STYLE
Charaf Tajer refuse la mise en scène. Pour annoncer sa collection printemps-été 2026, le fondateur de Casablanca a convoqué ceux qui comptent vraiment : les amis, collaborateurs et alliés qui ont accompagné la marque depuis ses débuts. Pas de direction artistique imposée, pas de casting d'agence – juste des personnalités qui choisissent elles-mêmes ce qu'elles veulent porter.

Le résultat ? Une galerie de portraits qui ressemble davantage à un album photo de famille qu'à une campagne de mode traditionnelle. Chacun y apparaît tel qu'en lui-même, vêtu selon sa propre sensibilité.
L'histoire la plus emblématique est peut-être celle de Skepta. Le MC britannique, figure tutélaire du grime devenu DJ house reconnu, fait partie du premier cercle de Tajer. "Il portait déjà le tout premier survêtement Casablanca alors que personne ne connaissait la marque", se souvient le créateur. Aujourd'hui, il apparaît en vestes sportives et polos tricotés – fidèle à un vestiaire qu'il n'a jamais quitté. Cette campagne rend hommage à la house music, d'où son titre For the Love of House. Logique, donc, d'y retrouver Omah Lay, prodige nigérian qui vendait l'O2 Brixton dès 2024. Il a découvert Casablanca par hasard via un styliste, avant de tisser progressivement une relation avec la marque – Ibiza, défilé parisien, et maintenant cette campagne où il porte trois variations du vestiaire signature.

Olivier Zahm incarne une autre strate de cette histoire collective. Le fondateur de Purple Magazine fut une inspiration pour Tajer adolescent, qui collectionnait ses numéros. Désormais, c'est Zahm qui collabore avec Casablanca – récemment pour un éditorial sur la collection "Kaizen". Il apparaît ici en denim total, incarnant une certaine idée du cool intemporel.

Issa Lish et Ben Cobb représentent la continuité. La mannequin japonico-mexicaine a défilé pour la marque à de multiples reprises, tandis que l'éditorialiste britannique figurait déjà dans l'une des toutes premières campagnes. Leur présence n'a rien d'anecdotique : ils incarnent la mémoire visuelle de Casablanca.

Naj Harfouch, directrice créative libano-marocaine du magazine Khamsa, complète ce tableau en oscillant entre polo-jean décontracté et silhouette ajustée jupe-bandeau. Deux looks, deux humeurs – preuve que Casablanca autorise les variations.

Cette approche dit quelque chose de profond sur la manière dont Tajer conçoit sa marque. Casablanca n'est pas un produit qu'on achète mais un univers qu'on intègre. Les vêtements s'adaptent aux vies de ceux qui les portent plutôt que l'inverse. La campagne se déploiera progressivement, révélant d'autres visages de cette constellation humaine.

Dans une industrie obsédée par le renouvellement permanent, Casablanca fait le pari inverse : cultiver la durée, célébrer les fidélités, transformer les relations authentiques en images. Une anti-campagne, en somme, qui ressemble surtout à un exercice de gratitude.
