MUSIQUE

De la musique de film à la scène solo, Camille Delafon dévoile "Alice"

Publié le

5 février 2026

Habituée des studios d'enregistrement pour le cinéma, Camille Delafon change de casquette. La compositrice sort son tout premier morceau en tant qu'artiste à part entière, baptisé "Alice". Un virage artistique audacieux pour celle qui travaille habituellement dans l'ombre des réalisateurs.

Une chanson qui interroge la disparition

Le titre s'ouvre sur une question troublante : où est passée Alice lorsqu'elle a réclamé un souvenir ? Cette interrogation fait écho au conte de Lewis Carroll, mais aussi aux controverses entourant cet auteur victorien et sa fascination pour l'enfance. La chanson explore le thème de la fuite, celle d'une adolescente qui rejette le poids du regard social. Musicalement, le morceau mélange plusieurs influences. On y retrouve des sonorités électroniques sophistiquées mariées à des accords issus de l'univers jazz. La voix grave de l'artiste guide l'auditeur dans ce paysage musical qui évoque autant une bande-son qu'une composition pop audacieuse.

Douze danseuses réinvestissent la nuit

Le clip vidéo, supervisé par Camille Delafon elle-même, marque une première dans sa carrière : créer des images pour sa propre musique plutôt que l'inverse. Elle s'entoure de Sarah Bellanger pour la mise en scène et de Jade Lada pour les mouvements chorégraphiques. Le tournage s'est déroulé après le coucher du soleil, dans un décor forestier. Une douzaine de performeuses évoluent sur une route déserte, dans cette période incertaine entre jour et nuit. Ce choix n'est pas anodin : il s'agit de reprendre possession d'espaces et d'horaires généralement considérés comme hostiles ou risqués pour les femmes. Un geste artistique qui porte une charge politique évidente.

"Alice"

D'une formation classique à la scène expérimentale

Le bagage musical de Camille Delafon est impressionnant. Son apprentissage débute par le piano jazz à l'American School of Modern Music, avant de bifurquer vers la musique électroacoustique dans les conservatoires parisiens, puis vers le répertoire contemporain à Aubervilliers. Cette multiplicité d'approches transparaît dans sa manière d'aborder la production sonore. Son activité professionnelle s'étend bien au-delà de la composition pour l'image. Elle crée également des œuvres pour la scène concert et développe des projets d'art sonore immersif. Parmi ses réalisations récentes pour le grand et le petit écran figurent la partition du film Rien ni personne de Gallien Guibert et celle du documentaire consacré à Miyazaki, réalisé par Léo Favier et sélectionné au festival vénitien.

Militer pour une industrie plus inclusive

Le secteur de la composition pour l'audiovisuel reste largement dominé par les hommes, avec une proportion avoisinant les 93 %. Face à ce constat, Camille Delafon a participé à la création du Collectif Troisième Autrice. Cette structure rassemble des professionnelles du métier – femmes et personnes non-binaires – avec l'ambition de modifier les mentalités et d'améliorer la visibilité de ces artistes. L'initiative reçoit le soutien d'institutions majeures comme la SACEM, le CNM et le ministère en charge de la Culture.

"Alice"

La suite du projet ?

Ce single inaugural annonce la parution d'un EP complet programmée pour le mois de juin prochain. D'ici là, un second extrait sera dévoilé en avril. De quoi découvrir progressivement l'univers personnel de cette musicienne qui sort enfin de l'ombre pour proposer sa propre vision artistique.

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