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Stone Town : le rêve minéral de Zanzibar

Publié le

3 juin 2021

Alliage légendaire d’Afrique et d’Orient, Zanzibar abrite un mélange vibrant de styles culturels. Le photographe Joseph Degbadjo nous emmène dans les dédales de Stone Town, la capitale, concentré historique d’une île qui fait fantasmer les mythes littéraires de ces derniers siècles.

@Joseph Degbadjo

"Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre". La métaphore baudelairienne prend tout son sens à Stone Town, port historique de l’archipel de Zanzibar. Jadis blanche, la ville de pierre de corail située au large de la Tanzanie est souillée par les siècles, l'humidité des moussons et les embruns de l'océan. Dans les ruelles, les hommes en tunique claire sont coiffés d'une calotte brodée. Les femmes, drapées dans des étoffes colorées. A proximité du littoral aux sables couleur de craie, on se perd dans les dédales de cette cité comme dans une médina . En son cœur, le marché de Darajani redonne des couleurs à cette ville tanzanienne. Dattes, épices, viandes, poissons, fruits, légumes… l’abondance de ces étals reflète indéniablement le métissage de l’île, rencontre exquise entre l’Afrique et l’Orient.

Naissance d’un mythe 

De cette poussière tropicale perdue dans l’océan Indien naît pourtant un mythe littéraire colporté par Rimbaud, Kessel ou Conrad, qui ont rêvé l’île sans jamais y parvenir. "Peut-être irai-je à Zanzibar, d'où l'on peut faire de longs voyages en Afrique...", "Et peut-être ne partirai-je pas pour Zanzibar, ni pour ailleurs...", écrit Rimbaud dans sa correspondance en 1887. Moins d’un siècle après, c’est Joseph Kessel qui évoque l’île à regret dans son roman Le Lion : "Zanzibar... Je n'aurai plus jamais loisir de m'y rendre. Zanzibar, paradis dans l'océan Indien, embaumé de clous de girofle." Déterminée, Nathalie de Saint Phalle affirme "J'irai [à Zanzibar] parce que Rimbaud en a eu l’obsession." Conrad, Cendrars, Segalen… On ne compte plus les écrivains aventuriers qui n'y ont jamais posé le pied. Jules Verne y projette le début de son premier roman, Cinq semaines en ballon. Presque dix ans après les héros verniens, un journaliste nommé Stanley débarque à Zanzibar sur les traces d'un grand explorateur disparu. Dans Comment j'ai retrouvé Livingstone, il narre la profusion d’origines et de marchandises, emblématique de l’île. 

Carrefour maritime de l'océan Indien

Sans doute cette aura onirique vient-elle d'une histoire particulièrement longue et complexe, encore palpable à Stone Town. Comme figée dans le temps, la ville de pierre est classée au patrimoine de l’Unesco depuis 2000 pour la diversité de son style architectural. Plaque tournante du commerce des épices et de l’ivoire entre les XVIIIe et XIXe siècles, Zanzibar est alors tout à tour convoitée par les Bantous, les Perses, les Portugais, les Britanniques, mais aussi les Indiens. Dans les palais aux parois lisses percées d'arcs outrepassés, aux toitures en dôme ou en terrasse, aux portes monumentales, c’est le souvenir des sultans omanais qui perdure. Ces derniers arrachent Zanzibar aux Portugais en 1698 pour y établir une colonie florissante, intensifiant la traite négrière, avant d'en faire la capitale d'Oman en 1840. La Palais des merveilles, insolent édifice de trois niveaux, transpercé de fines colonnes de fer supportant de larges terrasses rivées vers le large, est là pour le rappeler. Aujourd'hui, le bâtiment abrite le musée national de l'histoire et de la culture swahilie, délicieuse fusion de civilisations.

@Joseph Degbadjo

@Joseph Degbadjo

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