INTERVIEW
Le soleil brillait sur Paris ce matin-là, et c'est dans les locaux de Sony Music que nous avons retrouvé Chelsea Jordan. La chanteuse était de passage dans la capitale pour nous parler de son dernier EP, Better Late Than Not At All, un projet qu'elle a pris le temps de construire, et dont le titre, finalement, dit beaucoup de sa façon de travailler.
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"Healthy". C'est le mot qui définit le mieux votre musique. Vos chansons parlent beaucoup d'amour, mais aussi de guérison. Et il s'agit aussi d'apprendre à se sentir bien avec soi-même. Vous êtes chanteuse depuis sept ans, mais vous n’en publiez que depuis deux ans. À quoi ça ressemblait avant ?
Je pense qu'avant, elle était beaucoup plus orientée R’n’B. Je voulais vraiment savoir quel était mon son et vers où ça allait avant de simplement sortir quelque chose. Parce que quand quelque chose est publié, ça l’est pour toujours. Je travaille avec les mêmes personnes avec qui j'ai commencée, il y a sept ans. C'était très différent. J'ai l'impression que maintenant ma musique est beaucoup plus organique. Elle est beaucoup plus intime et elle me ressemble beaucoup plus.
Vous venez de sortir un EP : Better Late Than Not At All. Quoi de neuf depuis Better when I'm lonely ?
J’étais célibataire depuis six ans à l’époque de Better when I'm lonely. J'ai écrit ce projet parce que je me disais : "Je vais mieux quand je suis seule". J’étais tellement à l'aise dans ma solitude et je l’adorais. Je pouvais être égoïste d'une manière vraiment saine, et je consacrais beaucoup de temps et d'énergie à mes amitiés et à ma famille, ce qui était agréable. Mais je pense qu'après être entrée dans une relation, le projet Better Late Than Not At All s'est, en quelque sorte, écrit tout seul à partir de la relation et de sa fin. Je n'ai sorti aucune chanson pendant ma relation. Je n’avais pas écrit de chansons d’amour. Et je pense que ça montre que j'étais probablement dans la mauvaise relation. Je pense que Better Late Than Not at All est une sorte d'ode à Better When I'm lonely. J'ai beaucoup puisé dans qui j'étais avant pour écrire ce projet et revenir à une version de moi-même qui était bien toute seule. Parce que, je pense que c'est vraiment difficile de revenir à ça après une relation de deux ans. Maintenant, j'ai définitivement guéri à travers le processus d'écriture de ma rupture, Dieu merci.
"Je ne suis pas très douée pour parler de mes sentiments, mais je ressens les choses très intensément."
“I'm most me when I'm not on anybody”. Qu’en concluez-vous ? Attendiez-vous de réussir à être totalement vous-même pour avoir une nouvelle relation ?
Cette phrase, je pense que c'est quand tu commences une relation ou même quand tu as un coup de cœur pour quelqu'un, tu montres toujours la belle partie de toi. Et quand j'ai écrit cette phrase, j'étais juste moi-même tout le temps. Je n'avais personne à impressionner. Je suis juste moi-même quand je ne suis pas concentrée à essayer d'impressionner une autre personne. Et je suis revenue à ça. Celui qui est censé me trouver me trouvera, et il me trouvera mieux si je suis juste moi-même.
Aviez-vous pu être complètement vous-même dans cette dernière relation ?
Je pense qu'au début, oui. Et puis je pense que quand tu sors avec quelqu'un qui n'est pas aussi sûr de lui que toi, ça te rend plus petite en quelque sorte. Je comprends qu'il y a beaucoup d'adaptations à faire quand on entre dans une relation, mais qui je suis au fond et les choses que j'aime chez moi, je pense qu'il a commencé à les détester parce qu'on allait simplement dans des directions différentes dans nos vies à cause de ça.
C'est vraiment mature, cette façon de penser à 25 ans. Ça peut être tellement difficile de prendre ce type de décisions, parce que ce n'était pas une relation destructrice.
Oui, je suis tout à fait d'accord avec ça. Je suis cancer, donc je ressens vraiment profondément et je réfléchis beaucoup à mes relations et à la façon dont les gens me font sentir. Je ne suis pas très douée pour parler de mes sentiments, mais je ressens les choses très intensément. Je pense que chaque relation t'apprend beaucoup sur toi-même. J'aurai toujours de l'amour pour mon ex parce qu'il a fait ressortir beaucoup de choses en moi pour lesquelles je suis reconnaissante. Je pense qu'on était juste trop différents et que ça n'allait juste pas marcher. Et c'est okay.
Parfois les choses arrivent pour une certaine durée, pas pour toute la vie. Ça peut arriver pour un apprentissage et un changement. Qu'est-ce que ce nouvel EP signifie vraiment pour vous, de manière personnelle ?
