ARTS

Serge Gainsbourg : comment les mots lui viennent à la bouche ?

Publié le

2 février 2023

Homme de lettres avant d'être provocateur, l'icône de la chanson française est à l’honneur à la bibliothèque du Centre Pompidou, jusqu’au 8 mai prochain, à Paris. Intitulée "Serge Gainsbourg, le mot exact", l'exposition offre une immersion dans la fabrique d'une œuvre avant-gardiste élaborée au siècle passée, qui continue d'inspirer et de fasciner.


Les lettres, la grande affaire de Serge Gainsbourg. L'exposition qui lui est consacrée à la bibliothèque du Centre Pompidou jusqu'au 8 mars prochain remet le livre au centre de son art. L'occasion de découvrir la place capitale occupée par son bureau-bibliothèque au mythique 5 bis rue de Verneuil, domicile devenu sanctuaire bientôt ouvert au public. Avant de pouvoir accéder à Maison Gainsbourg, pénétrons dans la tête du génie de la chanson française, où littérature classique et pop culture façonnent l'œuvre comme le personnage. Derrière le Gainsbourg nonchalant et, plus tard, le Gainsbarre provocateur, réside un obsessionnel du mot, toujours à la recherche de celui qui sonne bien, celui qui claque.  

Manuscrit_Ford Mustang © Maison Gainsbourg
Manuscrit de Ford Mustang © Maison Gainsbourg

Un recueil "d'Edgar Poe", un briquet "Zippo", un numéro de "Superman" ou un écrou de chez "Paco Rabanne"... Qu’y avait-il dans la tête de Serge Gainsbourg ? Plus de 30 ans après sa mort, on se pose encore la question. La chanson Ford Mustang illustre bien ce rapport compulsif à l'écrit, brodant un récit à partir du mot précis. Dans son panthéon personnel se croisent les classiques, de la poésie latine au théâtre élisabéthain, les poètes, Rimbaud et Baudelaire en place de choix, les textes sulfureux du marquis de Sade, ainsi que quelques grands auteurs romantiques de la fin du XIXe et du XXe siècle.

Serge Gainsbourg dans son bureau en 1979 © Christian Simon Piétri_Sygma via Getty Images

Digne héritier du mouvement dada, des surréalistes et de la post-modernité, il est passé maître dans l’art du collage : il emprunte, recycle, détourne, adapte, pour finalement donner vie à un style qui lui est propre. Lorsqu’il abandonne la syntaxe, c’est au profit de trouvailles rythmiques ou sonores : rimes acrobatiques, en "ex" dans Comment te dire adieu, allitérations en "av" pour La Javanaise. Consacré “artiste mineur de fond” par Claude Nougaro, son contemporain en modernité rythmique, Serge Gainsbourg a sans doute, quoiqu’il ait pu en dire, élevé la chanson au rang d’art majeur.

"Le mot exact", BPI du Centre Pompidou, jusqu'au 8 mai 2023

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