INTERVIEW
Publié le
15 janvier 2026
Alors qu’il s'apprête tout juste à sortir son premier album, ZMIG, Danyl est déjà partout. Sur Twitch, où il compose ses morceaux en direct avec sa communauté. Sur scène, où il remplit des salles mythiques sans avoir eu besoin d’attendre la sortie d’un disque. Il est presque impossible de ne pas avoir entendu son titre “Brouillon”, où il raconte d’où il vient et ce que ça fait de grandir entre deux rives. Franco-Algérien, formé au conservatoire avant de se destiner au rap, à la pop urbaine et au raï, Danyl incarne cette génération pour qui le mélange n’est pas un concept mais une condition. Pour son premier album, à la fois intime et engagé, il expose son parcours de quête d’identité, et explique son chemin pour passer de la honte à la fierté. Rencontre avec un artiste pour qui créer, c’est d’abord se raconter, et surtout rassembler.

Votre premier album ZMIG sort le 16 janvier. Quelle est la signification de son titre ?
“Zmig”, c’est la contraction de “zmigri” en arabe, un nom considéré comme une insulte au bled pour catégoriser les rebeus de France. Un rebeu de France, c’est ce que je suis, alors ce n’est pas une insulte pour moi. Je voulais me réapproprier ce terme et en faire quelque chose de cool. C’est un nom qui me représente pas mal finalement.
"Je pense que la construction passe par la connaissance, l’éducation, le fait de connaître sa culture, d’aller dans le pays de ses parents."
Vous avez dévoilé un premier single, “Brouillon”, qui aborde la question de la double culture et de ses conséquences sur la quête d’identité. Pourquoi avoir choisi d’aborder cette thématique en premier ?
C’est le son qui raconte le mieux ma construction en tant qu’enfant, le fait de se considérer comme “Brouillon”. Je n’ai pas de problème avec ça aujourd’hui. Je ne rejette pas ma culture, mais je ne la sur-revendique pas non plus. Aujourd’hui, c’est très apaisé en moi, mais lorsque je me suis construit, c’était différent. Je n’avais pas de matrice à suivre ou de tableau à répéter. Le fait de parler de tous mes comportements, parfois honteux, dans mes sons, ça permet de les normaliser. Je pense que ça peut faire du bien à des gens. Moi ça m’a fait du bien en tout cas.
Dans le titre “Désolé”, vous dites : “A force de vouloir être comme eux, j’ai zappé qui j’étais”. Comment avez-vous réussi à vous retrouver ?
C’est cool que vous me parliez de ça car c’est pile la réponse au titre “Brouillon”. “Brouillon”, c’est l’état des lieux de la façon dont je me suis construit, et “Désolé” ce serait plutôt le conseil que je donnerais à un petit ou une petite qui veut se construire. Je pense que la construction passe par la connaissance, l’éducation, le fait de connaître sa culture, d’aller dans le pays de ses parents. Il faut rendre tout ça cool. C’est ce qui permet de se relier à sa culture, de l’accepter et d’en faire une fierté plutôt qu’une honte.
Dans “La Voisine”, vous abordez les relations entre les musulmans et les juifs de France, un sujet qui fait notamment écho avec l’actualité. Est-ce que c’était nécessaire pour vous d’aborder ce sujet à travers la musique ?
Mon vecteur préféré pour faire passer des messages, c’est la musique. C’est un sujet hyper important pour moi. C’est un son que j’ai fait avec Ilan, qui a composé presque tout l’album et qui est aussi un ami proche. Il est juif, je suis musulman. En discutant on se disait que nos familles se ressemblaient, c’est là que l’idée du son est née. C’est un espèce d’appel à l’apaisement. Même si ça peut déranger, je m’en fiche. C’est un message que je suis content de porter et que je porterai toute ma vie.
"Quand tu parles de sujets sensibles, ça amène au débat, et sur internet la haine prend beaucoup de place."
Ressentiez-vous de l’appréhension à l’idée de sortir ce titre ?
Oui j’avais un peu peur, comme avant la sortie de chaque son un peu technique ou sensible comme ça. Pour “Brouillon” et “Les zhommes” avec Zamdane, j’avais aussi eu peur. A chaque fois, j’ai eu une petite sauce sur les réseaux. Quand tu parles de sujets sensibles, ça amène au débat, et sur internet la haine prend beaucoup de place. Ce qui compte c’est le retour des gens en privé et en concert. Forcément, le message n’est pas facile à porter, mais s’il l’était alors il n’aurait aucun intérêt.

