INTERVIEW

Emma Peters : "J’ai besoin de vivre puis de raconter tout de suite."

Publié le

21 mai 2024

Emma Peters s’apprête à sortir son second album Tout de suite, le 7 juin prochain. C’est en 2015, sur YouTube, que la chanteuse de 27 ans s’est fait connaître avec ses reprises de chansons, guitare à la main, dans sa chambre. Depuis, l’artiste a été nommée dans la catégorie Révélation féminine à la cérémonie des Victoires de la musique 2023. La jeune femme partira en tournée début octobre pour la seconde fois. S-quive est allé à sa rencontre à Boulogne-Billancourt, l’occasion de revenir sur les moments de création de l’album, sa carrière mais aussi sa famille qui lui est très chère.

Emma Peters ©Nicolas Despis

Si vous deviez vous présenter en quelques mots…

Je m’appelle Emma Peters, j’ai 27 ans. Je suis auteure compositrice, interprète et musicienne. Je joue de la guitare.

Votre nouvel album Tout de suite sort le 7 juin prochain, pourquoi ce titre ?

Je n’avais pas de nom d’album à l’inverse du premier où j’étais sûre qu’il s’appellerait Dimanche parce que j’avais tout un concept autour. Là, j’ai eu du mal à trouver un nom. Une nuit mon cerveau moulinait toutes les paroles des chansons de l’album. Je me suis réveillée à 5h du matin et j’ai dit : "Je sais que ça sera 'Tout de suite'". Ce nom va bien avec ma personnalité, je suis assez impatiente. Dès que j’ai une idée, je ne pense à rien d’autre, il faut que j’aille au bout. J’ai besoin de vivre puis de raconter tout de suite. Ça va bien avec mon énergie.

"J’ai besoin de vivre puis de raconter tout de suite."

Dans le morceau "Risque", vous parlez de votre rapport à la célébrité, à votre métier de chanteuse, comment a-t-il évolué depuis vos débuts ?

Au début, je faisais beaucoup de vidéos sur Internet et de musique dans ma chambre. Je n’étais jamais montée sur scène, je n’avais jamais quitté ma chambre, ni mon écran de portable. Le rapport à la scène, au début, a été un peu compliqué parce que j’avais beaucoup le trac, j’étais très stressée. Je le suis toujours, je suis quelqu’un d’assez pudique et timide. C’est un peu une dualité avec mes chansons qui sont très personnelles et très brutes. Du jour au lendemain, il fallait assumer ça sur scène. J’avais peur de me planter parce que je suis assez perfectionniste. Au début, il y avait 12 dates sur la tournée, puis après 20, puis 50 et après une centaine. J’ai fini par appréhender la chose. J’ai découvert pourquoi je faisais de la musique, ça a prit sens. Le partage avec les gens lorsqu’ils chantent mes chansons, le fait qu’ils payent pour venir et voir. Après chaque concert, je prends toujours du temps pour aller discuter avec les gens, prendre quelques photos, signer des autographes. A chaque fois, j’ai des discussions formidables avec les gens qui me donnent beaucoup de force. Ça m’est apparue vraiment comme une évidence de monter sur scène, et je me suis beaucoup amusée. C’est donc ce que je raconte dans "Risque". En deux ans, il s’est passé beaucoup de choses, il y a eu la Victoire de la musique. J’avais besoin de me défouler un peu et de le raconter dans une chanson.

Vous évoquez plusieurs sujets dans l’album notamment votre mère à qui vous chantez votre amour. Quelle est la place de votre famille dans votre carrière musicale ?

Ma famille est très présente. Je suis l’aînée d’une fratrie de quatre, donc une famille nombreuse. Mes parents ont trente ans de mariage, ils sont très soudés. J’ai grandi à la ferme. A l’époque, ils me disaient : "Il te faut un bagage, que tu passes ton bac et que tu fasses des études". La musique, ce n’était pas envisageable, ce n’était pas un métier. C’était difficile de se projeter. Je n’ai jamais pensé que ce serait mon métier. Quand j’ai commencé à faire mes vidéos sur internet, mes parents m’ont soutenue. Ils ont toujours beaucoup aimé ce que je faisais. Ils ont été très critique mais dans le bon sens. Aujourd’hui, ce sont vraiment des piliers. Ils sont hyper fiers de moi, je partage tout avec eux. C’est hyper important d’avoir des gens autour de soi qui ont un amour inconditionnel. Peu importe que tu échoues ou que tu réussisses, ils seront toujours justes, ils ne seront pas là pour te faire plaisir. Je sais que tout le monde n’a pas cette chance-là. Certains parents sont beaucoup dans la critique, mes parents sont dans l’acceptation. Cette chanson ne devait pas être sur l’album au départ. Je l’ai écrite pour ma mère un jour où elle n’avait pas trop le moral car on a toujours communiqué en musique. Elle l’a trouvé super jolie. A ce moment-là, je travaillais sur l’album, elle m’a dit : "Surtout ne la mets pas sur l’album, c’est trop personnel". Je ne comptais pas l’inclure dans Tout de suite. Je l’ai quand même envoyé à mon directeur artistique. Il m’a rappelé et m’a dit : "La chanson est hyper forte et émouvante, elle parlera à tous les gens qui l’écouteront". J’ai rappelé ma mère et elle m’a dit : "Vas-y !". Je suis hyper contente que cette chanson existe.

"Dans l’album ‘Tout de suite’, il y a de tout : des chansons type variété française, des chansons de rap, du piano voix, du guitare voix. Il n’y a pas longtemps, on m’a demandé de chanter en espagnol, j’ai esquivé !"

