PHOTOGRAPHIE

Un mythe américain déconstruit et interrogé par Dana Lixenberg

Publié le

23 mars 2026

Jusqu’au 24 mai prochain, la Maison européenne de la photographie consacre, pour la première fois dans une institution parisienne, une exposition personnelle à la photographe néerlandaise Dana Lixenberg. L’occasion de retracer les 30 dernières années du mythe américain à travers une chambre grand format. L’artiste a notamment réalisé de nombreux portraits pour des publications telles que The New Yorker, The New York Times Magazine, Vibe ou Newsweek. L’une de ses séries les plus connues reste sans doute Imperial Courts, débutée en 1993 et toujours en cours. A travers cet appareil, elle efface les distinctions de classe et les stéréotypes, plaçant chaque sujet sur un même plan. Ses images silencieuses, mais puissantes, s’imposent par la force de leur représentation.  Au fil de ses nombreuses séries, Dana Lixenberg a notamment photographié Prince, Biggie Smalls ou encore Tupac Shakur.

Dana Lixenberg, China, 1993 ©Dana Lixenberg Courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London |New York

Portraits

Cette série présente l’univers de Dana Lixenberg à travers une série de portraits réalisés pour des commandes éditoriales de l’époque. Un véritable jeu de couleurs et de mise en scène permet de rendre compte des différentes facettes de l’Amérique entre les années 1990-2003. La série opère un contraste entre des figures telles que Whitney Houston, Kate Moss ou Leonard Cohen et d’autres, comme une femme condamnée à mort au Texas ou des travailleuses du sexe dans une maison close du Nevada. Autant de figures qui façonnent l’Amérique et instaurent une forme de proximité avec le spectateur. Parmi les images les plus marquantes figurent les portraits emblématiques de Tupac Shakur et The Notorious B.I.G., réalisés pour le magazine Vibe. Les personnalités publiques y apparaissent dans un contexte plus "naturel" et "humain", loin des paillettes et de l’artifice américain.

Dana Lixenberg, Kimberly Denise Jones (Lil' Kim), 1997 ©Dana LixenbergCourtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London |New York

Jeffersonville, Indiana et The Last Days of Shishmaref

Cette série, met en lumière les personnes sans abri d’un foyer d’accueil temporaire situé dans une petite ville à la frontière du Kentucky. Sa singularité réside dans le choix de photographier les sujets à l’extérieur du foyer, leur conférant ainsi dignité et présence. Changement de décor : direction un village isolé d’Alaska, situé sur l’île de Sarichef, dans la mer des Tchouktches. Lixenberg y suit le quotidien de la communauté iñupiaq, touchée par l’érosion côtière accélérée liée au changement climatique. Les photographies alternent entre intérieur et extérieur pour rendre compte des transformations profondes que subit cette communauté.

Dana Lixenberg, Patricia Miller, 1998 ©Dana Lixenberg Courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London |New York

Polaroid 54/59/79 (1993-2010)

Ici, l’approche diffère : Dana Lixenberg utilise des films Polaroid 4 x 5 pouces à développement instantané. Cette technique lui permet de tester la composition et la lumière, mais aussi de mettre ses sujets à l’aise et d’instaurer un climat de confiance. A travers ces images, le spectateur accède à une forme d’intimité. Certains clichés, où apparaît la photographe elle-même, témoignent d’une époque du Polaroid aujourd’hui presque disparue.

Dana Lixenberg, Tanya K and her daughter Kayrah, 2021 ©Dana Lixenberg Courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London |New York

Imperial Courts (1993- en cours)

Cette série, marquée par un fort engagement, débute en 1993 dans un contexte social et politique particulièrement tendu. Elle fait suite à l’acquittement de quatre policiers filmés en train de passer à tabac Rodney King, automobiliste afro-américain, déclenchant une période de fortes tensions à Los Angeles. Grâce à Tony Bogard, chef du gang des Crips, Dana Lixenberg obtient un accès privilégié à la cité d’Imperial Courts. Les habitants, d’abord méfiants, se laissent progressivement photographier à la chambre grand format, une première pour la photographe. Le recours au noir et blanc permet d’effacer les représentations médiatiques réductrices liées à la pauvreté et à la violence. Une image qui nous a particulièrement touchées est celle d’une fille qui, par son vêtement et le noir et blanc, semble représenter un ange, voire une Sainte marie.

Dana Lixenberg, Ivana Trump, 1998 ©Dana Lixenberg Courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London |New York

Certaines photographies se répondent entre elles : Lixenberg retourne voir ses sujets à différents moments, créant ainsi un dialogue dans le temps. Le projet s’élargit ensuite à des vues urbaines et à des enregistrements sonores, qui donnent à entendre les réflexions des habitants sur leur propre représentation. Ces témoignages, qui clôturent l’exposition, offrent une expérience immersive et mettent en scène une communauté soudée malgré les tensions.

Dana Lixenberg, Tupac Shakur, 1993©Dana Lixenberg Courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London |New York
Dana Lixenberg, Video still from Imperial Courts, 2015 Three-channel video, 69 minutes, color, sound ©Dana Lixenberg Courtesy of the artist and Grimm Amsterdam | London | New York

"American Images", à la Maison européenne de la photographie, jusqu’au 24 mai prochain.

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