ARTS
Publié le
25 mars 2026
Le Victoria and Albert Museum de Londres a inauguré la toute première exposition consacrée à la Maison Schiaparelli au Royaume-Uni. Intitulée Schiaparelli : Fashion Becomes Art, elle se tiendra dans la Sainsbury Gallery jusqu'au 8 novembre prochain, et s'annonce comme l'un des événements culturels majeurs de l'année.

Avec plus de 400 objets, dont une centaine de tenues, une cinquantaine d'œuvres d'art, des accessoires, bijoux, photographies, parfums et documents d'archives, l'exposition retrace l'histoire d'une femme qui a bousculé les codes de la mode du XXe siècle. Des années 1920 jusqu'à nos jours, le parcours met en lumière l'œuvre d'Elsa Schiaparelli, pionnière absolue, mais aussi celle de Daniel Roseberry, actuel directeur artistique de la Maison, qui perpétue aujourd'hui son héritage surréaliste depuis les salons historiques du 21 place Vendôme à Paris.

Parmi les pièces les plus attendues : la mythique Skeleton dress de 1938, dont il n'existe qu'un seul exemplaire connu au monde, conservé dans la collection permanente du V&A, ainsi que la Tears dress de la même année et le célèbre chapeau en forme de chaussure retournée, toutes des créations nées de la collaboration avec Salvador Dalí. Des œuvres de Picasso, Jean Cocteau, Man Ray et Eileen Agar dialoguent avec les créations de la couturière, soulignant la porosité entre mode et art qui fut la marque de fabrique d'Elsa Schiaparelli.
L'exposition se déroule en quatre sections thématiques. Designing the Modern Wardrobe retrace les débuts d'Elsa, de l'ouverture de sa première boutique parisienne en 1927, sous l'enseigne Schiaparelli. Pour Le Sport, jusqu'à sa consécration comme grande couturière de la femme urbaine moderne. On y découvre l'un de ses tout premiers vêtements : un pull en trompe-l'œil à nœud papillon, offert par la créatrice au V&A elle-même.

Creative Constellations plonge au cœur de ses liens avec le monde de l'art et du surréalisme parisien des années 1920-30. La fameuse Lobster dress de 1937 y côtoie le non moins célèbre Lobster Phone de Dalí (1938), qu'elle aurait inspiré. Un manteau réalisé avec Jean Cocteau, dont les profils brodés en fil d'or forment un vase de roses en soie rose, figure également parmi les pièces phares.
Beyond Paris explore son rayonnement international, notamment via son salon londonien de Mayfair, ouvert en 1933, et son influence sur la scène artistique britannique. On y trouve des vêtements issus du label Schiaparelli London, ainsi que des costumes conçus pour le cinéma et le théâtre, dont une tenue créée pour Mae West en 1937, et des pièces portées par des icônes comme Marlene Dietrich.

Enfin, A Golden Thread célèbre la continuité créative de la Maison sous la direction de Daniel Roseberry depuis 2019. Ses silhouettes sculpturales, ancrées dans les techniques de la haute couture parisienne, ont habillé les plus grandes : la robe scintillante portée par Ariana Grande lors des Oscars 2025 ou encore une version contemporaine de la Skeleton dress en noir et or créée pour Dua Lipa aux Golden Globes 2024.
"Pour moi, créer des robes n'est pas une profession, c'est un art", disait Elsa Schiaparelli. Cette conviction traverse toute l'exposition, qui s'attache à montrer comment la couturière a inventé, bien avant l'heure, un modèle économique mêlant création, parfum et merchandising, repris depuis par la quasi-totalité des grandes maisons de mode.

Tristram Hunt, directeur du V&A, souligne que le musée détient la plus importante collection de vêtements Schiaparelli en Grande-Bretagne, faisant de ce lieu l'écrin idéal pour une telle rétrospective. Delphine Bellini, CEO de Schiaparelli, y voit quant à elle une occasion unique de célébrer "une fusion pionnière de créativité et de commerce" et de mesurer l'influence durable d'une femme qui a, la première, osé dissoudre la frontière entre la mode et l'art.
"Schiaparelli : Fashion Becomes Art", V&A South Kensington, Sainsbury Gallery, du 28 mars au 8 novembre 2026. vam.ac.uk
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