J'ai l'impression que cet EP n'était même pas pour ma carrière, mais qu'il était là pour ma guérison et pour me sortir de ma rupture. Je n’ai jamais été aussi vulnérable que dans ce projet. Tout ce que je ressentais à travers ma rupture vit vraiment dans ce disque, c'est pour ça qu’il résonne chez tellement de gens, je pense. Je reçois tellement de messages de gens qui me disent : "Ça m'a littéralement sauvé d'une rupture qui, je pensais, allait me tuer", etc… C’est tellement fou à entendre, parce que tout ce qu'on a fait, c’est d’aller en studio et écrire sur mes sentiments. Cet EP est mon voyage de guérison à travers l'une des pires peines de cœur que je n’ai jamais eues.
"Je ne pense vraiment pas qu'on soit censé devoir changer la personne que l’on est pour faire en sorte que quelqu'un d'autre soit à l'aise d'être avec nous."
Comment définissez-vous un "amour sain" ?
C'est une excellente question. Je pense qu'un amour sain est censé donner un sentiment de liberté et de facilité, honnêtement. Évidemment, il va y avoir des moments de disputes, mais je ne pense vraiment pas qu'on soit censé devoir changer qui on est pour faire en sorte que quelqu'un d'autre soit à l'aise d'être avec nous. Une chose qui était importante pour mon ex et moi, c'est qu'on ne se criait jamais dessus. On n'élevait même jamais la voix et c'est comme ça qu'on communiquait. Je ne pense pas que je puisse t'entendre mieux si tu cries. À mon avis, un amour sain, c'est juste quelqu'un qui te voit pour qui tu es et qui t'aime pour qui tu es.
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Si vous deviez définir trois états d'être, en lien avec l’EP. Comment vous êtes-vous sentie avant, pendant et après l'avoir fait ?
Avant d'écrire l'EP, je pense que j'étais un peu perdue concernant ce sur quoi je voulais écrire. En tant qu'artiste, je devrais être inspirée par mes relations et le fait que je n'étais pas inspirée par l'une des relations les plus importantes de ma vie m'a vraiment rendue confuse et moins enthousiaste à l'idée de faire de la musique. Donc, je pense que j'étais un peu perdue. Puis, en l'écrivant, tout s'est mis en place facilement et de manière très fluide parce que je ressentais beaucoup d'émotions différentes, chaque jour était nouveau. Et, à chaque fois que j'allais en studio, je voulais dire quelque chose de nouveau. J'ai juste ressenti ça comme une libération. Chaque fois qu'on écrivait une chanson, ça m'aidait vraiment à digérer ce que je vivais. Et puis après avoir fait le projet, j'ai ressenti un sentiment de soulagement, c'est sûr. Quand j'écris ma musique et que je la sors, je la libère aussi de moi. Je ne m’y identifie plus vraiment et je pense qu'elle est destinée à d'autres personnes à ce moment-là. Maintenant c'est pour les autres.
S'exprimer aide à comprendre certaines choses et à traverser certains sentiments. À l'époque, vous aviez peur de montrer votre art, qui est très personnel. Était-ce vraiment le fait de partager cette intimité avec le monde ou était-ce le fait de prendre la musique au sérieux, qui était difficile ?
J'ai toujours su que j'allais le faire, mais j’avais peur de la façon dont ce serait perçu par les autres, qu'il m'a fallu poster ici et là, pas de manière régulière. Je disais : "Je fais de la musique, mais je ne veux pas vraiment encore la partager avec vous". Et puis, j'ai sorti une chanson appelée "Toronto", une fois que cette chanson a eu un peu de visibilité j'ai eu la confiance de me dire : "Je suis une artiste maintenant". Ça n'a pas vraiment d'importance les chiffres ou quoi que ce soit parce que je pense que tu peux savoir au fond de toi que c'est ce que tu es et que c'est ce que tu es censée être.
"Je suis nouvellement célibataire, je suis dans la mi-vingtaine et je ne suis pas pressée. J'adore cette étape de ma vie dans laquelle je suis."
Et vous y êtes parvenue alors, félicitations ! Si vous pouviez parler à une version précédente de vous-même, quel âge aurait Chelsea et que lui diriez-vous ?
Une version plus jeune de moi-même aurait probablement entre huit et dix ans. Je lui dirais : "Je sais que tu veux faire de la musique, et je sais que tu ne décideras pas de faire de la musique avant longtemps, mais tout ce que tu fais va te mener exactement là où tu veux être à un moment donné". En grandissant, j'ai fait beaucoup de sport alors qu’un côté de moi souhaitait vraiment juste des cours de chant et de guitare. Je lui dirais que tout va se passer comme c'est censé être, d'être patiente et de ne jamais perdre cette version plus jeune d'elle-même parce qu'elle vit toujours en moi.
Donc la musique a toujours été en vous ?
