INTERVIEW

Yerro : "Je fais ce qui me fait kiffer, de la trap, de la pop, de l’électro ou même du reggae."

Publié le

16 février 2026

Récemment signé sur le label SPKTAQLR aux côtés de Dinos ou encore Lacrim, Yerro s’impose peu à peu comme l’un des visages à suivre. Avec "Tukky 2", titre du nouveau clip dévoilé vendredi dernier et suite directe de sa série de freestyles, l’artiste affirme son identité et son approche musicale. Une manière pour lui de poser les contours d’un univers, d’abord intime, nourri par son quotidien et son entourage.

Yerro ©DR

Votre dernier titre s’intitule "Tukky" et vous avez récemment dévoilé "Tukky 2". Un nom qui renvoie à l’idée de prise de place, en dialecte sénégalais. Est-ce une manière d’affirmer votre légitimité dans le rap ?

C’est une bonne question. Pas forcément, non. Mais il y a tout de même ce prisme, cette volonté de conquérir l’espace musical.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans le rap ?

Une envie d’écouter une musique qui me correspond. Pas parfaitement, mais quelque chose qui me plaît vraiment.

Est-ce que c’était une manière pour vous de proposer quelque chose de nouveau dans le paysage musical ? Quelque chose qui, selon vous, manquait au rap ?

Oui aussi. Tout m’est venu très spontanément. Je n’ai pas énormément réfléchi quand j’ai commencé, pour être honnête. A la base, je faisais juste de la musique parce que j’aimais écrire, parce que ça me faisait kiffer. Avec le temps, je me suis rendu compte que j’aimais aussi beaucoup enregistrer et que ce que je faisais me plaisait vraiment. J’ai commencé par enregistrer un son, puis deux, puis trois et je les aimais bien tous les trois. L’idée, au début, c’était surtout d’en avoir un maximum, de créer. Avant même d’imaginer les sortir ou les partager, c’était quelque chose de très personnel. Je ne me projetais pas du tout dans une sortie officielle. Je faisais juste de la musique parce que ça me faisait kiffer et ça s’arrêtait là.

"Au fil du temps, j’ai gagné en maturité dans mon art et je me suis senti prêt à le partager avec les autres."

Vous écrivez des textes depuis près de dix ans. Qu’est-ce qui vous a poussé à les faire entendre au public ?

Je sentais que ma plume et ce que je proposais avaient atteint un stade où ça me plaisait suffisamment pour le partager aux autres. Au fil du temps, j’ai gagné en maturité dans mon art et je me suis senti prêt à le partager avec les autres.

Et comment cela vous est venu ? Vous l’avez d’abord partagé avec vos proches, votre entourage ?

C’était un frérot, Liam, avec qui je travaille toujours et qui fait maintenant partie du label. Un jour, il a vraiment kiffé un son que j’avais fait et il m’a proposé de faire un visuel. On a fait ça très naïvement, sans trop se poser de questions. On l’a sorti et ça a plutôt bien pris. C’était un visuel pour lequel on avait assemblé des images animées, des images déjà existantes. Puis, naturellement, on s’est dit qu’on allait faire un vrai clip, avec moi au premier plan. De fil en aiguille, les choses ont évolué et aujourd’hui, on en est là.

On remarque que vous posez souvent sur des prods "assez douces". C’est un choix conscient pour créer un décalage avec un rap souvent perçu comme plus trash ?

Intéressant. A la base, j’ai quand même commencé sur des instrus assez dynamiques.

Oui, on le retrouve notamment dans la série "Tukky" …

Oui, carrément. Mais en réalité, je suis assez versatile. J’écoute et j’aime beaucoup de choses différentes, donc je ne me suis jamais imposé de barrières. Je ne me suis jamais dit : "Ce qu’ils font, c’est trop trap, donc moi je vais forcément aller à contre-courant." Je suis assez indifférent à ça. Je fais simplement ce qui me fait kiffer, ce qui me fait viber, que ce soit de la trap, de la pop, de l’électro ou même du reggae.

Pourquoi avoir choisi le noir et blanc pour vos deux derniers clips ?

Ça me faisait kiffer. Je voulais proposer un format différent pour les "Tukky", parce que ce sont des formats plus freestyle, et puis c’est une suite, donc il y en aura plusieurs. L’idée, c’était aussi de créer quelque chose de facilement identifiable, qu’on reconnaisse tout de suite. Même le format du clip est particulier… ni complètement horizontal, ni totalement carré. C’est un format qu’on voit rarement et c’était aussi une manière de faire un clin d’œil à mon tout premier clip "Yaye", qui était déjà en noir et blanc.

Ça me tient à cœur de montrer les vrais acteurs de ma vie et de mon inspiration.

Vous avez travaillé avec Nectar.S à la prod. Comment s’est fait le choix des prods ?

Ce sont mes frérots, donc il y a une vraie connexion entre nous. La création s’est faite très naturellement. Aujourd’hui, par exemple, on peut être au studio, ressentir un certain mood et créer un son dans cette direction-là. On ne s’est jamais arraché les cheveux pour suivre un certain ADN.

Dans vos clips, vous mettez aussi beaucoup en avant votre entourage et votre quotidien. Quelle place occupent vos origines et votre environnement dans votre création visuelle ?

Comme tu l’as dit, c’est mon quotidien. Ce sont les gens avec qui je suis tous les jours, ceux d’en bas de chez moi.

Vous voulez donc vraiment mettre en avant d’où vous venez.

Oui, complètement. C’est important pour moi. C’est le milieu dans lequel j’évolue et ça me tient à cœur de montrer les vrais acteurs de ma vie et de mon inspiration.

S’il y avait une chose que vous pouviez esquiver dans le milieu de la musique, ce serait laquelle ?

Les jaloux, les hypocrites, j’ai du mal avec ça.

Vous évoquez justement ces thèmes dans certains sons. C’est lié à des expériences personnelles ?

Oui. Tu sais, la jalousie peut prendre tellement de formes différentes, c’est quelque chose de très sneaky. Il y a plusieurs types de jalousie, et c’est une émotion très particulière. C’est clairement quelque chose que j’aimerais esquiver, même si, en réalité, c’est presque impossible. C’est quelque chose que tu es obligé de traverser. Les gens peuvent être jaloux pour un rien, un sourire, une énergie… de tellement de choses. C’est une réalité que tu ne peux vraiment pas esquiver.

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