INTERVIEW

Blu Samu : "Cet album m’a permis d'oser davantage et d’être plus libre."

Publié le

19 février 2026

Blu Samu, révélée sur la scène belge, dévoile son album (K)not le 20 février prochain. Si elle s’est d’abord imposée dans l’univers du rap, ce projet marque un tournant vers quelque chose de plus personnel. Un projet traversé par l’intime et les pays qui l’ont façonnée, du Portugal à la Belgique. Autant de fragments de vie et d’émotions qui se ressentent dans son œuvre. Une manière, pour Blu Samu, d’affirmer sa liberté artistique et de s’affranchir de toute étiquette.

Blu Samu ©DR

Votre album sort le 20 février et s’intitule (K)not. Pourquoi ce choix qui renvoie à la fois au nœud et à la négation ?

J’ai tout de suite aimé ce mot parce qu’il me parlait immédiatement. (K)not, c’est avant tout un terme ouvert à de multiples interprétations, comme tu le dis, avec l’idée du nœud, qui évoque le fait de démêler quelque chose, mais aussi la négation. J’ai voulu laisser cette liberté d’interprétation aux auditeurs.

Comment votre identité artistique s’est-elle construite depuis vos débuts jusqu’à aujourd’hui ?

Au départ, j’ai commencé le rap parce que c’était un univers dans lequel je me reconnaissais et qui me permettait d’écrire mes poèmes. Au fil du temps, en faisant de la musique, j’ai commencé à gagner en confiance, en moi et en ce que je pouvais offrir individuellement en tant qu’artiste, indépendamment de l’influence de mon entourage. C’est à ce moment-là que je me suis sentie prête à faire un album, notamment grâce au soutien et à la confiance que j’ai reçus ces dernières années. Je me suis donc lancée dans la réalisation d’un projet qui me ressemblait le plus possible, sans trop penser à la manière dont il serait perçu.

"J’aimerais plutôt m’adresser aux personnes hypersensibles, à celles qui ont l’impression qu’il n’y a pas de voix pour elles."

Est-ce que l’écriture de cet album était un outil pour traverser vos émotions, les comprendre ou vous en libérer ?

Je pense que cet album m’a permis d’oser davantage et d’être plus libre. Ces dernières années passées à faire de la musique m’ont fait comprendre à quel point j’aimais ce que je faisais. Dans mes précédents projets, mon identité était très différente d’un projet à l’autre. J’avais envie de créer quelque chose qui encapsule toutes ces facettes, au lieu de me dire que "ça, c’est mon projet rap électronique et ça, mon projet où je chante en portugais". Je voulais que cet album explore justement tous ces aspects et que je trouve une façon de les réunir au sein d’un seul et même projet.

Quelles étaient vos influences à l’époque et quelles sont-elles aujourd’hui ?

A l’époque, lorsque j’étais à Bruxelles, j’étais entourée par le collectif de rap Le 77. Je fréquentais donc déjà beaucoup de personnes issues du monde du rap ou du hip hop. Mais, j’étais déjà en train de chercher, ce qui me correspondait le mieux. C’est notamment pour cette raison que j’ai fait plus de musique électro, comme avec le titre "Psycho", qui renvoie au screaming. C’était un premier pas vers quelque chose qui me définissait davantage, même si ça restait encore très boxed, très préparé. Aujourd’hui, je suis retournée à Anvers où j’ai suivi des thérapies. Je dirais que mes influences viennent du passé, de ce que j’ai écouté en grandissant et des différentes phases que j’ai traversées. Elles sont plus liées à ma vie et à mes expériences qu’à des artistes ou des albums en particulier. J’ai toujours eu un lien avec la musique, mais je n’ai jamais été très fanatique vis-à-vis des artistes ou des albums. Il y en a sûrement qui m’ont influencée, mais si tu me demandes lesquels précisément, aucun nom ne me vient immédiatement à l’esprit.

Blu Samu ©DR

Vous parlez frontalement de fatigue mentale, d’amour, mais aussi d’engagement et de renaissance notamment dans "Goodbye2blu". Est-ce que cet album est aussi une manière d’offrir aux auditeurs qui traversent les mêmes émotions un espace de refuge ?

Si les auditeurs peuvent le percevoir ainsi, ce serait un effet bonus et il serait plus que bienvenu. Actuellement, on a beaucoup d’artistes qui s’adressent au grand public. Moi, j’aimerais plutôt m’adresser aux personnes hypersensibles, à celles qui ont l’impression qu’il n’y a pas de voix pour elles, ou qu’elles ne trouvent plus leur place. Je pense aussi aux femmes, notamment face aux changements que nos corps traversent, aux bouleversements hormonaux et à toutes les émotions que cela implique. Si je veux m’adresser à quelqu’un, c’est à ces personnes-là : celles qui ressentent des émotions très fortes, mais qui ne s’identifient pas à une seule case, plutôt à plusieurs. It’s totally OK. Au lieu de se dire : "Je vais me calmer, je vais guérir, je vais prendre des médocs, je vais essayer de ne pas être si sensible que ça", il faut se rappeler qu’il y a de la place pour toutes ces facettes, même si elles semblent contradictoires et qu’elles peuvent coexister sans clash.

