INTERVIEW
Publié le
23 mai 2026
Après Bicéphale, Le Môme présentera Lumos Lacryma en septembre prochai, un album personnel où le rappeur niçois prône le rêve et déconstruit les carcans de la masculinité. D’une plume aiguisée jailliront mélodies posées et bangers rythmés.

Vous avez fini le tournage et l’enregistrement de votre deuxième album, Lumos Lacryma. C’est beaucoup de fierté, mais aussi de stress.
Oui, c'est autant de bonheur que de pression même si être artiste, c'est aussi apprendre à aimer ce qu'on fait et à se rassurer. J’essaie du moins ! Souvent, on a le syndrome du bon élève. On veut satisfaire tout le monde : les équipes, les labels, les éditeurs... Mais la priorité, c’est que l’album résonne en nous. Cette année, j’ai appris à dire non, à m'écouter. J'ai la chance d'avoir des équipes qui ne me forcent pas, me font confiance et sont dans le conseil : ça a été un échange permanent pendant le processus de création. J'ai ressenti cette pression au début, mais à mesure du temps, ça s'est envolé.
Par rapport à votre premier album Bicéphale, il y a plus de liberté ?
Il n'y a pas plus de liberté, mais davantage de vérité. L’album précédent, je l’ai produit en indépendant, sans avoir de compte à rendre à personne. Sur mon futur album Lumos Lacryma, je fais toujours ce que j’aime. Pourtant, la vraie différence, c’est que durant ces un an et demi, je me suis ouvert au monde. J’ai eu la chance de travailler avec des musiciens, les arrangeurs de Yamê comme Romain Jovion, avec le studio Grand Paris, les beatmakers de SCH, de BigFlo & Oli... Ça a propulsé mon projet et moi, j'ai enfin compris ce que je faisais.
"Le lieu qui reste précieux, c'est la scène, c’est là où la musique parle et rencontre véritablement son public. Saisir l’univers entier d’un artiste avec une vidéo TikTok de 20 secondes, c’est absurde."
Cette prise de conscience modifie votre rap ?
Sur cet album, j'ai trouvé mon ADN en simplifiant l’écriture, donc oui. Il n’y a plus ce besoin de prouver, d'être dans la performance, de sortir mes plus beaux flows, mes plus belles rimes… Je vais à l’essentiel, quitte à perdre en technique, mais à gagner en vérité, en émotion. C’est le projet dont je suis le plus fier. Il me permet de m'affirmer en tant qu'artiste. Je ne veux pas impressionner les autres artistes, je veux faire kiffer le public.
Vous avez récemment sorti Opération Blizzard. C’est un “banger”, un son plus rythmé, presque énervé. Ça tranche avec d'habitude : il fallait du changement dans l’album à venir ?
Je fais peu de bangers, mais j’aime ces morceaux parce qu’ils sont conçus pour la scène, là où tout prend son sens. On est dans une époque très dure pour les artistes émergents : tout se joue sur les réseaux, mais personne ne comprend les algorithmes. Le lieu qui reste précieux, c'est la scène, c’est là où la musique parle et rencontre véritablement son public. Saisir l’univers entier d’un artiste avec une vidéo TikTok de 20 secondes, c’est absurde. Je fais de la musique pour les autres, pour la défendre en concert. Et puis, le prochain album est plus introspectif et émotionnel dont il fallait des bangers pour contrebalancer. Opération Blizzard est teinté d'ironie, c'est un délire de gosse. Se retrouver dans la cour de récré pendant 2 minutes, ça fait du bien parfois !
"J’ai grandi avec l’idée d’un garçon fort, solide, qui ne pleure pas parce que c'est pour les filles. Cet album cherche à déconstruire le schéma."
Qu’est-ce que ça fait de sortir un deuxième album ?
Je me suis beaucoup remis en question. Pour être honnête : j'ai l’impression que c'est mon premier projet, que je n'en avais pas fait avant. Et puis, c’est un projet que je ne mènerai qu'une fois dans ma vie : il parle des larmes, des émotions. Enlever ma carapace le temps d'un album, ça fait un bien fou. Le premier son s'adresse à mon père, aux hommes. J’ai grandi avec l’idée d’un garçon fort, solide, qui ne pleure pas parce que c'est pour les filles. Cet album cherche à déconstruire le schéma et c'est la première fois qu'écrire m'a vraiment apaisé, m'a vraiment aidé. Avant, c'était un défouloir, maintenant ça me fait grandir, ça m’allège d’un poids. Lumos Lacryma, c’est un album que je n'ai pas envie de vendre mais de défendre.

Quel rap est-ce que vous cherchez à transmettre, à véhiculer, vous ?
Un rap qui transmet une idée, un sentiment, des valeurs. J’anime des ateliers d’écriture depuis quelque temps dans des écoles. C’est ça la musique, et la vie d’une manière générale : partager, avancer ensemble, s’inspirer les uns des autres. D’ancien timide, je remplis des salles alors je veux donner le goût du rêve. Je veux dire aux gamins que rêver, c'est exister. Les rêveurs et rêveuses me donnent la chair de poule : en ces temps, c'est un acte de résistance. Ils m’émeuvent aux larmes parce que ce simple espoir est une folie merveilleuse.