique bien huilée du divertissement télévisuel. "Les Fées, les Meufs" sonne comme un manifeste féministe qui refuse la solennité, préférant l'humour et la complicité pour faire passer ses messages.

Dans une époque où l'engagement artistique se cherche parfois entre posture et sincérité, Marguerite trace sa voie avec une liberté rafraîchissante. Entourée de ces voix multiples, elle a construit un espace où la sororité n'est pas un mot creux mais une expérience sonore partagée.

C'était sans doute la création la plus attendue du week-end. Youssoupha, figure incontournable du rap conscient en France, a rendu hommage à Daniel Balavoine avec "Amour Suprême pour Balavoine", dans le sillage de son dernier album Amour Suprême (2025) qui a marqué un retour salué par tous – Olympia mémorable, Zénith annoncé pour le 4 décembre. L'intitulé dit l'élan. Admirateur déclaré de Balavoine, Youssoupha s'est adressé à l'artiste, au poète et au citoyen engagé. Cette filiation ne date pas d'hier : il y a dix ans, il reprenait déjà Pour faire un disque, morceau d'ouverture méconnu de l'album Vendeur de larmes. Plus récemment, il a revisité l'iconique "Vivre ou survivre" avec le guitariste Thibault Cauvin. Il aime rappeler que Balavoine savait lancer des punchlines qui saisissaient l'auditeur entre poésie et désespoir, citant en exemple : "Je veux mourir malheureux, pour ne rien regretter", phrase de clôture du morceau "Le Chanteur".

"Amour Suprême pour Balavoine" n'a pas été un décalque mais un dialogue. Aujourd'hui, le rap occupe la place qu'occupait autrefois la variété ; Youssoupha en est l'un des visages, comme Balavoine fut celui de son époque. Rappeur avant d'être chanteur, il a conduit l'hommage par l'intention et le verbe. Balavoine s'y est trouvé déplacé vers notre présent : non pas adouci, mais réinvesti.

Entouré d'artistes venus du rap et d'ailleurs, accompagné de chœurs, Youssoupha a multiplié les passerelles entre esthétiques, sans rejouer un répertoire à l'identique. La chanson engagée des années 1980 a rencontré un rap d'aujourd'hui habité, vibrant et ancré dans son époque. Dans la salle, venu l'accompagner sur scène : le rappeur Soprano, et dans la salle : Big Flo et Oli ou encore MC Solaar.

En un mot : un hommage vivant. Où le souffle de l'amour suprême a rejoint l'héritage d'un artiste qui n'a jamais séparé la chanson du monde qui l'entoure, et a rappelé combien, de la variété au rap, la musique reste d'abord une affaire d'idées, d'émotion et de transmission.