Vous avez collaboré avec beaucoup d’artistes, notamment Stony Stone, Oxmo Puccino ou encore Zamdane. Comment choisissez-vous vos featurings ? Quels sont les artistes de votre génération qui vous inspirent ?
C’est d’abord un coup de cœur musical si je ne les connais pas déjà humainement. Mais ça passe forcément par l’humain. J’ai fait la plupart de mes sessions sur Twitch devant les gens, donc on ne peut pas mentir. Si le courant ne passe pas, ça se voit. Il y a toute une génération d’artistes aujourd’hui qui aiment mélanger la musique de leurs origines avec la musique actuelle. Ils s’en fichent des codes et s’en affranchissent. Je pense par exemple à Théodora avec le bouyon, Bianca Costa et ses inspirations brésiliennes, ou Karmen avec le flamenco.
Qu’est-ce que toutes ces collaborations vous apportent ?
Ce sont des moments de vie avec des humains de fou ! J’aime toujours composer avec ou pour d’autres artistes car le fait de se mettre au service d’un autre art, c’est hyper enrichissant. Ça permet justement de nourrir le sien.
"Mon style musical pourrait s’appeler 'mélange musique'."
En 2023, vous étiez qualifié comme “le prince du new raï”, un genre musical qu’on retrouve beaucoup dans l’album. Comment êtes-vous parvenu à mixer rap, R’n’B et raï dans ce disque ?
Je n’arrive pas vraiment à mettre des mots sur le type de musique que je fais. Je fais de la musique mélangée car je suis moi-même quelqu’un de mélangé. Il y a plein d’inspirations. J’ai des amis de toutes origines, même dans mon public c’est mélangé. Mon style musical pourrait s’appeler “mélange musique”.
Vous êtes rappeur, beatmaker, auteur, compositeur, producteur. Comment arrivez-vous à conjuguer toutes ces casquettes ?
Je ne les vois plus comme des casquettes différentes, pour moi tout va ensemble. La musique, c’est un grand tout. Je compose et j’écris en même temps. Ma façon de composer est d’ailleurs documentée sur Twitch. Il n’y a pas de règles, j’aime changer de façons de faire, ça me permet d’avoir toujours un nouveau souffle.
Vos prestations scéniques ont souvent été très remarquées. Vos dates à La Maroquinerie, La Gaîté Lyrique, La Cigale ou encore L’Olympia ont d’ailleurs été sold out, sans album… Quel est votre rapport à la scène ?
La scène est l’endroit où je préfère être. C’est là où tout prend forme, où tous les doutes et questionnements prennent sens, là où tu vois les gens recevoir ta musique. J’aime trop la scène, je pourrais faire que ça.
Comment vous préparez-vous en amont d’un concert ?
On prépare énormément, on y met beaucoup d’importance. J’ai l’impression de faire des salles plus grandes que là où j’en suis, donc ça me met une grosse pression. Je veux que le concert soit à la hauteur. Ce n’est pas parce que les gens viennent voir un petit artiste dans une grande salle que ça va être un petit concert.
"Je rêve de continuer à rêver et que ça ne s’arrête jamais."
Y-a-t-il un moment où vous avez ressenti un lien particulièrement fort avec le public sur scène ?
Au Bataclan, c’est la première fois que je faisais “Brouillon” sur un tabouret dans la fosse au milieu de tout le public. Je n’avais même pas besoin de chanter, tout le monde connaissait le titre par cœur alors qu’il était sorti peu de temps avant. Ça m’avait choqué. C’est mon plus beau moment sur scène.
Vous apparaissez souvent avec un look chill très réussi. Quel est votre rapport à la mode ?
Je trouve que quand on fait de la musique, l’image est très importante. Tu dois imposer aux gens ta vision, donc tu dois avoir une image à la hauteur. On aime bien se prendre la tête sur le stylisme, on crée des univers, c’est hyper libre. Mais toujours sans m’imposer de codes.

Dans “Mazel”, vous dites : “J’aperçois le bout de mes rêves, même si je n’y suis pas encore”. De quoi rêvez-vous pour l’avenir ?
Je rêve de continuer à rêver, que ça ne s’arrête jamais. J’espère continuer d’avoir des objectifs dans la musique, avoir toujours des choses à accomplir. J’espère aussi garder mon équipe. Je n’ai pas envie qu’on arrive au bout du chemin.
Le média s’appelle S-quive, alors que faudrait-il esquiver dans le monde de la musique selon vous ?
Il faut esquiver les entourages malsains qui veulent manger plus que les artistes, qui veulent penser à la place des artistes. Ça peut détruire des vies. J’en vois tous les jours des artistes gâchés par leur entourage.
"ZMIG", Danyl, bientôt disponible partout.
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