FASHION WEEK
Publié le
20 janvier 2026
Après avoir inauguré le concept de précollections chez Ann Demeulemeester, la saison dernière, Stefano Gallici persiste dans cette démarche tout en la faisant évoluer. Loin de se répéter, le directeur artistique italien affine sa vision d'une maison où passé et présent dialoguent sans cesse.

"Quand j'ai commencé à travailler sur les précollections la saison dernière - une première dans l'histoire d'Ann Demeulemeester - l'idée était de m'éloigner du récit des défilés et de raisonner en termes de garde-robe plutôt que de m'aventurer sur le chemin de mes propres obsessions : la vie, la littérature, les expériences", explique Stefano Gallici. Pour cette nouvelle proposition, le créateur pousse la logique encore plus loin. "J'ai ressenti l'urgence de ne pas être coincé, ni de me répéter. Par conséquent, j'ai travaillé moins en termes saisonniers et davantage sur des pièces fortes qui peuvent perdurer, passant d'Ann à moi-même : vestes amples et déstructurées, blousons en cuir, vestes varsity, bombers."

La collection se distingue par des volumes slouchy inattendus dans la section tailleur, avec des coupes surprenantes. Le denim occupe une place centrale, tandis que robes et chemises télégraphient un romantisme usé, presque blessé. Les pièces maîtresses s'émancipent des contraintes saisonnières pour devenir des éléments de garde-robe durables, créant des allers-retours constants entre l'héritage d'Ann Demeulemeester et la sensibilité de Gallici.

Le choix des égéries marque également un tournant. "Un regard sur les muses a toujours été formateur, mais encore une fois, nous avons remplacé les figures connues et familières, comme Patti Smith, par des personnages qui ont incarné la marque sans nécessairement la porter tout le temps", précise le directeur artistique. Jamie Bochert, mannequin et musicienne, et Johnny Depp deviennent les nouveaux visages de cette vision renouvelée. "C'est l'attitude que je recherche : une façon de se porter. Avec leur nonchalance je-m'en-foutiste et leur forte personnalité, ils incarnent une manière moderne de porter Ann."

Les couleurs restent ancrées dans l'esprit originel de la maison belge. Les nuances de noir se déploient à travers différentes matières : velours brodés, laines brossées, cotons drapés. Les tons de blanc modulent de l'ivoire à la craie jusqu'au pâle, devenant presque impalpables sur les mousselines de soie et les gazes. Le brun rouillé, le bordeaux et l'or viennent compléter cette harmonie chromatique, offrant un aperçu du prochain défilé. « Pour moi, c'est la maison qui continue de parler son propre langage, tandis que le timbre évolue », conclut Stefano Gallici. Avec cette précollection, Stefano Gallici prouve une fois de plus que l'héritage n'est pas un carcan, mais un langage vivant qui continue d'évoluer.
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