Oh, oui. J'ai toujours voulu chanter et danser quand j'étais petite. Quand les gens me demandaient ce que je voulais être, je disais : "Je vais être une superstar, je vais être une pop star. Et je vais être actrice et mannequin, etc...". J'aimais tellement la musique. J'en étais obsédée. Mais dans la région où j'ai grandi, personne n’en faisait et ne m'inspirait à faire autre chose que d'être une athlète, parce que c'est ce que tout le monde faisait dans ma ville natale.
Vous jouiez au lacrosse à haut niveau, c'est ça ? Comment était cette expérience et qu'est-ce que ça continue de vous apporter ?
C'était intense dès le très jeune âge. À l’âge de douze ans, j’ai dû choisir si je voudrais jouer au lacrosse ou au basket, arrivée à la fac. Je me suis cassée la main, je venais juste de me faire opérer et j'ai fait mon essai avec des broches dans la main parce que si je ne rentrais pas dans l'équipe cette année-là, je ne serais probablement pas allée dans une bonne université. À la fac j'étais juste épuisée. C'était tellement intense et mauvais pour ma santé mentale. C'était vraiment difficile d'être une athlète de Division 1 et de devoir quand même aller à l'école et garder de bonnes notes, etc... Mais tout ce que ça m'a appris, je l'utilise aujourd'hui. Je pense que la façon dont je me déplace tout au long de cette carrière est très similaire à beaucoup de choses que l’on t’apprend sur le terrain et la responsabilité est probablement le plus important. Si je suis capable de faire la moitié de ce que l’on me demande dans le sport, alors je peux tout faire dans la musique. Maintenant, ce sport ça me manque beaucoup. Ça a pris beaucoup de temps mais je l’apprécie à nouveau, c'était juste quelque chose de mentalement abusif pour moi. Quand j'ai arrêté, j'ai jeté mes crampons, donné mes crosses, et je me suis dit : "Je ne touche plus jamais à ce sport". Maintenant l'enfant intérieur en moi qui l’aimait revient en quelque sorte. Je souhaite juste toujours être active et compétitive. Il y a eu tellement de bons moments. J'aime beaucoup mes coéquipières, elles m’ont tellement encouragée à faire de la musique à la fac. Je leur dois une grande partie de mon succès aussi, parce qu'elles m'ont vraiment poussée hors de ma zone de confort à faire ça.
Votre musique donne l’impression que vous vivez beaucoup au jour le jour et que l’écriture suit le même modèle. Sans spoiler l'album sur lequel vous travaillez, comment vous sentez-vous vraiment ces jours-ci ?
L’album parle définitivement de tout ce que je vis en ce moment. Je rencontre tellement de nouvelles personnes. Je voyais quelqu'un et je me remettais dans le bain, maintenant je vois quelqu'un de nouveau qui vit à Paris, et qui sait ce qui arrivera dans le futur… Je pense que j'écris juste du point de vue suivant : je suis nouvellement célibataire, je suis dans la mi-vingtaine et je ne suis pas pressée. J'adore cette étape de ma vie dans laquelle je suis. J'aime tellement mes amis et j'écris à partir des choses que je vis. Ma musique est le documentaire de ma vie.
"Mon EP m'a permis d'esquiver la thérapie parce que j’en suivais une à l’époque."
Qu'est-ce vous aimeriez emporter de Paris avec vous à Los Angeles ?
Je pense que l'une de mes choses préférées à propos de Paris est que ça semble beaucoup plus lent que L.A. Paris est beaucoup plus chaotique, mais la qualité de vie est tellement agréable ici. Tu peux t'asseoir dans un restaurant à Paris, personne ne te force à partir. Je peux venir ici et juste profiter, je ne me sens pas pressée ni sous pression. Aux États-Unis, c'est comme s'il y avait une bombe à retardement. Chaque fois que je viens ici, je ralentis juste et j'aimerais pouvoir ramener ça à L.A.
Qu'est-ce que cet EP te permet d'esquiver ?
Je pense que ça m'a permis d'éviter la thérapie parce que j’en suivais une à l’époque. Écrire ces chansons est tellement plus bénéfique pour moi personnellement que ma thérapeute. Je la payais tellement, ça ne valait juste pas le coup. Je crois très fortement en la thérapie, mais je pense que j'ai pu éviter certaines factures grâce à l'écriture de ce projet ! Je pense que j'ai sorti Better Late Than Not At All pour qu'il puisse trouver les bonnes personnes dans le monde. J’espère qu'il inspirera les gens à lâcher prise et à avancer au-delà des choses qui ne les servent plus. Nous sommes tous sur des chronologies différentes, mais j'espère que ça encourage les gens à quitter quelque chose à leur propre rythme, si ce n'est plus bon pour eux.
“Better Late Than Not At All”, Chelsea Jordan, disponible partout.