ARTS
Depuis le 19 septembre dernier, Lyon accueille la 18ᵉ Biennale d'art contemporain, intitulée "Passer d'un rêve à l'autre", qui se tiendra jusqu'au 13 décembre prochain. Fondée en 1991, la manifestation est un rendez-vous de référence en France. Elle attire chaque fois près de 300 000 visiteurs dans ses expositions, et bien davantage encore devant les installations placées dans l'espace public.

La commissaire, Catherine Nichols, a fait de ces passages lyonnais, longtemps empruntés par les ouvriers de la soie puis par les résistants, la matrice de son projet. Elle les rapproche des réflexions de Walter Benjamin sur les passages parisiens, ces seuils où une époque rêve la suivante. Native d'Australie, installée à Berlin et conservatrice au Hamburger Bahnhof, elle avait déjà dirigé la Manifesta 14 à Pristina en 2022. Elle travaille ici avec Isabelle Bertolotti, directrice artistique de la Biennale.

Le fil conducteur est l'économie, entendue comme l'ensemble des échanges qui font vivre les êtres, et non comme une affaire de chiffres. Nichols s'appuie sur l'artiste Fluxus Robert Filliou, qui imaginait une valeur fondée sur la relation plutôt que sur l'argent. Cette idée prend corps dans la "Fête permanente", installée dans chaque grand lieu : canapés et fauteuils de récupération, où l'on discute, écoute la radio ou assiste à des performances avec des voix venues de secteurs très variés, de la banque au jardinage urbain.

Trois lieux, trois angles : macLYON aborde la dimension existentielle : vie, mort, héritage, dette ; le Musée des Tissus explore le lien, le soin et l'échange. Fermé pour rénovation, il rouvre exceptionnellement pour l'occasion, avec le soutien de la Région, les Grandes Locos, ancien site ferroviaire à La Mulatière, concerne l'industrie, entre extraction, transformation et circulation. Une halle de 10 000 m² y accueille des œuvres monumentales. D'autres sites complètent le parcours : le Musée des Confluences, l'IAC de Villeurbanne, la Fondation Bullukian, mais aussi la station de métro Part-Dieu, un parking LPA et les traboules de la Croix-Rousse. Plusieurs de ces lieux sont en accès libre.

L'édition accorde une place marquante à l'Océanie, avec des artistes d'Australie, de Nouvelle-Zélande et d'Asie-Pacifique dont les œuvres interrogent colonialisme, extraction et souveraineté. Près de la moitié des artistes internationaux viennent par ailleurs de l'Union européenne. Au programme figurent notamment Annette Messager, Laure Prouvost et Susan Philipsz.

Le programme "Biennale en territoires" envoie des artistes travailler avec des habitants. Akwasi Bediako Afrane explore l'économie du soin dans un service de pédopsychiatrie à Oullins-Pierre-Bénite. Rose Frigière s'intéresse aux salons de coiffure afro de la Guillotière. Hana Miletić relie le 9ᵉ arrondissement à un village ardéchois, Saint-Pierreville, uni par un passé textile. Et "Résonance" fédère des centaines d'événements dans toute la région (400 lors de la dernière édition).

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