Tu as pu chanter avec November Ultra et Nour dans le titre "Cariño", quelle est l’histoire de cette collaboration ?

On s’est rencontrées toutes les 3 en studio pendant un séminaire auquel je ne voulais pas aller. La seule condition pour que je vienne était que je fasse de la musique avec November. On s’est vu toute une journée puis elle a fini par me dire : "Tu ne veux pas qu’on fasse un peu de guitare ?". J’ai commencé à faire les accords qu’on entend dans la chanson et elle a chanté en espagnol. Nour chante les pré-refrains en anglais et moi je chante ma partie en français. Je suis sortie de cette journée avec une maquette que j’ai trouvée super belle. Quand j’ai écrit l’album, je les ai rappelées en leur disant : "Vous ne voulez pas qu’on la produise pour de vrai et que je la mette dans l’album ?". Elles ont gentiment accepté. Je suis hyper contente d’avoir ce titre sur l’album. J’ai été nommée aux Victoires de la musique avec November. Collaborer avec elle est une manière d’expliquer qu’il n’y a pas de concurrence dans la musique, on est juste là pour partager des moments.

Dans les deux titres de rap de l’album les mots "tout de suite" reviennent plusieurs fois, ce n’est pas une coïncidence…

J’écris mes chansons très vite et sur l’instant, donc ce n’est pas réfléchit. Ce sont ces deux chansons qui m’ont inspirées pour le nom de l’album. Il y a une espèce d’évidence à délivrer quelque chose, et je trouvais que cette expression définissait bien ma manière de créer. Quand je cherchais un nom pour l’album je me disais : "Mais c’est ça que je n’arrête pas de répéter" donc il faut l’appeler comme ça.

Emma Peters ©Nicolas Despis

Vous avez montré à vos fans les coulisses de la préparation de cet album, quel était le but ?

Je suis quelqu’un sans trop d’artifices. Quand je croise des gens dans la rue, on se parle normalement. J’appelle des "fans" par leur prénom. J’ai une relation très naturelle avec les gens. Quand j’ai arrêté la scène, il y a un an à la fin de ma tournée, j’ai commencé à me mettre dans le processus de l’album. Je n’avais pas envie de perdre ce lien avec les gens. Le premier album, je ne l’ai ni filmé ni documenté. J’avais très envie de montrer comment ça se passe dans un studio. Je montrais aussi les moments où j’allais moins bien, quand j’étais démaquillée chez moi, avec mes angoisses. J’avais envie de partager avec les gens, de continuer à raconter des histoires. J’aurais tellement aimé qu’un artiste que j’adore montre toutes ces étapes de création d’un album. Ça prend un temps monstre. Je ne sais pas si ça intéresse les gens mais j’adore montrer l’envers du décor : comment shooter une pochette d’album, comment tourner un clip, comment faire une promo à la télévision. Je le fais aussi pour que les gens me connaissent un peu dans la vraie vie.

"J’ai envie de créer une safe place très amusante où on va vraiment passer un bon moment."

Qu’est-ce que vous esquivez dans la musique ? Dans la vie ?

J’esquive le réveil, je déteste me réveiller, j’ai beaucoup de mal le matin ! C’est vraiment mon esquive de tous les jours. Je crois que je n’esquive rien dans la musique. J’écoute de tous, j’adore Diam's, les chants religieux. J’essaye de ne rien esquiver dans ma musique. Dans l’album Tout de suite, il y a de tout : des chansons type variété française, des chansons de rap, du piano voix, du guitare voix. Il n’y a pas longtemps, on m’a demandé de chanter en espagnol, j’ai esquivé ! [Rires]

Que pensez-vous des featuring ? Des artistes avec qui vous aimeriez collaborer ?

J’adore les featurings, j’adore partager la musique avec les gens. Je suis hyper contente d’en avoir un dans l’album. J’espère avoir l’occasion d’en faire d’autres. J’ai deux trois petites pistes dont je ne peux rien dire pour l’instant. J’aimerais beaucoup faire une collaboration avec un rappeur. Si on me propose Billie Eilish, je ne dirais pas non !

Vous partez en tournée début octobre, comment appréhendez-vous cet évènement ?

Je l’appréhende pas du tout comme la première tournée. Je n’étais jamais montée sur scène donc c’était effrayant. J’étais très focus sur moi, je craignais de mal chanter, je n’osais pas bouger. A la fin de la tournée, je me suis libérée. J’ai acheté une veste à paillettes, j’ai commencé à sauter partout et je me suis éclatée. J’ai commencé à me dire : "Écoute, ce n’est pas grave s’il y a quelques notes qui sont fausses l’important c’est vraiment l’échange avec les gens". Pour la prochaine tournée je sais que je vais arriver en pleine forme. Ça fait un an que je recharge les batteries. Je n’ai qu’une hâte c’est de retrouver les gens, de danser et de partager. J’ai la chance de faire des salles un peu plus grandes que lors de la première tournée, donc je vais avoir plus d’espace sur scène pour créer. J’ai plein d’idées, que ce soit pour la scénographie, pour la musique, pour les lumières. Je veux faire quelque chose de plus spectaculaire qu’avant. J’ai envie de créer une safe place très amusante où on va vraiment passer un bon moment. Il y aura des moments très calmes, très beaux et d’autres où ça va bouger un peu plus. J’ai hyper hâte. Je vais avoir un Tour bus, et ça c’est mon rêve !

"Tout de suite", le nouvel album d’Emma Peters sortira le 7 juin prochain avant une tournée prévue pour début octobre.

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