"Quand on écoute l’album du début à la fin, cela reflète une sorte de boucle que je revis souvent dans ma vie."

A la lecture de l’album, on ressent une progression émotionnelle très nette. De "Yearning" où vous chantez "and I was never a rapper, people misunderstood", jusqu’au dernier morceau "Adeus" où, cette fois-ci vous, prenez votre envol "we can all aspire / to make the darkness brighter", aviez-vous cette idée en tête dès le départ ?

Non, en réalité, quand j’ai commencé à créer l’album, je n’avais aucune idée de ce que j’allais écrire ou de ce que ça allait devenir. J’ai simplement créé, encore et encore, en attendant que l’histoire vienne à moi. C’est avec "Yearning" que j’ai commencé à comprendre ce que j’étais en train de faire. J’ai regardé ce morceau et je me suis dit : "‘Yearning’, c’est cette époque-là et celui-ci correspond à telle émotion..." Je pense aussi que je suis quelqu’un qui a quand même beaucoup d’espoir en l’humanité que ce soit de se comprendre l’un et l’autre ou faire preuve d’empathie les uns envers les autres. Finalement, c’est marrant, parce que cette progression n’était pas intentionnelle. Mais elle fait sens avec qui je suis. Quand on écoute l’album du début à la fin, cela reflète une sorte de boucle que je revis souvent dans ma vie.

Pourquoi avoir choisi d’écrire la chanson "Move" en portugais ? Est-ce lié au mouvement, au voyage ou à un rapport plus intime à votre terre natale ?

Je l’ai appelée "Move" parce qu’avant, j’avais une relation très particulière avec le portugais dans ma musique. Je l’associais à mon côté vulnérable, mon côté saudade... Puis, j’ai passé un mois au Portugal, dans le Nord, chez ma famille et j’ai compris que le portugais était beaucoup plus que ça. Nous, les gens du Nord, en tout cas, on est bruyants, on a une voix qui porte. J’ai retrouvé cette énergie d’une langue qui n’est pas seulement vulnérable, mais qui incarne aussi la force, le mouvement, quelque chose d’assertif. Appeler ce titre "Move" m’est venu instinctivement. Il y a aussi cette idée de mouvement continu. Ce morceau m’a reconnectée à l’énergie du Nord du Portugal, à sa vitalité et cette sensation que j’ai voulu transmettre à travers la musique.

Si votre musique devait être un lieu, ce serait lequel ?

Je dirais plutôt une voiture, mais une vieille voiture. Parfois, tu dois t’arrêter, réparer quelque chose, pour qu’elle puisse repartir. Tu dois faire des pauses, mais tu restes en mouvement. Et surtout, tu traverses plein de paysages différents.

"Pour moi, la musique est un voyage, an unending voyage."

Qu’est-ce que représente, pour vous, votre perruque orange ? Dans votre clip "Breakfast" qui nous donne un avant-goût de votre album, on vous voit être "à nu" au début du clip avant de rapidement remettre votre perruque.

On avait envie de jouer avec des personnages pour accentuer les différentes émotions. La perruque faisait partie de cette esthétique, pour ainsi traduire visuellement ce que raconte la musique. La couleur orange était déjà présente dans le mood board et on a tout de suite aimé. Comme les émotions sont très contrastées, on voulait que les personnages le soient aussi. Il y a cette perruque bleue, plus longue, avec une énergie plus sombre à l’inverse de la perruque orange, plus courte, qui renvoie au fait de chercher du confort dans les autres, de faire semblant d’être joyeuse, d’être une party girl. Elle est plus légère, mignonne. Au final, c’était aussi une manière de jouer, d’expérimenter visuellement.

Blu Samu ©DR

Vous ferez également un concert le 23 mars prochain au Point éphémère. En trois mots, comment décririez-vous ce concert ?

Voyage, fort, vulnérable.

Qu’aimeriez-vous esquiver dans la musique ?

J’aimerais éviter une case, éviter qu’on essaie de me coller un genre dessus. J’aimerais simplement que les gens écoutent ma musique sans savoir à quoi s’attendre ensuite. Pour moi, la musique est un voyage, an unending voyage.

"(K)not", Blu Samu, disponible partout.

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