PHOTOGRAPHIE
Il photographie ceux que personne ne regarde. Les animaux que le braconnage a brisés. Les familles que les cyclones ont chassées. Les enfants qui grandiront sous l'eau. Depuis 2020, Nick Brandt parcourt la planète avec une question impossible : comment donner un visage à ce que le dérèglement climatique est en train de faire aux êtres les plus vulnérables de la Terre ? "The Day May Break" est sa réponse. Un projet en quatre chapitres, quatre continents, quatre manières de filmer l'injustice d'un monde qui s'effondre là où ceux qui l'ont le moins détruit vivent. Pour la première fois, les quatre volets de cette série sont réunis sous un même toit. C'est aux Gallerie d'Italia de Turin que cela se passe, du 18 mars au 6 septembre prochain, avec 67 images grand format qui n'ont pas été conçues pour décorer des murs, mais pour déranger des consciences.

Le premier chapitre emmène au Kenya et au Zimbabwe, dans des sanctuaires où des animaux sauvés du braconnage cohabitent avec des hommes déplacés par des cyclones ou ruinés par la sécheresse. Brandt les photographie ensemble, dans le même cadre — ni métaphore ni démonstration, juste le constat brut d'une dignité partagée entre espèces que le même désastre a frappées.

En Bolivie, deuxième chapitre, ce sont des feux, des inondations, des sécheresses qui ont reconfiguré un pays d'une biodiversité exceptionnelle. Les portraits captés là-bas portent cette violence dans leurs traits, mais aussi une résistance que Brandt ne cherche pas à héroïser — il la montre, simplement, telle qu'elle existe.

Le troisième chapitre est peut-être le plus vertigineux. Aux Fidji, il photographie des habitants sous l'eau, en train d'accomplir des gestes ordinaires — cuisiner, tenir un enfant, regarder au loin. Ces îles seront englouties. Ces gens le savent. Les images sont belles à couper le souffle, et c'est précisément là que réside leur violence.

Le quatrième chapitre, présenté ici pour la première fois et commandité par Intesa Sanpaolo, a été tourné en Jordanie, dans des camps de réfugiés syriens. Un désert. Des familles qui ont tout perdu mais pas le regard. Brandt ne photographie pas la misère — il photographie ce qui reste quand tout a été pris.

Ce qui distingue Brandt des milliers de photographes qui documentent la crise climatique, c'est son refus du reportage. Ses images sont construites, éclairées, composées avec une rigueur formelle qui leur confère une puissance quasi picturale. La beauté n'y est pas un ornement — c'est l'arme. Parce qu'on ne peut pas détourner les yeux d'une image belle, même quand ce qu'elle montre est insupportable.

Chaque chapitre est le fruit de mois de préparation, de collaboration avec des équipes locales, de semaines de tirage. Rien n'est improvisé. Et cette lenteur, ce soin, se sentent devant chaque image : elles ont été faites pour durer, pour être regardées longtemps, pour que la vérité qu'elles portent finisse par s'imposer. "The Day May Break" n'est pas une exposition sur le changement climatique. C'est une exposition sur nous — sur ce que nous choisissons de voir, et sur ce que nous préférons ignorer.

“Nick Brandt. The Day May Break. The Light at the End of the Day”, Gallerie d'Italia – Turin, du 18 mars au 6 septembre prochain.