PHOTOGRAPHIE
Jusqu’au 30 septembre 2027, le ministère de la Culture orchestre le Bicentenaire de la Photographie, une année entière de manifestations pour commémorer l'invention de Nicéphore Niépce et interroger la place de l'image dans la société contemporaine.

Tout part d'un printemps 1827, en Bourgogne. Près de Chalon-sur-Saône, l'inventeur Nicéphore Niépce parvient à fixer durablement, sur une plaque d'étain, le paysage qu'il observe depuis sa fenêtre. Baptisée Point de vue du Gras, cette image est aujourd'hui considérée comme la plus ancienne photographie conservée au monde. Deux siècles plus tard, jour pour jour dans l'esprit de la célébration, le ministère de la Culture a choisi de consacrer treize mois à cet événement fondateur, entre le 1er septembre 2026 et le 30 septembre 2027. Fait notable : la précieuse plaque, conservée depuis 1952 au Harry Ransom Center de l'université du Texas à Austin, va traverser l'Atlantique pour être exposée en France pour la toute première fois. Elle rejoindra le musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône de fin avril à fin juin 2027, au centre d'une exposition consacrée au processus d'invention de son créateur.
La conception du programme a été confiée à un comité scientifique présidé par l'historienne de l'art Dominique de Font-Réaulx, conservatrice générale au musée du Louvre, entourée de cinq autres spécialistes issus du monde universitaire et muséal. Ce comité a défini quatre grands axes qui structurent l'ensemble de la programmation : la photographie comme écriture de notre histoire commune, comme renouvellement de notre rapport au réel, comme discipline en perpétuelle réinvention, et comme outil d'exploration de mondes invisibles. Deux appels à projets nationaux, lancés en 2025, ont permis de sélectionner les initiatives labellisées. Le résultat donne la mesure de l'ambition : plus de 1 000 projets, portés par plus de 800 structures différentes, verront le jour sur treize mois. La grande majorité se déroule en France métropolitaine, mais l'événement rayonne aussi dans les territoires ultramarins et jusque dans une quarantaine de pays étrangers, via le réseau des instituts français et des alliances françaises.

Le programme mêle formats classiques et initiatives inédites. Parmi les temps forts, le Centre national des arts plastiques a confié à quinze photographes une commande intitulée "Réinventer la photographie", dont les œuvres seront montrées à Bruxelles puis dans plusieurs villes françaises. Le réseau LUX, qui fédère une trentaine de festivals photographiques, déploie de son côté un dispositif itinérant baptisé "200 LUX", combinant caravane argentique mobile, exposition collective et publication distribuée gratuitement. Le monde de l'édition n'est pas en reste : un fonds spécial mis en place avec le Centre national du livre a permis de soutenir une trentaine d'ouvrages consacrés à la photographie, tandis qu'un livre de référence collectif et une nouvelle édition du célèbre Photo Poche consacré à Niépce doivent paraître au début du mois de septembre 2026. Deux grands rendez-vous universitaires, à Marseille en mars 2027 et lors des rencontres d'histoire de Blois et du festival d'histoire de l'art de Fontainebleau, viendront nourrir la réflexion scientifique autour de l'image.
Pour incarner cette célébration, l'agence CLEOBURO a conçu une identité graphique bâtie autour de la notion de regard : un logotype spécifique, une charte chromatique inspirée de la chimie photographique, et une sélection de vingt-trois clichés emblématiques, choisis pour leur diversité et leur portée symbolique à travers les époques et les continents.

Face à la profusion d'images qui circulent aujourd'hui sur internet, le Bicentenaire accorde une place importante à la formation des publics, en particulier des plus jeunes. Des dispositifs comme le concours national PhotoFocus, ouvert à tous les élèves de la maternelle au lycée, ou les ressources mises à disposition sur le portail Histoire des arts, visent à donner à chacun des clés de lecture face à la profusion des images, qu'elles soient anciennes ou générées aujourd'hui par l'intelligence artificielle.
Cette célébration s'inscrit dans la continuité d'une politique publique ancienne : l'État français avait déjà fait l'acquisition du brevet du daguerréotype en 1839. Aujourd'hui, il soutient un réseau dense d'institutions dédiées, parmi lesquelles la Bibliothèque nationale de France, le musée d'Orsay, le Centre Pompidou ou le Jeu de Paume, ainsi que plusieurs dizaines de festivals à travers le pays, dont les Rencontres d'Arles. En rendant hommage à l'invention de Niépce, le ministère de la Culture entend ainsi non seulement retracer deux siècles de création, mais aussi ouvrir une réflexion sur les mutations profondes que traverse aujourd'hui la photographie, entre nouvelles technologies, essor de l'image générée par intelligence artificielle et transformation des usages.
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